Déplacé·es ukrainien·nes: prendre en charge les traumatismes

A la cellule d’urgence médico-psychologique (Cump) du centre hospitalier Charles-Perrens, l’équipe se mobilise pour préparer l’arrivée des réfugié·es ukrainien·nes. Elle accompagne aussi la communauté ukrainienne qui se trouve en France.

A la Cump, Rémy Tissier, infirmier, Dr Charles-Henry Martin, psychiatre et Elisabeth Glatigny-Dallay, psychologue, traitent les urgences médico-psychologiques.

Mercredi 9 mars, 10h. Le silence règne dans le bâtiment de la Cump, service de l’aide médicale urgente au Samu qui accompagne les victimes de catastrophes ou d’accidents. Les quelques chaises dans le couloir sont vides. Il n’y a pas de consultations de prévues en cette fin de matinée. Le Dr Charles-Henry Martin, médecin référent de la cellule, revient de sa garde de nuit à l’hôpital. “C’était éprouvant, j’ai dormi 2h”, confie-t-il avant de proposer de faire du café. Tout de noir vêtu, il a mis de côté sa blouse blanche pour aujourd’hui. 

Si cette journée semble calme, l’équipe du Cump se mobilise activement depuis la semaine dernière pour anticiper les besoins médico-psychologiques des déplacé·es ukrainien·nes et des aidant·es. L’équipe est allée mercredi dernier à la maison de l’Europe afin de rencontrer le Consul ukrainien, les officiels de la mairie, les associations venant prêter main forte et des Ukrainien·nes habitant en France. Le Dr Martin et Rémy Tissier, infirmier de la cellule, se sont aussi rendus jeudi et vendredi dans les entrepôts de Villenave d’Ornon, là où l’association Ukraine Amitié recevait les colis et dons. Rémy Tissier raconte : “ L’idée était de prendre des informations sur ce qui était mis en place par les associations.” 

En plus de ce bilan, le travail de terrain a laissé place à des discussions informelles, permettant ainsi à l’équipe d’avoir une idée de l’état psychologique des aidant·es. “Nous leur avons apporté un espace de verbalisation, pour que ces personnes mettent des mots sur des ressentis, reprend l’infirmier. Notre but est de pouvoir évaluer la nécessité de soins, et diminuer leur charge émotionnelle.”

Le psychiatre Charles-Henry Martin est le médecin référent de la Cump.

Un accompagnement complet

Le Dr Charles Henry rappelle le stress que rencontrent certain·es bénévoles de l’association Ukraine Amitié : “Ils ont leur famille en Ukraine, une partie de leur esprit est là-bas. Ils se retrouvent avec des afférences complètement incroyables sur la question de l’hébergement des dons divers et variés, des médicaments…” L’idée est donc aussi de pouvoir les accompagner.

Aujourd’hui, les membres de l’équipe travaillent sur une plaquette d’information à destination des différentes personnes pouvant être touchées par la guerre en Ukraine. Éviter la surexposition aux médias et aux réseaux sociaux, éviter l’automédication, protéger son sommeil, rester entourés.. “Même si ces conseils sont le ba-ba pour les professionnel·les de santé en psycho-traumatologie, ils ne sont pas évidents pour la population générale”, précise le médecin référent.*

Depuis le début du conflit, la préparation des futures consultations est de mise. La Cump établit un référencement des différentes ressources en personnel de santé, tout en prenant en compte la barrière de la langue. Trouver des traducteurs·rices est indispensable, surtout pour cette situation d’urgence. “Si demain, 50 personnes arrivent d’un coup dans un centre d’hébergement, sans traduction, on ne sera pas fonctionnels”, affirme le Dr. Charles-Henry Martin. L’équipe s’inquiète de l’impact psychologique des traductions. “Si on se retrouve avec un Ukrainien bilingue qui vit en France, traduire des faits de guerre plutôt traumatisants en étant soi-même impliqué psychologiquement peut être compliqué”, explique Rémy Tissier.

Rémy Tissier, infirmier, travaille sur la conception d’une plaquette d’information destinée à la population Ukrainienne.

Traiter des traumatismes de guerre

C’est la première fois que la Cump de Bordeaux doit traiter autant de traumatismes liés à la guerre. Stress intense, angoisse et peur accompagnent en permanence les déplacé·es ou aidant·es. “La journée, ils subissent ce qu’on appelle des flashbacks ou des reviviscences. Ils revoient des scènes. La nuit, ces traumatismes se manifestent par des insomnies et surtout par des cauchemars. Les personnes revivent des situations de sidération.” 

Pour ces situations urgentes, des techniques spécifiques existent pour faire redescendre l’état émotionnel des patient·es. La Cump a régulièrement recours à la psychothérapie d’urgence. Le traitement des traumatismes de guerre par des médicaments est bien moins fréquent. Il est envisagé “quand les troubles sont très intenses, et si il y a éventuellement des comorbidités”, note le psychiatre. Selon lui, la création d’un lien enveloppant et de confiance permet de traiter au mieux les traumatismes.

Si la Cump se prépare d’un côté à traiter un grand nombre de patient·es liés à la guerre en Ukraine, elle avertit aussi le public vulnérable en situation d’urgence. “Dans des situations de guerre, il y a beaucoup de présence de mouvements à dérives sectaires”, souligne le Dr. Martin. Il appuie ainsi sur le rôle de veille et d’information de la Cump, pour diriger les patient·es vers les bons interlocuteur·ices, notamment pour leur traitement psycho-traumatologique. 

Infos pratiques :
En cas d’urgence, pour contacter la Cump, composez le 15
CUMP 33 Nouvelle Aquitaine
Cellule d’Urgence Médico-Psychologique de Bordeaux
Centre Hospitalier Charles-Perrens
Numéro vert régional (gratuit): 0 800 719 912

Maud Pajtak @PajtakM
Ysé Rieffel @YseRieffel

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