La pénurie d’étudiant·es en pharmacie inquiète une profession déjà fragilisée

Alors que les syndicats ont débuté aujourd’hui les négociations conventionnelles avec l’Assurance maladie, les facultés de pharmacie n’attirent plus autant qu’avant. Si la pandémie de Covid-19 a contribué à pallier le déficit d’attractivité qui touche la profession de pharmacien·ne, les étudiant·es ont encore des revendications. Reportage à l’UFR de sciences pharmaceutiques de l’Université de Bordeaux. 

« La crise de Covid-19 a permis de revaloriser l’image de la profession », estime Ilan Rakotondrainy, étudiant en cinquième année. Le président de l’Amicale Corporative des Etudiants en Pharmacie (ACEPB), l’association qui représente les étudiant·es en pharmacie de l’Université de Bordeaux (UB), semble confiant. Si le déficit d’attractivité tend à se résorber, ils et elles ne sont toujours que 110 sur les 170 places offertes par l’UFR  de sciences pharmaceutiques de Bordeaux, soit un manque de 35% des inscrit.es. En 2022, le manque était de 60%. 

A l’issue de la première année en PASS (Parcours d’Accès Spécifique Santé), commune aux études médicales et de santé, la filière pharmacie est souvent choisie par dépit, faute d’avoir été admis·e en médecine. Pour Ilan Rakotondrainy : « Cette première année d’étude est souvent appelée, à tort, ‘première année de médecine’, ce qui participe à la dévalorisation des autres filières ».

Une profession mise en lumière par la crise de Covid-19

La pandémie de Covid-19 a été un moment charnière qui a permis de redorer l’image du métier. « Quand les généralistes ou les spécialistes sont surbookés, la première ressource du patient est le pharmacien », explique-t-il. La pharmacie est un lieu essentiel dans le parcours de soin, d’autant plus depuis que les pharmacien·nes se sont vu.es confié.es de nouvelles missions, à l’instar des dépistages et de la vaccination. « Les pharmacies sont les enseignes les plus visitées après les boulangeries », renchérit le doyen de l’UFR de sciences pharmaceutiques de l’UB, Nicolas Sevenet. 

Et pourtant, la pénurie de pharmacien·es diplômé·es entraîne la fermeture de nombreuses officines en zone rurale. « En novembre, nous sommes passés en-dessous de la barre symbolique des 20 000 officines », indique Enzo Salle, étudiant en cinquième année et représentant des étudiant·es en pharmacie de Bordeaux pour l’Anepf (Association Nationale des Etudiants en Pharmacie de France). Un peu mieux que l’Allemagne, mais moins que l’Espagne (voir infographie). Face à la pénurie de pharmaciens fraîchement diplômés, les étudiants en stage comblent énormément de besoins, nous explique  une employée de La Grande Pharmacie de Bordeaux. Du côté des étudiant.es, pas de difficulté à trouver un emploi. « Trois ans après la fin des études, l’insertion professionnelle est de 90 % en CDI », pointe Nicolas Sevenet. 

Des revendications subsistent

Les étudiant.es demandent une meilleure rémunération de leur stage de dernière année,qui s’élève aujourd’hui à 580 euros par mois pour 35 heures de travail par semaine. « Ils sont payés comme des stagiaires alors que ce sont des professionnels déjà formés », déplore Nicolas Sevenet. Il y a un mois, les étudiant.es en pharmacie ont mené une action conjointe avec les syndicats de pharmacien·es pour demander une réforme du troisième cycle dont les négociations ont commencé il y a déjà sept ans. « Nous voulons une sixième année plus professionnalisante car elle est aujourd’hui très basée sur les connaissances et moins sur les compétences », explique Ilan Rakotondrainy. 

Lors de ce rassemblement du 21 novembre, les syndicats avaient demandé la réouverture des négociations qui se tiennent finalement aujourd’hui avec la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM). Si elles abordent surtout les revendications salariales des pharmacien·nes liées à l’inflation, « l’issue des négociations pèse aussi sur les étudiants en cinquième et sixième année », explique le doyen de l’UFR. 

Lili Pateman

Enzo Salle est étudiant en cinquième année et représentant des étudiant·es en pharmacie de Bordeaux pour l’Anepf.
Ilan Rakotondrainy est étudiant en cinquième année et président de l’Amicale Corporative des Etudiants en Pharmacie de Bordeaux.
Retour en haut
Retour haut de page