Louise Michel, une battante dans la rue

A gauche, le collage « Avenue Louise Michel » sur le mur de l’Avenue Thiers. A droite, des colleureuses en plein action. @collages_feministes_bordeaux / Julie Malfoy

Lundi, à l’occasion du 150ème anniversaire de la Commune de Paris, l’avenue Thiers a été rebaptisée en « Avenue Louise Michel », un symbole fort du féminisme et du militantisme, à l’initiative de l’Assemblée féministe Gironde.

« Le 21ème siècle sera le premier de la révolution féministe », « Délivrez nous du mâle ». On le lit partout : sur les pancartes, sur les collages, sur les poitrines. Lundi 8 mars, iels ont parcouru la ville, depuis la place Stalingrad jusqu’à l’École nationale de la magistrature. Iels ont renommé les rues et se sont réapproprié l’espace public, pour « donner de la force et du courage, la force de rappeler que ce qu’iels vivent n’est pas normal », entend-on d’un.e colleureuse lors des prises de paroles. A Bordeaux, seuls 5% des rues ont des noms de femmes. C’est pour les mettre au premier plan que l’Assemblée féministe Gironde a rebaptisé l’avenue Thiers, elles et leurs combats militants, à l’heure où le féminisme est intersectionnel, et se bat pour l’écologie, le genre, l’égalité et la justice sociales, ou encore le décolonialisme.

La commune : une source d’inspiration

Les militant.e.s ont renommé l’avenue Thiers, mais aussi fait une demande officielle à la mairie le 1er mars. Celle-ci, contactée ce jour, n’a pas souhaité « répondre dans un délai si court. » Sud-Ouest nous apprenait que deux listes d’attente pour le nom des rues existent, mais que rebaptiser les rues arrive peu, voire jamais, car cela implique trop de changements administratifs, pour les riverains ou la mairie. Les noms sont donc attribués à de nouveaux lieux publics : des écoles, de nouvelles rues, etc.

Manifestant.e le 8 mars à Bordeaux. Julie Malfoy

Mars 2021 marque aussi les 150 ans de la Commune de Paris, dont les idées imprègnent les slogans. Ludivine Bantigny, spécialiste des mouvements sociaux et des questions d’engagement du 20eme siècle, souligne que « depuis des années, la commune est une source d’inspiration qui se renforce. Elle apparaît partout dans les mouvements dits communalistes, donc qui prônent une communauté populiste et des assemblées populaires sur la base d’une démocratie directe. » Cette révolte populaire de 72 jours « porte des enjeux très forts pour les mouvements sociaux : la justice sociale, l’égalité, le droit des femmes… C’est pour cela que le 8 mars, on voit beaucoup de pancartes sur Louise Michel. »

« Des revendications encore d’actualité »

 « C’était un commencement symbolique pour apposer une figure sur le nom de Thiers » explique Annie Carraretto, de l’Assemblée féministe Gironde. « Adolphe Thiers, surnommé le boucher de la commune après la semaine sanglante, était un militaire avec du sang sur les mains, pédophile et incestueux, rappelle-t-elle, alors que Louise Michel était une combattante, une militante pour l’émancipation des femmes, et pour la décolonisation.» Déportée en Nouvelle-Calédonie après son implication dans la Commune, elle devient institutrice et apprend la langue des Kanaks, puis soutient leur soulèvement contre la présence coloniale.

On retrouve ce caractère décolonialiste dans la manifestation: d’autres rues et places sont renommées aux noms de figures féminines, Louise Michel n’est pas la seule. Les noms choisis sont ceux « de militant.e.s de minorités de genre, mais racisé.e.s. On a en majorité des personnes d’Outre-mer », annonce une militante, alors que les colleureuses posent de nouvelles lettres sur le mur. Paulette Nardal a remplacé le Cours d’Alsace et Lorraine par exempl et le Parvis des droits de l’Homme est devenu le “Parvis de toustes”.

Manifestation du 8 mars 2021. Julie Malfoy

La « louve rouge » symbole de pureté

De nombreuses femmes ont activement participé à la Commune de Paris. Pourtant, à part Louise Michel, peu de noms sont restés. A la différence d’autres, elle a survécu et a écrit de nombreux ouvrages : poèmes, romans, essais, brochures, etc. « Elle a beaucoup inspiré le mouvement anarchiste et socialiste de son vivant, et a combattu jusqu’à la fin de sa vie», rappelle Ludivine Bantigny. On retrouve son nom dans “Viro Major” (« Plus grande que l’homme ») de Victor Hugo, avec qui elle entretenait une correspondance bien avant la Commune. « Il est logique qu’elle garde une place singulière, elle a tellement réfléchi sur les questions d’éducation, de capitalisme, de justice, d’égalité, d’émancipation… Surtout, elle ne s’est jamais laissée entraîner dans des combats qui auraient pu trahir ses idéaux. Elle représente une certaine pureté ».

Julie Malfoy et Carla Monaco