Les réseaux sociaux, nouveaux laboratoires des scientifiques pour lutter contre les fake news

Le média Curieux ! a organisé  un live Tik Tok hier soir avec l’infectiologue Charles Cazanave. Le but :  déconstruire les fake news sur la crise sanitaire et la vaccination. Les réseaux sociaux sont devenus de nouveaux outils de diffusion investis par les chercheurs.

Et si les scientifiques devenaient de véritables influenceurs ? Les réseaux sociaux sont aujourd’hui des laboratoires pour diffuser la parole scientifique. “Ces plateformes permettent de valoriser et vulgariser la science : elles sont utiles pour toucher de nouveaux publics”, selon Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes. Surreprésentés sur ces médias de masse, les jeunes sont notamment ciblés. Parmi ses 14,2 millions d’utilisateurs, TikTok compte 30% de 13-17 ans , 37% de 18-24 ans, et 19% de 25-34. 

Voulant toucher ce public, le média bordelais Curieux ! a organisé mardi 2 mars un live national sur Tik Tok. Les questions ont fusé: Les vaccins rendent-ils stériles? Augmentent-ils les risques d’autisme? Combien de temps durent les symptômes?  Pendant une heure, Charles Cazanave, infectiologue au CHU de Bordeaux, a répondu à la communauté Tik Tok sur leurs craintes liées à la situation sanitaire. 

90% des fake news sont de natures scientifiques

Plus besoin d’être un initié pour saisir les enjeux de la recherche scientifique. Snapchat, Instagram ou encore Fortnite, les experts viennent “toquer à la porte”. C’était là le pari de Curieux ! Le média fondé en septembre 2018, s’est donné pour mission de lutter contre les fake news majoritairement présentes sur les plateformes numériques. Les fake news sont pour 90% d’entre elles de nature scientifique.  

Story Instagram du média Curieux qui annonce le live Tik Tok

Lors du live, commandé par TikTok France, le journaliste a repris les questions, posées par les internautes dans le tchat. Non sans ironie, ils ont commenté le dispositif centré sur un face à face, à moins d’un mètre de distance et sans masque. Où sont les gestes barrières ?  Les protagonistes ont rassuré l’auditoire, “nous avons fait un test PCR avant l’événement”. Le format Tik Tok ont obligé les acteurs à rester statiques pour ne pas sortir de l’écran.  “Lorsque ce sont des questions difficiles, Charles sort du cadre”, plaisante Alexandre Marsat. 

Un live largement suivi

 “Aujourd’hui, le scientifique dans sa tour d’ivoire, c’est un mythe”, affirme le journaliste “ils souhaitent communiquer”. Et de rappeler qu’étant les créateurs d’Internet, ils ont pu en mesurer l’interactivité bien avant tout le monde. La conversation avec l’infectiologue Charles Cazanave, vêtu de sa blouse blanche, a été largement suivie. En une heure, 60 000 personnes ont participé au live. Opération réussie pour le média Curieux ! :  10 000 abonnés de plus en 24H.  

L’échange n’était pas sans accroc. Des internautes se sont plaints des réponses parfois très vagues du scientifique. Certaines questions sont d’ailleurs restées sans réponse, comme celle sur l’efficacité du couvre-feu. “Mais le scientifique n’a pas les réponses à toutes les questions, il doit se baser sur des faits et des chiffres qui ne sont pas forcément en sa possession”, défend Alexandre Marsat. Avouer sa méconnaissance est aussi un moyen de lutter contre la propagation de fake news et ceux qui pensent avoir une réponse à tout. 

L’importante présence des scientifiques sur les réseaux sociaux présente une limite selon Olivier Ertzscheid, spécialiste en science de l’information et de la communication. “Il y a un risque de surexposition médiatique. La parole scientifique est une parole qui a besoin de temporalité.” Cela n’a pas empêché de nombreux scientifiques de défiler sur les plateaux télé depuis le début de la crise du Covid-19. Parfois trop souvent et sans compétence, ont regretté certains, au risque de dénaturer la parole scientifique. Leur éclairage est pourtant essentiel pour lutter contre les nombreuses fake news concernant la crise sanitaire. 

Juliette Brossault et Armelle Desmaison