Le Matmut Atlantique victime de sa mauvaise desserte

Le stade Matmut Atlantique, bel écrin fait essentiellement de métal, est une merveille d’architecture. Inauguré en mai dernier, sa beauté a fait l’unanimité, mais sa localisation n’a jamais vraiment convaincu. Au-delà de l’éloignement relatif du stade par rapport au centre-ville, les Bordelais pestent aussi contre les difficultés d’accès. Dorian Piltarian, auteur d’une étude sur les nombreux problèmes de desserte du stade, aussi bien pour l’entrée que pour la sortie du public, nous livre ici son analyse.

 

Qu’avez-vous constaté sur le problème de congestion concernant les voies routières aux abords du stade ?

En voiture, il n’y a que deux points d’accès, soit par la rocade, soit par le centre-ville. Le seul grand parking aux abords du stade n’est accessible que par la rocade et ne contient que 6000 places alors que le stade peut accueillir un peu plus de 40000 personnes. On voit vite où se trouve le problème. En arrivant du pont d’Aquitaine, il n’y a pas moyen d’accéder au parking du parc des expositions, sauf en suivant le détournement de 13 km mis en place par la ville. Mais personnes ne veut faire un détour par Blanquefort, Bruges et le bois de Bordeaux. Alors les gens se garent de manière sauvage sur les trottoirs, dans l’herbe au niveau de la zone industrielle avant le lac et sont prêts à marcher plus de 20 minutes.

Qu’en est-il du tramway ?

À l’époque où les Girondins de Bordeaux jouaient au stade Chaban-Delmas, la moitié des supporters avait l’habitude de venir à pied ou en tram. Les responsables du projet ont gardé ces paramètres en tête, en pensant peut-être que les gens se rendraient au nouveau stade à pied. Mais c’est impossible. La société Stade Bordeaux Atlantique (SBA), gestionnaire du lieu, voulait au départ qu’un tiers des personnes viennent en tram au stade, ce qui fait entre 13 000 et 15 000 personnes si le stade est plein. Mais pour alimenter une telle enceinte, il faut plusieurs dizaines de tram puisqu’un tram ne peut transporter qu’environ mille personnes à la fois. Alors ils essaient d’augmenter la densité du trafic mais ça le congestionne et ça bouche. Parfois, le service du tram est même totalement interrompu, comme lors du match face à l’Olympique de Marseille, le 20 décembre 2015.

Quelles pourraient être les solutions à apporter au problème alors ?

Il n’y en a tout simplement pas. Enfin dans l’immédiat il n’y en a pas. La mairie a voulu se créer un problème avec la construction du nouveau pour l’organisation de l’Euro 2016 à Bordeaux, surtout qu’un si grand stade n’était pas utile pour des Girondins qui avaient déjà du mal à remplir le Stade Chaban-Delmas.

Que pensez-vous de l’idée de Bernard Hagelsteen de faire jouer les féminines après les hommes pour retenir 10% des spectateurs et fluidifier la sortie ?

C’est simplement une fausse bonne idée. Que ce soit pour les matchs à guichets fermés ou ceux à de faibles affluences, d’environ 20 000 spectateurs, quelque 18 000 personnes sortiraient du stade simultanément et le problème serait toujours le même, car ce n’est pas une différence de 2000 personnes qui changerait beaucoup le processus de sortie. Et puis, le problème se pose aussi lors de l’entrée et de l’arrivée des supporters avant le début du match. Lors d’une des deux demi-finales de Top 14, les problèmes de tram avaient retardé de 10 minutes le coup d’envoi parce que beaucoup de supporters étaient bloqués dans les soucis de fonctionnement du tram.

Comment se passe le dialogue entre les gestionnaires et la ville de Bordeaux ? À quel moment, selon vous, y-a-t-il eu une dissonance entre les différentes parties ?

Chacune des parties, que ce soit la SBA ou la municipalité, se renvoie la balle. Je pense qu’il y a eu un problème de coordination entre les architectes de la structure du stade que sont Jacques Herzog et Pierre de Meuron, qui ont conçu les plans du stade national de Pékin ou l’Allianz Arena à Munich, et les élus locaux qui connaissaient le lieu du lac et qui n’auraient pas dû laisser le projet se dérouler de la sorte.

 

Propos recueillis par Gérémy Charrier