Un hommage bordelais émouvant mais vigilant

La ville de Bordeaux a elle aussi voulu rendre hommage aux victimes de Charlie Hebdo et des autres attaques terroristes de 2015. L’association Club de la Presse a pris l’initiative d’organiser cette cérémonie commémorative. Les Bordelais se sont rassemblés dans une ambiance chaleureuse. Mais, un dispositif sécuritaire assez important rappelait que la menace était toujours présente. Comment organiser un évènement commémoratif dans le contexte actuel? Immersion au coeur de l’hommage bordelais à la Halle des Chartrons. 

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Une centaine de personnes sont venues rendre hommage aux victimes des attentats de 2015. Crédit photo : Manon Bricard.

7 janvier 2016 – 18h – La Halle des Chartrons, Bordeaux. Une odeur de vin chaud et de frites se dégage de la buvette située non loin de l’entrée.
La porte d’entrée est grande ouverte mais le public reste dehors sous les regards prudents des policiers. Vu la nature du rassemblement, ils sont une dizaine ce jeudi 7 janvier à quadriller ce petit édifice octogonal. Sur les quatre coins de la place, des camions de police marquent leur territoire.
Talk walkie en main, le commandement de police Michel Malet assure le bon déroulé de l’événement. Si le commandant n’émet pas de craintes particulières pour ce regroupement, il admet rester vigilant tout le temps dans ce contexte de plan Vigipirate rouge-écarlate. « On a vu avec les attentats que tout le monde était aujourd’hui visé mais il y a des sujets plus sensibles que d’autres, comme cette commémoration » commente-t-il. A Bordeaux, le commandant a enregistré une augmentation des demandes de présence policière par les organisateurs de toutes sortes d’évènements publics. Toute association qui fait des fêtes de quartier peut devenir une cible. L’essentiel reste la vigilance. «Les sacs qui trainent, les objets abandonnés :tous doit nous être signalé » rappelle-t-il.

18h30 – Petit à petit la cour se vide : étudiants, retraités, journalistes et politiques entrent dans la salle prêtée par la mairie. Alain Juppé, Alain Rousset et Virginie Calmels ont également répondu présents.

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Simon Bertoux (le directeur de cabinet du préfet de la région aquitaine), Alain Rousset (président de la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes), Alain Juppé (maire de Bordeaux) et Virginie Calmels (1re adjointe au maire de Bordeaux). Crédit photo : Manon Bricard.

En maître de cérémonie, Pierre Sauvey, le président du Club de la Presse de Bordeaux et l’organisateur de l’événement débute son discours à la mémoire des victimes de Charlie Hebdo mais aussi de tous ceux tombés dans les attaques terroristes de 2015.
Dans son discours, Pierre Sauvey se souvient que lors de l’attentat contre Charlie hebdo : « on pensait que c’était la liberté de la presse, la liberté d’expression qui étaient attaquées par les terroristes ». Un an après, d’autres noms se sont rajoutés à cette liste macabre. Pierre Sauvey a élargi son hommage dans une énumération émouvante : « Nous sommes tous caricaturistes, journalistes, nous sommes tous policiers, nous sommes tous agents d’entretien, nous sommes tous juifs, nous sommes tous musulmans, nous sommes tous chrétiens, nous sommes tous libres penseurs. »

Dehors, on voit passer des camions de police de temps en temps.  il y a qu’une centaine de personnes dans la salle. Il n’y aura pas besoin de renfort policier cette fois-ci.
Avant d’organiser cet événement commémoratif, Pierre Sauvey a contacté la préfecture. Le lieu, le nombre de personnes attendues… Tout a été passé en revue pour mettre en place un dispositif particulier de sécurité.
Malgré les risques, le directeur de cabinet du préfet de la région Aquitaine, Simon Bertoux a encouragé cet « événement républicain important ».
« Cela fait quelques semaines que l’on souhaite que l’espace public soit réinvesti par la vie et plus particulièrement par tout ce qui est commémoratif » affirme Simon Bertoux. 
Même si, depuis la vague des attentats, la préfecture incite les organisateurs à être attentifs à la moindre difficulté lors de grand rassemblement. 

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L’étudiant en Arts plastiques Gabriel Vergès et ses crayons. Crédit Photo Yael Benamou.

18h46 – Un jeune homme fait son apparition sur scène. Il s’appelle Gabriel Vergès. Il est étudiant en Arts plastiques. L’année dernière, il avait fabriqué des crayons géants. Il les a symboliquement remis au Club de la Presse. Une jolie image qui en a fait sourire plus d’un dans la salle. S’en est suivi une intervention de Simon Barthélémy, le rédacteur en chef de rue 89 Bordeaux et d’Eric Roux, le directeur de la Rock School Barbey. Les deux hommes ont rappelé la contribution de Charlie Hebdo à la liberté de la presse. Eric Roux a insisté sur le rôle du monde artistique qui restera debout pour « faire obstacle à tous les fascismes, religieux ou politiques ».

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Le groupe bordelais : Dätcha Mandela. Crédit photo : Manon Bricard.

19h30 – Les discours finis, place à la musique avec le groupe bordelais Dätcha Mandela.

« Il y a eu le 7 janvier 2015, et il y a eu le 13 novembre 2015. C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité que la musique soit associée à cette soirée » s’est exclamé le président du club de la presse. Un clin d’oeil apprécié par le public.

20h10 – La musique bat son plein. Aucun incident n’a été à signalé. Mission réussie pour le commandant Malet et son équipe.pour le commandant Malet et son équipe. «Notre quotidien est pesant mais on essaie de positiver, de continuer à faire notre travail comme avant » sourit-il.

Les limites sont là. Même si les policiers multiplient les interventions, leurs effectifs n’ont pas augmenté. Seuls leurs congés se sont vus diminuer. 
Même si l’échéance de l’état d’urgence est fixée au 26 février, le commandant Malet sait que la vigilance restera accrue et intimement liée à l’actualité.

 

Yaël  Benamou