Téhéran vs Riyad : les raisons de la colère

Washington a lancé, ce matin, 59 missiles Tomahawk sur une base militaire syrienne au sud-est de Homs, sans l’aval de l’ONU. Ces frappes aériennes interviennent au lendemain de l’attaque chimique qui a fait 86 morts en Syrie. Si le conflit est international, ses origines et implications sont régionales. Deux acteurs ont les moyens d’influer sur l’issue de cette guerre : l’Iran et l’Arabie Saoudite.

Riyad, important soutien des Etats-Unis au Moyen-Orient, a loué dans un communiqué une « décision courageuse« , de Donald Trump et a exprimé « son soutien total » à ces opérations militaires. L’Arabie Saoudite est à la tête de la coalition militaire des pays arabes et musulmans. Elle est donc techniquement opposée au régime de Bachar Al Assad même si son objectif affiché est la lutte contre Daesh, peu efficace jusqu’à présent.

Téhéran, allié de la Russie, a condamné « vigoureusement » les frappes américaines. Bahram Ghassemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, cité par l’agence Fras, a déclaré que cette attaque ne fera qu' »aider les groupes terroristes qui sont en déclin et compliquer encore la situation en Syrie et dans la région ».

 

L’Iran, première puissance chiite de la région, soutient le régime de Bachar Al Assad, lui même alaouite (communauté chiite syrienne) notamment avec l’aide du Hezbollah libanais. Pourtant, la Syrie est un Etat à majorité sunnite. Cette position inquiète l’Arabie Saoudite, plus grande puissance sunnite du Moyen-Orient. Téhéran possède en effet des leviers de déstabilisation constants dans la région : notamment au Yémen, contre qui l’Arabie Saoudite est en conflit, ou au Bahreïn, où les minorités chiites sont importantes.

Derrière le conflit syrien se joue une vive concurrence entre ces exportateurs d’hydrocarbures. Téhéran, Riyad veulent traverser les pays pour fournir l’Europe. En 2012, l’application de nouvelles sanctions de la communauté internationale à l’égard de Téhéran, notamment en ce qui concerne son programme nucléaire, bloque le projet de pipeline Iran-Irak-Syrie-Europe. En 2016, ces sanctions sont levées et l’Iran devient un concurrent potentiel très puissant de l’Arabie Saoudite, première exportatrice et détentrice de pétrole au monde.

Le maintien au pouvoir de Bachar Al Assad en Syrie constitue donc pour l’Iran un enjeu stratégique pour la construction de son pipeline afin d’acheminer ses ressources gazières et pétrolières en Europe.

Ulysse Cailloux