Animation : les écoles bordelaises à la pointe ?

Bordeaux est la capitale du film d’animation du 8 au 10 Mars avec l’arrivé du forum « cartoon movie ». Depuis une dizaine d’années, la ville se fait une place dans le secteur de la « 3D ». Les écoles bordelaises bénéficient de cette attractivité et deviennent attirantes pour les étudiants français.

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Ils sont 75 élèves en « section 3D » à l’ESMI

Les stores sont baissés. L’atmosphère est studieuse. Face à leur ordinateur et alignés face à face, les étudiants écoutent avec attention les consignes de Jean-François Hugon, professeur à l’école supérieure des métiers de l’image (ESMI). Au programme aujourd’hui, ses élèves apprennent à dessiner une vis. Une formalité ? Pas vraiment, lorsqu’il s’agit de la modéliser en trois dimensions. Le professeur projette et commente en direct les manipulations qu’il effectue sur le logiciel 3DS Max sur quatre écrans.

La concentration est palpable, surtout chez les étudiants dont l’ordinateur jouxtent celui de leur enseignant. Lunettes sur le nez, le visage sérieux, ils s’efforcent d’appliquer au mieux les consignes. Au fond de la classe, l’ambiance est plus détendue. Damien échange sur le cours avec sa voisine. Les deux camarades ont des aires de hypster. Sneakers à la virgule et ourlés sont de rigueur. Face à eux, leurs collègues ont fini l’exercice. Ils travaillent maintenant sur leur projet de fin d’année.

La formation française à la cote

Ces jeunes sont en première année à l’ESMI, l’une des cinq écoles bordelaises formant à l’animation « 3D ». Comme elle, la plupart de ces établissements sont privés et accessibles directement après le bac. Il faut compter entre 5 500 euros et 8 500 euros par an pour les intégrer. Elles délivrent un diplôme après trois ou cinq ans d’étude.

Se former à l’animation a donc son prix. Une partie des étudiants ont dû faire un prêt bancaire. Mais ils le savent, à la sortie l’investissement sera vite rentabilisé. Le secteur du jeu vidéo emploi massivement et la formation française a très bonne réputation au sein des gros studios étrangers comme Pixar et Dreamworks.

Une formation uniquement consacrée à la 3D

De surcroît, les écoles bordelaises bénéficient de la proximité avec le pôle image Magelis d’Angoulême, le premier cluster  d’animation en Europe. Les entreprises de ce centre de développement économique, qui concentre son activité autour de l’animation, emploient beaucoup d’élèves issus des écoles bordelaises. « La majorité de nos étudiants qui sortent de l’école travaillent avec les sociétés de production d’Angoulême » confie la directrice de l’ESMI Dominique Rodriguez. « La multiplication des start-up bordelaises dans le secteur de la 3D constitue aussi un grand foyer d’emplois pour nos étudiants » ajoute-t-elle.

À quelques mètres de la salle où Damien s’exerce, les deuxième année travaillent sur la création d’un jeux vidéo. Ici, l’ambiance est plus dissipée. Les étudiants sont en groupe de trois ou quatre et fignolent l’animation de leur projet. Parmi eux, Steddy. Cet étudiant originaire de la Guyane. Il se plaît à l’ESMI « parce qu’elle est l’une des seules écoles en France et à l’étranger à proposer une section uniquement consacrée à la 3D. L’avantage ici, c’est qu’on se spécialise très vite tout en gardant une certaine polyvalence. En plus, nos professeurs sont des professionnels reconnus. Certains ont bossé pour des grosses productions comme La Haut, Ratatouille ou Wally » certifie le jeune homme.

Un exemple de film d’animation créé par les élèves de l’ESMI:

Mais les élèves rêvent d’ailleurs. L’ESMI a développé des partenariats avec des sociétés de productions outre-Atlantique. Ils sont nombreux à vouloir travailler au Canada ou aux États-Unis. « Nous savons tous que l’Amérique du Nord reste le leader incontesté en terme de production de film d’animation. Personnellement mon rêve est de travailler pour Disney » livre Gauthier étudiant en troisième année de la « section 3D ».

Ce jeune étudiant d’origine belge prépare avec cinq de ses camarades sa visite au « Cartoon movie ». Il avoue que ses professeurs l’ont un peu poussé à s’y rendre. Mais avec du recul, il est assez content d’aller au salon : « Nous ne sommes pas formés à tout l’aspect business qui est très important dans le monde de l’animation 3D. Le cartoon movie est principalement consacré au financement des films d’animation. Du coup, on va pouvoir avoir une première approche du côté financé de notre métier ».

Antoine Roynier