À l’approche des élections municipales, un enjeu se dessine : remobiliser le vote des jeunes, en déclin ces dernières années. Au moyen de débats et de conférences, le Parlement des Étudiants à Bordeaux promeut l’engagement politique et souhaite toucher les moins intéressés.

Chemise-cravate colorée, cheveux bruns bien coiffés et lunettes noires au-dessus de sa moustache, Ethan déplie un kakemono. Derrière cet étudiant en droit de 21 ans, dans l’amphithéâtre Asselain de l’Université de Bordeaux, Campus Montesquieu, une cinquantaine d’étudiant·es s’installent ce mercredi 28 janvier pour assister à une conférence sur le milieu carcéral. Elle a été organisée par l’association dont il est président, le Parlement des Etudiants (PE). L’organisation d’une centaine de membres rassemble des étudiant·es pour des débats sur de divers sujets dont la politique : « On essaie d’agir sur le vote des jeunes, mais c’est compliqué », avoue-t-il.
Pour Emma, 21 ans, étudiante en licence de droit, pas question de s’abstenir. Pour ses premières municipales, elle ira voter à Tarnos (Landes), sa ville natale : « Je n’ai pas envie que le pouvoir se retrouve entre les mains de n’importe qui. » Mais elle sent que parmi ses proches, les élections ne suscitent pas le même sens du devoir. Ils sont plusieurs à s’abstenir, dont Etienne, son copain, qui l’accompagne à la conférence. Ce licencié en psychologie se définit comme apolitique, et ne se retrouve pas dans le jeu politique actuel : « Je ne suis pas contre le vote en soi, mais je ne me sens pas représenté dans le système politique dans lequel on est. Voter ici ou autre part, ça ne changera rien ».
Une abstention de 72 % chez les 18-34 ans aux municipales de 2020
Lors d’élections, les jeunes sont les plus nombreux à s’abstenir, et les municipales en sont les premières victimes. Selon une étude d’Ipsos publiée à l’issue des municipales de 2020,le second tour a été marqué par une abstention record atteignant 60 %. Ce chiffre grimpe à 72 % chez les 18-34 ans, faisant de cette tranche d’âge le groupe social le plus éloigné des urnes.
« C’est moins glamour le local ! » tente d’expliquer Mana, ancienne présidente du Parlement des Étudiants. « Quand on parle du département, on sent que ça intéresse moins les gens. Ils se disent que ça ne règlera pas leurs problèmes, alors que la politique de la ville, c’est leur quotidien : le CROUS, les aides sociales… », explique l’étudiante en droit public.
Alors, pour mobiliser les jeunes à s’intéresser à la politique, l’association adopte plusieurs techniques : débats, conférences, sensibilisation dans les lycées. Ces événements réunissent souvent les plus politisés comme les étudiants en science politique ou en droit. Eux, selon Mana, voteront certainement aux élections municipales 2026. Mais pour les autres ?
Afin de viser plus large, le 4 février, leur association a organisé un débat public sur les discriminations du quotidien. Six candidat·es aux municipales de Bordeaux étaient présent·es : Philippe Dessertine, Thomas Cazenave, Nordine Raymond, Philippe Poutou, Virginie Bonthoux-Tournay et Pierre Hurmic. « Cet événement était une réussite », nous résume Ethan, le président, rappelant que cette rencontre sera la seule que le Parlement des Étudiants proposera à l’occasion des municipales.
L’association aspire donc à une plus grande ouverture, pour permettre à celles et ceux qui ne votent pas de pouvoir faire un choix éclairé.
Fanny FRIQUET, Aline SCHERFLING, Colline TRYSTRAM

