À quelques jours des élections municipales de 2026, le quartier Belcier, au sud de la gare Saint-Jean, vit à contretemps de la campagne bordelaise. Ici, pas de tracts ni de promesses affichées, mais une vie de quartier largement portée par les habitants et les associations. Un fonctionnement autonome qui interroge la place de la politique locale.

Alors que dans d’autres quartiers de Bordeaux les week-ends s’animent au rythme des distributions de tracts et des sourires des militants, à Belcier, le silence domine. Ni porte-à-porte, ni débats improvisés en vue des élections municipales du 15 et 22 mars : seulement un ou deux panneaux électoraux, relégués dans un recoin de la rue de Son Tay. Et pourtant, Belcier n’a rien d’un quartier fantôme.
Au milieu de ces grands ensembles neufs et urbanisés, la place Ferdinand Buisson constitue le coeur battant du quartier Euratlantique – l’église, l’école, le bar-restaurant, le parc pour enfants, les tables d’échec et de ping pong, le terrain de pétanque… tout y est. L’on s’y croise, discute et sr retrouve à toute heure de la journée. « Allez seulement deux rues plus loin, ça n’est pas pareil », insiste Thibaud, père de famille, qui y vit depuis 2019.
Belcier attire aussi des Bordelais venus d’autres quartiers : « J’habite Bacalan, mais je viens ici tous les jours ! » raconte Laurent, boule de pétanque à la main. « C’est un petit village », résume simplement une mère à la sortie de l’école avant de rejoindre d’autres parents sur la place.
Des assos fragilisées qui organisent la vie de quartier
Ce fonctionnement collectif repose sur un tissu associatif dense : ce sont elles qui, à Belcier, forment l’ossature du quartier. Astrolab’Belcier, Bain Douche, la Cabane Éclairée, le centre de coordination Bordeaux Sud… Elles organisent des ateliers pour les enfants, des apéritifs pour les plus grands, des concerts et établissent ainsi un solide réseau de solidarité. « Nous entretenons une mixité sociale », explique Séverine, une salariée d’Astrolab’Belcier.
Pourtant, les subventions diminuent et certaines aides départementales, comme l’ASE (NDLR : aide sociale à l’enfance), sont supprimées. L’équilibre financier devient précaire. « Ce qui nous fait vivre, ce ne sont pas les contributions des familles, ce sont les subventions [de l’état, NDLR] », confie-t-elle. « On a déjà été en difficulté, et ça risque de recommencer ». Pour elle, un changement à l’échelle locale ne résoudrait pas les problèmes de financements insuffisants.
Le flou des municipales
« On ne s’est pas encore trop renseignés, et on n’a pas encore reçu de tracts ». Un couple arrivé de Lille il y a deux ans votera pour la première fois aux municipales de Bordeaux. À l’inverse, Thibaud, habitant du quartier et père de famille plutôt aligné sur les valeurs de la mairie actuelle, craint « une bascule à l’extrême droite ». Malgré cela, la mobilisation pour les municipales semble rester à la marge. « On s’organise surtout entre nous », confie une habitante. « Quand on a besoin d’un marché, on s’organise avec des acteurs à proximité. Quand il faut des bancs, on passe par les assos’. On n’attend pas toujours les actions de la mairie », conclut la salariée d’Astrolab’Belcier.
Elouan CROSNIER, Louis BONON, Marie COGORDAN

