Trois mesures pour lutter contre la précarité alimentaire étudiante

Avec les confinements successifs, la précarité alimentaire étudiante a été révélée au grand jour. Aujourd’hui, un étudiant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté et les dispositifs de distribution alimentaire n’ont jamais été autant sollicités. Les associations veulent peser dans le débat pour l’élection présidentielle.

Lundi 7 mars à 18 h 50, une centaine d’étudiant·es attend devant le Wanted Café aux Capucins. Ils·elles sont là pour la distribution de nourriture organisée par l’association de lutte contre le gaspillage alimentaire, Linkee, qui a lancé ce dispositif fin janvier. Carottes, pommes-de-terre, café ou dentifrice sont emportés par centaines comme chaque lundi. Alice Herrouet, coordinatrice de l’antenne de Bordeaux le reconnaît malgré elle : « Le premier lundi, il y avait une quarantaine d’étudiant·es, la semaine dernière c’était plus de trois cents ». 

Que faut-il faire pour que tous les étudiant·es aient un accès digne à une alimentation de qualité ?

En France, 8 millions de personnes ont eu recours à l’aide alimentaire en 2021 – deux fois plus qu’avant la crise. Selon une enquête de l’association Co’p1-Solidarités étudiantes, 79% des étudiant·es en précarité alimentaire déclarent avoir eu recours à une aide pour la première fois en 2020-2021. Conséquence : 1 jeune sur 6 a arrêté ses études selon un rapport d’enquête parlementaire. La situation des étudiant·es amène les pouvoirs publics à se questionner : mardi 8 mars, le Centre ressource d’écologie Pédagogique de Nouvelle-Aquitaine (CREPAQ) et le Centre national de l’alimentation (CNA) organisaient un débat participatif à l’Université Bordeaux-Montaigne sur cette question. 

Trois propositions afin de lutter contre la précarité alimentaire étudiante

En cette période de campagne pour les élections présidentielle, Imprimatur a écouté les acteur·rices du secteur et voici les propositions qui ressortent. 

  1. Un revenu étudiant ou une sécurité sociale de l’alimentation

A l’occasion de ce débat, plusieurs formes d’aides structurelles ont été proposées. Parmi elles, l’idée d’un revenu étudiant ressort en priorité. Certain·es proposent un revenu fixé au montant du seuil d’extrême pauvreté, soit 885 euros par mois. Un montant qui s’approche du des 850 euros par mois proposés par le candidat communiste, Fabien Roussel. D’autres, visent le montant du seuil de pauvreté fixé à 1063 euros par mois qui correspond à l’idée de Jean-Luc Mélenchon de la France Insoumise. Certain·es proposent de revaloriser les bourses ou en tout cas, d’en donner plus facilement l’accès comme le propose le candidat d’extrême-droite, Eric Zemmour. Corentin Roy, doctorant en sociologie sur la précarité alimentaire, reprend l’idée développée par le collectif Sécurité sociale de l’Alimentation, selon laquelle, chaque Français·e pourrait bénéficier d’une « carte vitale de l’alimentation ». Un projet partagé par le candidat écologiste Yannick Jadot qui souhaite l’expérimenter s’il est élu. Pour Corentin Roy, cela permettrait « que sans aucune condition de ressources, tout le monde puisse avoir accès à une alimentation décente. Qu’ils soient végétariens, que ce soient des normes religieuses ou autre. On est en 2022 et on a les moyens de faire ça maintenant ! ».

  1. Fin de la stigmatisation et lien social autour de l’alimentation

Nombre d’étudiant·es ne connaissent pas l’ensemble de leurs droits, et de nombreuses aides ou dispositifs ne sont pas alloués comme ils·elles le devraient. Il faudrait ainsi  créer des systèmes d’accueil et d’écoute, de partage et d’orientation autour de la précarité subie afin d’aider les étudiant·es dans leurs démarches. Le but étant de lutter contre les non-recours aux prestations sociales. Une proposition que fait également Jean-Luc Mélenchon.

Les étudiant·es souhaitent faire des campus des lieux de vie démocratique autour de l’alimentation avec le déploiement d’épiceries solidaires, de jardins partagés et aussi d’échanges sur la problématique de l’alimentation. Comme Baptiste, membre de l’association Vers un réseau d’achat en commun (VRAC), qui promeut une forme d’éducation populaire et veut que l’ensemble de la population s’intéresse à ces questions : « ça ne doit pas rester un truc de bobo réservé à ceux qui ont les moyens ».

L’accompagnement des étudiant·es en situation de précarité alimentaire ne doit plus se faire au détriment de leur dignité. Pour lutter efficacement contre la stigmatisation des demandeur·euses d’aide, l’idée d’une allocation pour tous·tes dédiée à l’alimentation revient. Selon ses défenseurs, elle permettrait à chacun de dépenser dans des lieux qui seraient conventionnés. D’après Baptiste, « tous auraient le choix de leurs dépenses en alimentation et surtout, plus personne ne serait obligé de justifier sa condition ».

  1. Un Crous à un euro pour tous·tes, même en soirée

« Parfois, je mange à n’en plus pouvoir quand je suis au Crous le midi car le soir je ne mange qu’une banane ou des pâtes » confie Jamila, étudiante en information-communication à l’Université Bordeaux-Montaigne, dans la file pour les distributions de l’association Linkee. Elle n’est pas la seule à vivre cette situation, d’où l’idée d’ouvrir plus longuement les Crous  pour y répondre. « Il faut que le Crous soit ouvert en soirée mais il faut aussi que le repas soit à un euro pour toutes et tous » lance Pierre Veit, membre de la Banque Alimentaire de Bordeaux. Il s’est aperçu que nombre d’étudiants non boursiers ne bénéficiant plus des repas à un euro cette année se privaient même du Crous. Selon l’UNEF, les étudiant·es non boursiers  276 euros de plus par an par rapport aux boursier·es. Corentin Roy rappelle que l’alimentation est « une variable d’ajustement sur le budget d’un ménage ». C’est un des seuls budgets obligatoire qu’on peut modifier en fonction des marques achetés contrairement à nos forfaits de téléphones ou à nos loyers. Cette possibilité se fait au détriment de la qualité des produits consommés. Il envisage une autre solution, proposée elle aussi par Jean-Luc Mélenchon : le blocage des prix sur les produits de premières nécessité.

Alexandre Tellier

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