GIEC : le rapport de la dernière chance

Le Giec a publié le deuxième volet de son sixième rapport sur le réchauffement climatique ce lundi 28 février. La Nouvelle-Aquitaine souffrira de la montée des eaux, de la chaleur, du manque d’eau et subira des pertes agricoles.

« Les demi-mesures ne sont plus possibles », a fait valoir Hoesung Lee, président du Giec, dans le communiqué de presse qui annonce la publication du deuxième volet du sixième rapport de l’organisme sur le réchauffement climatique.

Le premier, publié fin août, a établi que le réchauffement climatique causé par les activités humaines s’accélère. Ce deuxième chapitre précise les impacts du changement climatique et propose un inventaire des solutions à mettre en œuvre pour « faire en sorte que la Terre reste un endroit où il fait bon vivre ». Il apporte un éclairage nouveau sur le potentiel qu’a la nature de diminuer les risques climatiques.

Où en est-on ?

Le rapport indique que la température moyenne sur la planète a augmenté de 1,09°C par rapport à l’ère préindustrielle. Un chiffre qui atteindre +2,7°C en 2100 malgré les efforts consentis par les états actuellement.

Entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes sont en situation de forte vulnérabilité. La multiplication des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations excède déjà les seuils de tolérance des végétaux et des animaux, provoquant des mortalités massives. Ces phénomènes exposent aussi des millions de personnes à une insécurité alimentaire et hydrique aiguë, notamment en Afrique, Asie, Amérique centrale, Amérique du Sud et Arctique. Entre 2010 et 2020, les décès attribuables au changement climatique ont été 15 fois plus élevés dans ces zones.

Et la Nouvelle-Aquitaine ?

La Nouvelle-Aquitaine est déjà touchée par des vagues de chaleur et de sécheresses inhabituelles. Si le réchauffement se poursuit au-delà des +1,09°, d’autres effets devraient se faire ressentir, dont une recrudescence d’évènements climatiques extrêmes comme les tempêtes.

Le premier risque identifié est la mortalité liée aux canicules qui devrait doubler voire tripler en cas d’une augmentation de 3°C de la température. Le rapport pointe également que « les zones à risque de feu de forêt vont s’étendre en Europe, menaçant la biodiversité et les puits de carbone » puisque ces écosystèmes captent une partie des émissions de gaz à effet de serre.

Le rendement des terres cultivables devrait fortement diminuer en Nouvelle-Aquitaine. Un tiers des européens du sud souffriront de manque d’eau dès le seuil des +2°C atteint. A partir de 3°C, ce risque double et des « pertes économiques importantes dans les secteurs dépendant de l’eau et de l’énergie peuvent se produire. »

Les dégâts provoqués par les inondations côtières vont être « multipliés par 10 à la fin du XXIe siècle » prévient le rapport. La montée du niveau de la mer représente une « menace existentielle » pour les villes du littoral, notamment après 2100.

Les sols argileux de la région pourraient également d’accroître les risques de fissuration des maisons par le retrait-gonflement de l’argile après une sécheresse.

Quelles solutions ?

Le rapport évoque des solutions largement fondées sur la bonne santé de la biodiversité et des écosystèmes comme la redécouverte de variétés anciennes de cultures agricoles plus résistantes, la restauration des mangroves ou la plantation d’arbres dans les villes.

« Les écosystèmes en bonne santé sont plus résilients au changement climatique et procurent des services vitaux comme la nourriture et l’eau potable », a indiqué Hans-Otto Pörtner, coprésident du groupe de travail du GIEC. « En restaurant les écosystèmes dégradés et en préservant efficacement et équitablement 30 à 50 % des habitats terrestres, océaniques et d’eau douce, la société profitera de la capacité qu’a la nature d’absorber et de stocker le carbone. »

Le Giec propose une série d’interventions pour armer les villes face au changement climatique : décourager les développements urbains dans les zones à haut risque, construire des zones humides côtières protégées, surélever les maisons, construire des bâtiments sur la mer…

Le Giec insiste sur l’importance d’entrecroiser ces mesures et de mettre à profit les savoir autochtones afin d’apporter davantage de justice sociale, considérée comme un pilier de notre capacité de résistance aux changements.

Validé par les 195 Etats membres de l’ONU, ce volet sera suivi par un troisième, prévu début avril, sur les solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Clémence Drotz

Le hameau Esconac en Gironde

La gestion des crues à Esconac

A Esconac, un hameau de la commune girondine de Quinsac, une trentaine de maisons sont situées au bord de la Garonne. Le lieu connait des périodes de crues qui devraient s’intensifier dans les prochaines décennies d’après le dernier rapport du Giec.

Même si le hameau est à 100 kilomètres de l’estuaire de la Gironde, les marées impactent le niveau de l’eau. Dans les périodes où les coefficients de marées sont forts, les habitants doivent être vigilants car il y a un risque d’inondation.

Une digue de protection de 6,5 mètres a été construite et les maisons sont équipées de batardeaux, des plaques de métal installées devant les portails pour protéger les jardins. Les voisins ont un groupe WhatsApp dans lequel Frédérique Augry, l’une des habitantes, publie deux fois par jour des bulletins d’alerte trouvés sur  le site national Vigicrues. Les informations sont relevées à Bordeaux et à La Réole. En cas de fort coefficient de marée, le site publie les prévisions de hauteur des trois marées à venir. Il donne une fourchette haute, moyenne et basse.

Si la projection est haute, les habitants mettent les batardeaux pour gagner entre 10 et 15 centimètres. Si l’eau entre dans les maisons, ils s’entraident pour nettoyer. « L’eau passe par-dessus la digue entre 1 et 3 fois par an. Globalement, on évite le plancher au rez-de-chaussée, les installations électriques sont à un mètre du sol et on apprend vite qu’il ne faut pas avoir de tapis persan de valeur », indique Frédérique Augry qui considère que « c’est 5 jours d’emmerdement par an pour 360 jours de bonheur et ça crée une très chouette convivialité. »

Un bulletin d’alerte type partagé sur WhatsApp
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