Économie sociale et solidaire : réinventer demain avec les jeunes

Clap de fin, ce mardi 1er décembre, pour le mois de l’Economie sociale et solidaire (ESS) organisé par le ministère de l’Économie. Ce mode de fonctionnement plaît de plus en plus aux jeunes.

Après plusieurs semaines de rencontres, d’ateliers, et de débats, les élus de Nouvelle-Aquitaine ont échangé à l’occasion d’une conférence de clôture en ligne. L’ESS, qui allie économie et équité sociale, attire de plus de plus de jeunes, notamment à Bordeaux. Parmi eux, Alexis Barjou, ancien salarié chez “Osons Ici et Maintenant”, une association qui aide à réorienter les personnes en difficulté dans leur parcours professionnel. 

Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à t’engager dans l’économie sociale et solidaire ?

Alexis Barjou : Ça fait déjà plusieurs années que je m’intéresse aux questions de solidarité, d’ancrage local et d’aide aux plus précaires. Mon M1 à Sciences Po Bordeaux sur les solidarités internationales ne me satisfaisait pas. C’est pour cette raison que je me suis redirigé vers un échelon plus local, en suivant le Master ESS, toujours à Science Po. J’y ai vu l’opportunité d’avoir un impact concret sur le territoire régional et de travailler pour une cause juste au quotidien. Voilà ce que je recherche maintenant pour ma vie professionnelle. La semaine dernière par exemple, je suis intervenu au  “Diaconat de Bordeaux”, association protestante qui aide les personnes en grande difficulté d’hébergement. J’ai aidé des demandeurs d’asile dans leurs démarches administratives et dans leurs intégrations à la société. 

Quelles sont tes perspectives d’emplois à 25 ans et fraîchement diplômé d’un master en ESS ? 

A. B. : L’ESS bénéficie d’un effet de mode, et beaucoup de jeunes se dirigent vers ce secteur. Ce n’est pas facile de trouver un emploi pour une raison simple : la majeure partie du temps, ces structures ont un modèle économique encore précaire et instable. Difficile de trouver un poste, et surtout d’y rester. L’une des solutions serait peut-être de réduire le temps de travail pour que tout le monde ait un emploi. [ndlr : de plus en plus d’étudiants sortent diplômés de l’ESS chaque année].

Comment expliquez-vous cet engouement des politiques face à l’ESS ?

A. B. : Il y a un réel effet de mode sur cette thématique. Ce mois de l’ESS en est l’exemple typique : sur le moment les pouvoirs publics s’y intéressent, ils organisent des rencontres et des événements. Mais en dehors de ça, ils ont tendance à aider les structures dans une logique d’appel à projets et de financement à court terme. Du coup, les différents acteurs de l’ESS entrent en compétition. Ce qui les force à  s’adapter sans cesse, à être toujours plus innovants et efficaces. C’est parfois contraire au travail qualitatif et construit dans la durée que prône l’ESS. Alors c’est bien que le secteur soit sur le devant de la scène l’espace de quelques semaines, mais c’est surtout important d’apporter un soutien sur le long terme et de ne pas juste organiser une mise en concurrence permanente des projets.

Pierre Hurmic a déclaré :“l’ESS doit devenir la norme de demain”. Penses-tu qu’il est possible d’inscrire ce secteur dans le temps ?

A. B. : L’ESS s’institutionnalise petit à petit ces dernières années, mais elle existe depuis des siècles. Dès le XIXe, des coopératives de bijoutiers ou d’agriculteurs agissaient ensemble à une échelle locale, avec des circuits courts. C’est déjà un modèle d’économie pérenne qui perdurera au-delà de l’attention éphémère qu’on peut lui accorder. Les caractéristiques principales de l’ESS comme la  gouvernance partagée et l’ancrage territorial devraient être le fondement de l’économie française et mondiale. Là ou il y a des besoins sociaux, l’ESS apporte par définition de la stabilité et une vision plus responsable. Il faut tendre vers sa normalisation et faire que l’ESS s’étende à plus de domaines en gardant ses fondements : le local et l’humain. 

La crise sanitaire a montré les limites du modèle économique classique. Pour vous, l’ESS est-elle une alternative viable ?

A. B. :  À l’ère de la mondialisation et de la compétition, le fait d’avoir des emplois locaux qui répondent à des besoins sociaux est plus en phase avec nos besoins. L’ESS permet aussi de lutter contre des multinationales : pendant la crise de la Covid-19, des livreurs UberEats se sont regroupés en coopératives pour défendre leurs droits. L’ESS mise tout sur le développement local, alors que l’économie libérale classique, elle, est mondialisée. Ce qui engendre des flux de marchandises à outrance, de voyageurs, voire de virus…

Camille Bigot (@CamilleGranon) & Raphaël Lardeur (@RaphaelLardeur)