« Faire l’école à la maison, j’en rêvais presque »

Depuis la fermeture des écoles, lundi 16 mars, le confinement oblige les parents d’enfants scolarisés à  s’occuper du suivi de l’enseignement à distance. Il leur faut désormais trouver un nouvel équilibre familiale entre leurs propres activités professionnelles et celles, si peu évidentes, de leurs petits. 

Myriam et son mari ont deux enfants, l’un en CP, l’autre en CM2. À la maison « c’est rock’n’roll parce qu’on est tous les deux en télétravail. On est dans la même pièce. J’ai installé une petite table pour les enfants, pour qu’ils ne soient pas loin, sinon c’est ingérable » explique-t-elle. Le confinement général oblige les enfants de tout âge à rester chez eux. Les parents reçoivent des consignes que les professeurs mettent en ligne via des plateformes dédiées afin que l’apprentissage continue durant cette période d’inactivité dont on ne connaît pas encore la durée.

Lorsque le couple se retrouve en réunion au même moment, il devient compliqué de s’occuper du travail scolaire. « Je ne respecte pas forcément les horaires que les maîtresses donnent. On s’organise selon notre travail. C’est un peu au fil de l’eau ». Passer du programme de CP au CM2 n’est pas évident. « Ce n’est pas facile d’être concentré avec les deux, d’autant que mon fils a des petits soucis d’apprentissage. En temps normal, il voit une orthophoniste ». Mais la famille félicite le travail des enseignants en saluant leur bonne organisation. Myriam explique qu’elle ne veut surtout pas jouer à la maîtresse, ce n’est pas son métier et s’en tient simplement aux consignes qu’on lui a données. « On est isolé, mais pas abandonné » résume-t-elle.

 

Les enfants continuent leur scolarité grâce à des plateformes en ligne où ils peuvent récupérer du travail fourni par les enseignants. Photo : Alexandre Keirle

Trouver son rythme

Dans les familles nombreuses, gérer les cours à distance est un vrai casse-tête. Avec sept enfants de deux à seize ans, Véronique et Matthieu sont sur tous les fronts. « On a tous les niveaux de classe possible ». La première semaine s’est conclue par un « vague à l’âme » général. C’était un moment difficile pour Véronique qui était seule pour s’occuper des enfants. Elle s’est retrouvée en chômage technique. « J’ai la chance d’avoir un mari qui s’est rendu disponible le matin pour me filer un coup de main, parce que toute seule c’était impossible ». Au sein de l’habitation, deux pièces ont été transformées en salles de classe : « une pour les grands, une pour les petits ». L’école à la maison commence entre 9 h 30 et 10 h, jusqu’aux environs de midi en fonction du travail. L’après-midi, les enfants se retrouvent devant une vidéo éducative. 

Pour faire bien respecter l’enseignement, il faut des moyens techniques. « Hier, j’en étais à 22 feuilles imprimées. Je ne sais pas comment font les gens qui n’ont pas d’imprimante » reconnaît Véronique.

Se connecter aux plateformes en ligne n’est pas toujours évident « On est un peu à la bourre, on a régulièrement des bugs le matin ». Alors, parfois, les devoirs sont rendus avec quelques jours de retard. « Faire l’école à la maison, j’en rêvais presque. Mais on n’a pas du tout la liberté de faire ce que l’on veut ». La difficulté se trouve finalement chez les petits qui ne sont pas encore en primaire et tournent en rond. « Mon dernier de deux ans et demi voulait aller faire du toboggan. Impossible de lui expliquer ce qu’il se passe. Donc on a improvisé un toboggan à la maison avec une grande porte sur un canapé. Finalement c’est avec les plus petits que l’on s’amuse le plus ». 

Jeanne Maisiat