Un arrêté qui fait des vagues

Depuis vendredi dernier, un arrêté municipal de La Ville de Lège-Cap-Ferret interdit le passage sur les digues jusqu’à la pointe. Une mesure demandée par le préfet qui se base sur les conclusions alarmistes d’une note d’expertise.

Dans ses colonnes le mercredi 13 février, Sud Ouest donne la parole à Olivier et François Lafitte, patrons du célèbre restaurant Chez Hortense à la Pointe du Cap Ferret «sonné» par la décision préfectorale d’interdiction d’accès à la digue qui protège leur façade maritime. L’an dernier pourtant 1500 camions de matériaux ont été déversés au nord de leur propriété pour conforter leur digue. Un effort suffisant selon eux. Ils pointent désormais la responsabilité de l’État. Les commerçants légeois sont eux aussi mécontents. Le débat est aussi fort dans la sphère politique.

Un rapport qui met le feu aux digues

C’est un document de 12 pages qui à déclenché la polémique. Commandé en mai par la direction régionale de l’Environnement ( DREAL), Il a été rédigé par le Centre national d’études et d’expertise à rédigé sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) et remis aux services de l’état à la mi-septembre 2018. Ce rapport pointe le «caractère inéluctable du recul du trait de cote et l’accroissement de la vulnérabilité de la pointe face aux risques littoraux». Il appelle tous les élus locaux à la mobilisation générale «il faut rassembler tous les acteurs, […] et à partir de là définir des seuils d’alerte et de déclenchement de travaux d’entretien d’urgence». Mais la préfecture n’a-t-elle pas confondu vitesse et précipitation en mettant en place si rapidement des interdictions de circulation à Lège-Cap-Ferret ?

Cacophonie politique

Renaud Lagrave, vice Président de la région Nouvelle Aquitaine et Président de la GIP littoral, (organisation qui regroupe les collectivités territoriales de la côte Aquitaine) est circonspect : « Je suis surpris par cette décision rapide, non concertée. Elle ne respecte pas la stratégie locale que nous devions mettre en place ensemble. Je ne peux rien faire contre. J’ignore ce qui s’est passé dans la tête du préfet». Du côté de la Mairie de Lège-Cap-Ferret, on applique la volonté préfectorale tout en partageant « la même surprise ». La mairie s’attendait à mettre en place de telles actions mais à plus long terme. La situation est-elle si grave, qu’il faille accélérer la bataille face à l’érosion ? Pas possible d’avoir des précisions de la CEREMA. Seule la préfecture de Nouvelle-Aquitaine est habilitée à commenter des résultats du rapport. Mais malgré nos tentatives, nous n’avons pas réussi à obtenir une réaction de leur part face à l’incompréhension générale. Le rassemblement des acteurs locaux prôné par le rapport est pour le moment une lointaine chimère.

Une réalité palpable

Sur une tendance longue, l’érosion du trait de cote est une évidence. En 1997, un rapport du port autonome de Bordeaux faisait déjà état d’un recul du trait de cote de 440 mètres entre 1977 et 1996. « les Blockhaus de la pointe du Cap-Ferret montrent où se situait le cordon dunaire entre 1943 et 1945. Ils ont été construits au sommet de la dune, aujourd’hui ils sont dans l’eau: le littoral a reculé » précise Philippe Fougeras, responsable de l’unité territoriale bassin d’Arcachon à l’ONF à nos confrères de Sud-Ouest. Dans les 20 années à venir, La Pointe du Cap-Ferret va perdre de 180 mètres à 360 mètres par rapport à aujourd’hui. Alors que le réchauffement climatique ne fait qu’empirer le processus d’érosion , il va falloir impérativement dépasser les divergences.

@MatthiasHardoy 
Infographie de @Thibaut_Ghironi

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