Flop 10 : Les ratés des Girondins

L’année débute, on prend des résolutions, on espère du changement, du mieux pour les 12 mois qui arrivent. Mais en 2019 à Bordeaux, tout est un peu chamboulé : Alain Juppé déserte Les Républicains et les manifestations donnent à la ville, d’ordinaire si calme, des airs de guerilla urbaine tous les samedis. Heureusement, FC Girondins de Bordeaux permet d’avoir des repères : il met tout le monde d’accord et se fait éliminer par Le Havre, club de division inférieure, dès son entrée en lice en Coupe de France. Comme l’année dernière. Comme en 2014. Comme tant de fois. Comme un mauvais film dont on devine le scénario cousu de fil blanc, mais qu’on est obligé de regarder. Avant de voir les Bordelais tenter de se rattraper dès ce mercredi soir contre les Havrais en Coupe de la Ligue, tour d’horizon des éliminations les plus piteuses du club au scapulaire. Moteur, action, à vos mouchoirs.

Numéro 10 :

Le film : Série noire, Alain Corneau, 1979

Le match : Campagne d’Europa League 2013-2014

Dans le film de Corneau, le triste héros enchaîne les meurtres, presque malgré lui. En 2013, ce sont leurs espoirs européens que les Girondins ont consciencieusement entrepris de tuer dans l’œuf. Six matchs de Coupe d’Europe, une seule victoire et une dernière place pour finir. Dès le premier tour de la compétition et face à des équipes abordables, les Bordelais ne jouent jamais vraiment leur carte à fond. Et forcément, à l’échelon continental, cela se paye. Le stade Chaban-Delmas, anciennement Parc Lescure, vit donc le dernier match européen de son histoire sans enjeu, contre Francfort. De beaux adieux cependant, avec la venue de plus de 10 000 supporters allemands, pour encourager leur équipe.

Numéro 9 :

Le film : Le premier jour du reste de ta vie, Rémi Bezançon, 2008

Le match : Bordeaux-Lyon, Laurent Blanc, 2010

A ce moment-là, les supporters ne se doutaient pas qu’il s’agissait du premier jour du reste de leurs vies. Jusqu’à cette double confrontation fratricide en Ligue des Champions au printemps de l’année 2010, rien ne pouvait résister aux Girondins. Un titre de champion de France, une avance confortable en championnat, une épopée européenne quasiment jamais vue sur les bords de la Garonne… Vient alors ce quart de finale face à l’ennemi lyonnais. Deux rencontres dominées, trop d’occasions manquées, un arbitrage parfois litigieux : rien ne sourit aux Bordelais qui quittent la plus belle des compétitions avec une valise pleine de regrets. Après ce traumatisme, le club s’effondre en championnat et ne retrouve jamais les sommets.

Numéro 8 :

Le film : Apocalypse now, Francis Ford Coppola, 1979

Le match : Parme-Bordeaux, Elie Baup, 1999

Au printemps 1999, Bordeaux va bien, très bien. Les Marine et Blanc jouent les premiers rôles en championnat et réalisent une campagne européenne de belle facture. Ils ont atteint les quarts de finale de la Coupe UEFA lorsque se présentent devant eux des Parmesans bien armés. Après le match aller, les Girondins y croient dur comme fer grâce à une victoire 2-1 au Parc Lescure. Au retour, l’apocalypse s’abattra sur eux. 6-0, score sans appel, et une élimination qu’il faut digérer. Peut-être un mal pour un bien cependant : les Bordelais remporteront le championnat de France à l’ultime minute de l’ultime journée devant les Marseillais.

Numéro 7 :

Le film : Le jour le plus long, Ken Annakin, 1962

Le match : Bordeaux – Osasuna, 2007

Face à des Basques, la partie n’est jamais jouée d’avance. Face à ceux de l’Osasuna Pampelune, elle n’est jamais finie non plus. En seizièmes de finale de cette Coupe UEFA 2006-2007, les Bordelais reçoivent au retour. Impossible de départager les deux équipes au terme des deux rencontres : les prolongations se profilent. Impossible aussi à l’issue des 30 minutes supplémentaires, la séance de tirs au but arrive. C’est ce qu’on croit, du moins. Au bout du suspens, et de l’ennui, un attaquant iranien parfaitement inconnu surgit de la tête et élimine les Bordelais. Dommage.

Numéro 6 :

Le film : Le mépris, Jean-Luc Godard, 1963

Le match : Bordeaux-Le Havre, Ricardo, 2019

Quel rapport entre un des plus grands films du « Redoutable » Godard et un 32ème de finale de Coupe de France joué en plein mouvement des gilets jaunes ? Le mépris. Celui que raconte Godard à travers les yeux de Brigitte Bardot. Et celui qu’ont ressenti les fans des Girondins après une énième élimination hivernale face à un adversaire hiérarchiquement inférieur. 1-0 pour le club de deuxième division, sur le terrain des Marine et Blanc, et une aventure qui s’arrête avant même d’avoir commencé.

Numéro 5 :

Le film : Été précoce, Yasujiro Ozu, 1951

Le match : Videoton-Bordeaux, Jocelyn Gourvennec, 2017

Le 3 août, l’été est en principe loin d’être fini. Pourtant à cette date de l’année 2017, c’est même la saison européenne des Girondins qui s’achevait, de manière bien précoce. Contre Videoton, un club de Hongrie apprécié de Viktor Orbán, et théoriquement bien inférieur au FCGB, les Girondins sombrent. Ils s’inclinent piteusement dans un stade champêtre et sont, un temps, la risée du football français.

Numéro 4 :

Le film : Bienvenue chez les Ch’tis, Dany Boon, 2008

Le match : Calais-Bordeaux, Elie Baup, 2000

Calais en 2000, c’est l’histoire du Petit Poucet qui renverse des montagnes. A chaque tour de la coupe de France, on pense que le club amateur n’ira pas plus loin. A chaque tour, il élimine un club de division supérieure. C’est le cas de Bordeaux, en demi-finale de la compétition. Magnanimes, les Girondins ne se mettent pas en travers de la belle épopée et laissent, bien malgré eux, les Calaisiens accéder à la finale. Le club de 4ème division s’inclinera cependant face à Nantes au Stade de France.

Numéro 3 :

Le film : Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?, Philippe de Chauveron, 2014

Le match : Montceau-les-mines – Bordeaux, Ricardo, 2007

Christian Clavier n’était pas le premier à se poser la question. En janvier 2007, les supporters bordelais l’avaient déjà en tête. Mais qu’ont-ils fait pour mériter que leur club favori ne se fasse éliminer, encore, par un club amateur de 4ème division ? Aux tirs au but, les professionnels quittent la compétition la tête basse, honteux.

Numéro 2 :

Le film : L’enquête corse, Alain Berberian, 2004

Le match : L’Île Rousse-Bordeaux, Francis Gillot, 2014

C’est un poncif dans le monde du football français : se déplacer en Corse n’est jamais facile. Certes, l’air est pur, les paysages somptueux et le maquis pittoresque, mais ceux du « continent » ne sont pas toujours les bienvenus. Surtout quand ils sont des professionnels envoyés pour annihiler les velléités de qualification d’un modeste club de l’île. Les pensionnaires de 5ème division profitent de l’apathie des Bordelais pour les emmener aux tirs au but. Et une fois de plus, la réussite n’est pas du côté du club au scapulaire. Sortie de route en 16èmes de finale sur l’Île de Beauté.

Numéro 1 :

Le film : Les Huit Salopards, Quentin Tarantino, 2016

Le match : Granville-Bordeaux, Jocelyn Gourvennec, 2018

Tarantino a une imagination débordante, sanglante et un sens du tragi-comique hors-normes. Mais on est prêt à parier qu’il aurait eu du mal à écrire à l’avance le scénario de ce Bordeaux-Granville. Chez les Normands, pensionnaires de 4ème division, les Bordelais ouvrent le score contre le cours du jeu en janvier dernier. On croit alors que le plus dur est fait. Mais à la dernière seconde du temps additionnel, les amateurs égalisent face à des Bordelais réduits à 10 après l’expulsion de Sabaly. Durant les prolongations, les Girondins encaissent un autre but et perdent complètement pied. L’arbitre sort deux cartons rouges de plus. Les visiteurs ne sont plus que 8 sur le terrain pour vivre les dernières minutes d’une élimination au-delà de l’humiliation.

François Beneytou