Une nouvelle pédagogie alternative arrive en Gironde

En septembre 2018, deux nouvelles écoles alternatives vont ouvrir en Gironde. Oubliez Montessori, Freinet ou Steiner. C’est l’école dite démocratique qui fera son entrée à la rentrée prochaine. Mais qu’est-ce qu’une école démocratique ? En quoi se distingue-t-elle des autres méthodes ?

Actualisation au 14/03/2019 : les deux écoles alternatives n’ont finalement pas ouvert à la rentrée 2018 mais devraient ouvrir leurs portes en septembre 2019.

« L’être humain n’a pas eu besoin de professeur pour apprendre à marcher ou à parler », constate Marie Bordas. L’enseignement de l’école démocratique se fonde sur la curiosité innée des individus et leur capacité naturelle à apprendre. « Tout est basé sur la confiance en l’être humain, qu’il soit enfant ou adulte, la bienveillance et la liberté », affirme la co-fondatrice de la future école démocratique, appelée « L’Entre-deux merveilles ».

En septembre 2018, deux nouveaux établissements vont s’intégrer au paysage éducatif alternatif. L’école de l’Entre-deux merveilles sera située autour de Créon, à trente kilomètres de Bordeaux. La seconde, nommée « Les Apprentis Sages », va s’installer aux alentours de Podensac, Villandraut ou Preignac, à environ quarante kilomètres de la capitale girondine. Une première pour le département, qui va découvrir cette méthode créée aux États-Unis à la fin des années 1960. A l’échelle nationale, une trentaine d’établissements existent déjà.

La liberté d’apprendre ce qu’on veut, quand on veut

À l’école démocratique, aucun cours n’est obligatoire. Ce sont aux élèves de décider ce qu’ils veulent apprendre et à quel moment. « Si un enfant de 6 ans, censé être au CP, n’a pas envie de lire, on ne le lui imposera pas. Et inversement, si à 4 ans, il en a déjà envie, on l’aidera à apprendre. On accompagne les enfants dans leur apprentissage dès lors qu’ils en montrent l’envie », explique Marie Bordas.

Forte de son expérience d’ancienne professeure des écoles, cette femme de 44 ans en est persuadée : l’enthousiasme et la motivation sont les clefs de l’apprentissage. « L’apprentissage par la peur, l’humiliation ou pour faire plaisir aux parents ne fonctionne pas. Au contraire, cela inhibe la fonction de l’apprentissage. C’est difficile de trouver la motivation d’apprendre la grammaire française quand on a 7 ans », estime cette mère de deux enfants.

Énième alternative au modèle classique de l’Éducation nationale, l’école démocratique se distingue des autres méthodes plus connues, comme Montessori, Freinet ou Steiner. Même si toutes se rejoignent par l’intérêt et l’attention portés à l’enfant, la méthode Sudbury propose, elle, de grandir dans une collectivité, telle une micro-société.

La première école démocratique est née à Framingham, aux États-Unis, en 1968. Toujours ouverte, cette école est à l’origine de la méthode Sudbury. Crédits photo : John Phelan

Dans une école démocratique, il n’existe qu’une classe unique multigénérationnelle, où les plus grands aident les plus petits, pour qu’ils partagent leurs expériences. Alors que la pédagogie Montessori est axée sur l’individualisme, la méthode Sudbury intègre l’enfant dans un groupe dès le plus jeune âge. Une approche partagée avec les écoles Steiner.

Une liberté à l’aune de la responsabilité

La spécificité de Sudbury est avant tout son aspect libertaire. Effrayante à première vue pour les parents, cette liberté offerte à l’enfant est considérée comme un moyen de le responsabiliser. « C’est sûr que c’est plus facile d’avoir des enfants soumis à la maison, pour qu’ils obéissent sans réfléchir. Moi je veux qu’ils soient avant tout responsables. Nous ne pouvons pas être libre sans être responsable. Avec cet enseignement, on les met au cœur de la vie et de la relation. Cela prend de l’énergie, mais à terme, on en gagne », estime Marie Bordas.

Marion Sivert, fondatrice de la future école « Les Apprentis Sages », a opté pour l’enseignement démocratique afin d’aller au-delà des méthodes existantes : « Je considère que la méthode Montessori est trop cadrée car il faut toujours que l’enfant ait vu un adulte pour être autorisé à faire quelque chose. Cela ne correspond pas à ma conception de l’éducation. »

Pour elle, ce qui fait la différence, « c’est la posture bienveillante de l’adulte, qui va naturellement croire en l’apprentissage de l’enfant ».

« Être prêt à lâcher le contrôle et avoir confiance en ses enfants » 

Mais cette pédagogie alternative présente  un inconvénient de taille : son coût. Environ 3 500 euros l’année. « C’est une école hors contrat, donc cela coûte cher. L’Éducation nationale ne la subventionne pas », explique Marion Sivert, qui espère tout de même récolter « des dons ou travailler sur du mécénat pour réduire les frais de scolarité ». Marie Bordas précise que « tout dépendra du lieu que l’on choisira, car le loyer est la charge la plus importante ».

Malgré le coût prohibitif de cet enseignement, Marion Sivert considère que « choisir une école démocratique relève d’un choix éclairé des parents. Il faut être prêt à lâcher le contrôle sur ses enfants et avoir confiance en eux dans leur capacité à apprendre naturellement ».

Un avis partagé par Thomas Marchal, co-fondateur de l’école démocratique de Dijon, la première créée en France. « Il y a une part de responsabilité des parents à prendre quand vous inscrivez votre enfant. Il faut assumer sa décision, qui n’est pas reconnue dans la société, et rarement comprise par son entourage », affirme-t-il.

L’école A la croisée des Chemins de Dijon est ouverte depuis bientôt cinq ans. Avec du recul, Thomas Marchal explique ne pas avoir « prévu que ce serait si difficile. Il existe un écart entre ressentir une lassitude vis-à-vis du modèle classique et sauter le pas vers un modèle alternatif », explique-t-il, malgré une attente importante des parents, dans une région où il n’existait aucune école alternative à l’époque.

Aujourd’hui, l’établissement compte quatorze élèves, tous âgés entre 3 et 19 ans. Même si le nombre d’apprenants a augmenté depuis la création de l’école, Thomas Marchal estime qu’il « est toujours insuffisant pour affirmer être installé sur le long terme ».

Thomas Marchal reste positif et souligne l’importance de cette pédagogie, notamment « pour les enfants victimes de harcèlement, en situation d’échec ou de phobie scolaire. Elle donne aux enfants le temps de se reconstruire, de se sentir prêts pour préparer de nouveaux projets, comme la préparation d’examens. »

Marion Sivert, dont le fils de 12 ans est en échec scolaire, en est certaine : l’école démocratique constitue une solution aux enfants « qui vont à l’école la boule au ventre ».

Les écoles alternatives en Gironde, en mars 2018

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Manon Pélissier