Campus Montaigne et quartier Saige : la concertation vraiment lancée ?

Trois tours d’habitations du quartier Saige à Pessac pourraient être démolies dans le cadre de l’opération Bordeaux inno Campus. Crédit photo : Maxime Giraudeau

Samedi 27 février, l’Université Bordeaux Montaigne a accueilli dans ses locaux une première concertation publique autour du projet de Saige-Montaigne-Compostelle de Bordeaux Inno Campus (BIC). Les habitants ont bien l’intention de faire entendre leur voix pour défendre leurs quartiers. 

C’était une réunion de lancement : elle a permis d’expliquer aux habitants et intéressés ce grand projet de réaménagement ” indique Maud Gourvellec, directrice adjointe de BIC à la Métropole. Cette Opération d’Intérêt Métropolitaine (OIM) qui s’étend sur Talence, Pessac, Gradignan et Mérignac. La première réunion publique, organisée samedi 27 février, concernait les quartiers de Saige, Montaigne et Compostelle. L’Opération est orchestrée par Bordeaux Métropole, les maires concernés, et de nombreux partenaires institutionnels. Elle prévoit l’implantation d’entreprises, la construction de logements étudiants, ou encore la promotion des mobilités alternatives.

La concertation concerne les secteurs de Saige, Montaigne, et Compostelle ©Bordeaux Metropole

Une concertation autour du projet a débuté le 18 décembre 2020 et ce pour six mois. L’objectif ? “Recueillir les observations et suggestions des habitants de ces quartiers” explique Maud Gourvellec. Ils peuvent les déposer à la Mairie de Pessac, la Métropole, au pôle territorial Sud de Bordeaux Metropole ou encore en ligne. “Pour ma part, j’ai participé sur internet” déclare Dominique Lestynek, président du syndicat de quartier Pessac bourg. Si cette fois, sa participation s’est faite de manière individuelle, il explique faire partie de la Fédération des quartiers de Pessac, “nous aimons nous rassembler pour proposer des solutions plus globales et collectives”. 

Plusieurs grandes réflexions 

Parmi elles, une réflexion autour de la circulation sur le Campus : trop de trafic et d’engorgement. “Ils pourraient être facilement évités avec la mise en place de giratoires” intime Dominique Lestynek. Le représentant des habitants du bourg pense notamment à l’avenue Bardanac entre le campus et le quartier Compostelle. Mais le dossier qui fâche reste sans nul doute, celui de la destruction de trois des tours Formanoir à Saige. “Actuellement, c’est seulement une hypothèse. La décision n’est pas encore arrêtée” rappelle Maud Gourvellec. 

Première inquiétude : où seront relogés les habitants des 465 logements détruits ? Pour la Métropole, c’est à leur partenaire Domofrance, entreprise sociale de l’habitat, de proposer une solution. L’Amicale des locataires de Formanoir, qui regroupe des habitants du quartier Saige, s’oppose fermement à la destruction. Les tours seraient remplacées par une “coulée verte”, avec le risque d’ouvrir le quartier à la circulation routière, à la fois polluante et bruyante. 

Réhabiliter plutôt que détruire

Nous trouvons ça aberrant de détruire des tours saines alors qu’il y a une forte demande de logements sociaux” ajoute Franck Jacques, trésorier de l’Amicale. En effet, selon un rapport de la Chambre régionale des comptes, en décembre 2020, environ 42 000 personnes ou ménages étaient dans l’attente d’un logement. Alors l’Amicale propose plutôt une réhabilitation des tours, avec – pourquoi pas – comme au Grand Parc en 2019 la création de balcons permettant d’agrandir la surface des appartements. 

Encore faut-il que les habitants de Saige se mobilisent contre cette probable démolition. Si 300 locataires ont signé une pétition lancée par l’Amicale, ils sont encore trop peu à se rendre aux réunions. “S’ils n’expriment pas les idées de leur quartier, le projet se fera sans eux” remarque Gérard Vallée, membre du bureau. Une réflexion qu’il partage avec la Métropole : “nous voulons que le plus de personnes possible participent à cette concertation, les habitants mais aussi les étudiants sur le campus. Plus leur contribution sera grande, plus le projet sera riche ” conclut Maud Gourvellec. Les discussions ne font que commencer, le projet lui ne sera livré qu’en 2035. 

Maxime Giraudeau et Camille Bigot