Coupe du monde 2023 : À Bordeaux le mondial de rugby sera-t-il vraiment vert ?

En 2023, la France organisera la Coupe du Monde de rugby qui se tiendra du 8 septembre au 21 octobre. Bordeaux, ville choisie par le comité d’organisation pour accueillir 4 ou 5 matchs, travaille en coopération avec les organisateurs pour rendre l’évènement exemplaire en termes de transition écologique.

Le coup d’envoi du prochain mondial de rugby sera donné dans 3 ans et les contours de celui-ci commencent peu à peu à se dessiner. À Bordeaux, ville-hôte, où se tiendront au moins 4 matchs, et peut-être un match de l’Équipe de France, le désir d’engagement écoresponsable des organisateurs est partagé par les collectivités locales.

Le comité d’organisation a donc posé des objectifs très ambitieux. Inscrite dans une démarche de respect de l’environnement, à travers la signature de la charte des “15 engagements éco-responsables des évènements sportifs”, la Coupe du Monde 2023 sera celle des 50% minimum d’alimentation responsable ou encore des 80% minimum de déplacements effectués en mobilité active. La Métropole de Bordeaux confie sa volonté de « continuer de développer les transports en commun et les mobilités douces et alternatives » à horizon 2023. 

« Travailler en amont »

Autre point important, la gestion des déchets des 144.000 spectateurs attendus à Bordeaux lors des 4 rencontres déjà prévues. Là encore, les attentes sont élevées : 25% de déchets en moins et 60% de déchets réutilisés ou revalorisés et pour la métropole de Bordeaux, le sujet est essentiel. « Il faut qu’on travaille sur ce point en amont, sous peine de se retrouver avec des centaines de tonnes de déchets. Des fondations comme Relai vert, spécialisée sur la gestion des déchets par exemple, seront sollicitées ».

source Source :Charte des “15 engagements éco-responsables des évènements sportifs” signée par le Comité d'organisatio avec le Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports et la WWF
5 mesures pour une coupe du monde écologique

Pour l’instant, seules les grandes lignes de ces désirs écologiques sont tracés. La métropole rappelle d’ailleurs que les partenariats avec les acteurs locaux ne sont pas scellés. Un plan de travail des collectivités locales commence néanmoins à se dessiner, comme à Bordeaux. « Nous avons la volonté de développer le circuit court et l’économie sociale et solidaire. Les retombées économiques seront importantes également puisque 15% des bénéfices dégagés par l’organisation seront reversés aux métropoles-hôtes. Ce qui pourra nous permettre d’investir localement, comme dans des complexes sportifs comme les city-stades, aider des associations… »

Gare au greenwashing

On l’a compris, à Bordeaux comme ailleurs, l’enjeu du mondial 2023 n’est pas que sportif et sera aussi écologique. Mais derrière les effets d’annonces, la question de l’application de toutes ces ambitions se pose. Pauline Breduillieard, spécialiste du marketing, a travaillé sur la question et publié un ouvrage sur la publicité verte et les effets d’annonce en matière de problématiques écologiques, le greenwashing (“Publicité verte et greenwashing”, parue dans la Revue Gestion 2000, en 2013). Si elle avance que « les entreprises communiquent beaucoup sur le développement durable, parce que c’est une réalité maintenant que nous devons avoir des façons de faire et de consommer qui doivent davantage préserver notre planète », pas question pour l’instant de faire de procès de mauvaise intention. « On peut laisser le bénéfice du doute et voir ce qu’ils proposent comme action pour faire de cet événement un événement éco responsable. Il est tout à fait logique que dans la situation actuelle de réchauffement climatique, ils veulent participer à l’effort collectif. Il faut une véritable charte d’engagement avec une liste précise des actions qui seront menées. »

Des doutes qui seront peut-être levés si France 2023 obtient la certification ISO 20121, gage d’un mondial écoresponsable, comme espéré. En tout cas, collectivités et organisateurs se veulent rassurants et semblent vouloir avancer main dans la main. Après, le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, qui a salué les « discussions franches » et l’installation d’un directeur de site, une sorte d’interlocuteur local, est un vrai pas en avant pour la Métropole. « Le Groupe d’intérêt Public (GIP), présidé par Claude Atcher, est français. Cela renforce la proximité. On est tous sur la même longueur d’onde et les dialogues engagés sont importants. »

Le travail de sensibilisation des spectateurs sera primordial. Et la Métropole de Bordeaux a déjà quelques pistes. « Cela pourrait prendre la forme d’un kit, d’abonnements pour les transports, pour les locations de vélos… Certains publics seront plus sensibles à ces problématiques, mais on souhaite que cette Coupe du Monde aide à la prise de conscience collective ». Des ambitions de travail louables en attendant, très vite, de premières actions concrètes.

Tom Masson et Susie Muselet