Privés de cours mais pas délaissés : l’université soutient ses étudiants

La mise en quarantaine de l’enseignement supérieur fait craindre un décrochage de la part des étudiants et l’apparition de difficultés financières et sociales. L’université Bordeaux Montaigne, aidée par la région Nouvelle-Aquitaine, a mis en place plusieurs actions et dispositifs pour leur venir en aide.

“On a mis en place un principe de SOS pour que des étudiants nous fassent part de leurs difficultés”, explique Lionel Larré, président de l’université Bordeaux Montaigne. Une “Team Covid” de sept étudiants est chargée d’appeler ces étudiants pour savoir comment ils vont, les tenir informés et surtout leur proposer des aides financières et numériques en cas de besoin. Ce dispositif est disponible pour tout le monde mais il concerne principalement les étudiants qui sont restés à Bordeaux dans leur logement.

La région Nouvelle Aquitaine a accordé “des sommes importantes à tous les établissements de la région pour pouvoir investir dans des ordinateurs”, explique Kevin Dagneau, vice-président étudiant de l’université. En tout, 185 ordinateurs ont été achetés et prêtés à des étudiants pour l’année universitaire. 

Aides matérielles, financières

Pour ceux qui souhaitent acquérir un ordinateur, des aides forfaitaires de quatre cents euros ont été débloquées, et cent euros sont alloués pour accéder au réseau via une clé 4G, une box internet ou un forfait mobile. Certaines associations de l’université se sont même mobilisées pour acheter du matériel reconditionné, permettant de donner trente ordinateurs à des étudiants. 

Stefen, étudiant en Master 1 à l’institut d’aménagement, de tourisme et d’urbanisme de l’UBM confie qu’il n’était pas au courant de ces aides avant le mail qu’il a reçu ce week-end. Il ne cache pas son intérêt pour l’aide à l’équipement 4G puisqu’il rencontre de gros problèmes de réseau dans sa résidence.  

Malgré quelques loupés en termes de communication, il apprécie les initiatives mises en place par l’université : “J’imagine qu’ils font le maximum. On peut les critiquer pour pleins de choses mais sur ce coup, je trouve qu’ils gèrent plutôt bien. On ne se sent pas abandonnés”.

Ces aides sont principalement financées par la Contribution de vie étudiante et de campus (CVEC), dont tous les étudiants doivent s’acquitter à la rentrée universitaire. L’université fait aussi appel à tous les partenaires possibles, que ce soit les entreprises qui accueillent des alternants ou des stagiaires, les collectivités territoriales (en plus de la région) et des fondations : “ On a réussi à mobiliser des mécènes. La fondation Bordeaux Université, qui rassemble entreprises, institutions et citoyens pour lever des fonds dans le but de soutenir la recherche, l’innovation et la formation nous a beaucoup aidé”, affirme Kevin Dagneau.

En plus de ces aides financières, les salles informatiques de l’université, avec matériel à disposition, sont accessibles sur rendez-vous pour les étudiants.

… mais aussi alimentaires  

Depuis deux semaines, une aide alimentaire est également disponible. Un marché gratuit et solidaire a été mis en place tous les jeudis après-midi sur le campus de Pessac. Chaque semaine, trois cents étudiants inscrits via le site de l’université viennent récupérer leurs courses. “C’est l’occasion de discuter, de donner des informations et de faire quelques animations”, ajoute le vice-président étudiant. Toute la communauté universitaire est invitée à apporter sa contribution via une collecte de nourriture ou de petits cadeaux à l’approche des fêtes. 

M. Larré affirme que ces dispositifs concernent tous les étudiants dans le besoin : “Pour le marché du jeudi par exemple, nous ne faisons pas d’évaluation sociale”. En effet, il n’y a pas que les étudiants boursiers qui font face à des difficultés. Certains non-boursiers n’ont pas d’aide de la part de leurs parents ou ont perdu leur travail étudiant. 

Kevin Dagneau certifie de son côté que les dispositifs mis en place fonctionnent bien. À ce jour, près de 1030 demandes ont été satisfaites. “ Nous avons des retours positifs de la part d’enseignants à propos d’étudiants qui étaient en train de décrocher et qui sont revenus”. En revanche, il reconnaît certains problèmes dans les délais :  “ça ne va malheureusement jamais assez vite quand on est en situation d’urgence”. Les étudiants avec de telles demandes sont parfois inquiets mais restent compréhensifs. Le vice-président assure qu’ils font le maximum mais que les aides ne sont jamais suffisantes.

Pour Stefen, l’université ne peut pas régler les problèmes de toutes les personnes qui “ont des soucis d’argent depuis longtemps ou des problèmes sociaux”. D’après lui, c’est à d’autres instances de faire des efforts et prendre des initiatives en plus de ce que fait déjà l’université. 

Grâce à la colocation, Stefen vit plutôt bien le confinement. Mais beaucoup n’ont pas cette chance et sont confinés seuls, non pas par choix mais par contrainte. C’est le cas d’Ayem, étudiante en deuxième année de licence en droit. Elle aurait aimé recevoir une aide de mobilité pour rentrer chez ses parents près de Nice ou du moins être exonéré de loyer pour amortir son voyage, comme au premier confinement. Entre solitude et décrochage scolaire, tous deux espèrent une réouverture des universités début janvier et non en février comme l’a annoncé Emmanuel Macron le 24 novembre dernier. 

Maxime Asseo & Abdelmalek Benaouina