Maxi galère en micro-crèche

Face à l’épidémie de coronavirus, Emmanuel Macron a annoncé la fermeture à compter du lundi 16 mars de toutes les crèches, établissements scolaires et universités. Une interdiction qui ne s’applique ni aux assistantes maternelles, ni aux micro-crèches.

Depuis l’annonce d’un confinement quasi-total, les enfants accueillis dans les micro-crèches sont peu nombreux. Crédit photo Pixabay.

La France compte près de 4.400 micro-crèches sur son territoire. Créées en 2010 pour pallier le manque de places dans les structures traditionnelles, celles-ci reçoivent au maximum 10 enfants à partir de 3 mois et jusqu’à 6 ans. Les salariés de ces établissements font partie des agents réquisitionnés par l’État le temps de la pandémie.

« C’était les montagnes russes »

Le personnel des micro-crèches déplore les couacs dans la communication qui a suivi l’annonce du confinement. Manon, directrice d’une micro-crèche à Paris, raconte : « Suite à l’annonce du président, notre gestionnaire a annoncé la fermeture de l’établissement. La journée du vendredi y a été consacrée :  fermer une crèche en une journée, cela ne se fait pas comme ça ! Le week-end, nouvelle annonce : il nous fallait rouvrir lundi. Nous sommes restés dans le flou pendant 4 jours, c’était les montagnes russes ».

En plus d’annonces faites au compte-goutte, des messages contradictoires sont envoyés au personnel de la petite enfance par différents organismes. Géraldine, gestionnaire de deux micro-crèches dans la région de Bordeaux, témoigne : « Depuis le début de la crise, j’ai envoyé de nombreux mails à la PMI (service de protection maternelle et infantile). Soit ils ne répondent pas, soit ils donnent des contre-ordres. Aujourd’hui, on nous dit de n’accueillir que les enfants du personnel prioritaire, mais on n’ouvre pas une crèche pour un seul enfant ! ». Car l’organisation mise en place à la hâte pour pouvoir proposer l’accueil des enfants n’a pas été suivie d’une affluence particulière, bien au contraire. Suite à l’annonce du confinement, ils étaient peu nombreux à déposer leurs enfants : « Nous avons prévenu les parents vendredi que la crèche fermait. Le week-end, nous avons renvoyé un message pour leur dire que nous étions finalement ouverts, mais ils avaient déjà pris leurs dispositions pour 98% d’entre eux. Lundi et mardi, je n’avais qu’un enfant à garder » poursuit Géraldine. Même son de cloche du côté de Paris : « À l’ouverture lundi, nous avions un ou deux enfants présents. Et aucun dispositif nous permettant de faire face à d’éventuels cas de coronavirus au sein de l’établissement » confie Manon.

Rassembler adultes et enfants malgré le confinement ?

Au lendemain de l’annonce de l’ouverture des micro-crèches, une pétition est lancée sur le site Change.org. Celle-ci réclame l’arrêt des activités dans ces établissements ainsi que pour les assistantes maternelles. Le principal argument des pétitionnaires provient d’un courrier du ministre de la santé, Olivier Véran, qui rappelle que « les enfants et les plus jeunes sont ceux qui propageraient le plus rapidement le virus, sans forcément avoir de symptômes ou souffrir de formes aiguës de la maladie ». En plus des risques sanitaires, le personnel des micro-crèches souligne l’absurdité de la décision ministérielle : « depuis le renforcement des mesures de confinement, ça n’a plus aucun sens et la grogne monte au sein des équipes » constate Manon.

En dépit de l’obligation légale d’ouvrir, les micro-crèches sont donc nombreuses à avoir fermé leurs portes. Une situation qui n’est pas sans conséquences sur la santé économique de ces entreprises. 

Un casse-tête financier

Le soutien financier exceptionnel de la CAF aux crèches et établissements publics d’accueil des enfants est acté : ils bénéficieront respectivement de 27€ et 17€ par jour et par enfant absent. Les micro-crèches, elles, ne sont pas concernées par cette annonce. Si les salariés peuvent bénéficier du chômage partiel lorsque la réduction de leur activité est avérée, les gestionnaires sont eux laissés à l’abandon, comme l’explique Manon : « Des micro-crèches vont rester ouvertes simplement parce que les gestionnaires n’ont pas les moyens de fermer, et ce malgré la baisse de la demande de garde par les parents. Certains viennent d’ouvrir leur établissement, et ne pourront payer les salaires de leurs employés sans aide ».

Pour Géraldine, gestionnaire, la situation est aberrante : « Un mail de la CAF vient de me confirmer que nous n’aurions pas d’aides, et que nous sommes dans l’obligation de rester ouverts. Cela veut dire que je vais être obligée de rouvrir et de facturer aux parents. Je ne sais quoi faire ». 

Lancée le 14 mars, la pétition qui demande la fermeture des micro-crèches compte aujourd’hui plus de 23.000 signatures. Une semaine plus tard, le REMi (Regroupement des entreprises de micro-crèches) qui rassemble environ 570 micro-crèches a adressé une lettre ouverte au gouvernement, réclamant de sa part un soutien moral et financier. Une lettre restée sans réponse à ce jour.

Mathilde Rezki