Les lycéens en classe virtuelle

Depuis lundi 16 mars, les lycées ont fermé leurs grilles pour éviter la propagation de l’épidémie. Mais les cours doivent continuer à distance. À trois mois du baccalauréat, comment les élèves de terminale vivent-ils ce début de confinement ? Sur quel support travaillent-ils ? À quoi ressemble leur classe en ligne ?

8h du matin, la professeure de physique-chimie lance l’appel de groupe sur Discord et commence son cours. Ses élèves l’interpellent oralement ou par écrit pour demander des précisions. Sur la plate-forme, chaque enseignant gère la « salle » de sa matière, peut déposer des fichiers et télécharger les devoirs de ses élèves. L’initiative a été mise en place par un élève de terminale scientifique (S) de Créteil, qui a invité toute sa classe ainsi que ses professeurs. Après plus d’une semaine de test, l’expérience sauve les meubles, en cette période de confinement, et assure un suivi pédagogique.

Noémie, élève en terminale S, assiste à ses cours depuis sa chambre. © Lola Pujol

Emmanuel Macron a pris les acteurs de l’Éducation nationale de court en annonçant leur fermeture jeudi 12 mars, au soir. Enseignants et élèves ont dû s’adapter pour assurer les cours en ligne. Bien des lycées ont tenté de mutualiser leur support. Bien des lycées ont tenté de mutualiser leur support. Mais ni Blackboard collab, ni Pronote ne font l’unanimité dans les classes. « Ça manque d’interaction, on doit poser des questions par chat numérique », pointe du doigt Noémie, élève de la nouvelle « classe Discord ». Ajoutons à cela que l’Environnement Numérique de Travail de son lycée a planté pendant les trois premiers jours… Le passage aux cours virtuels ne satisfait pas Marie, élève bordelaise de terminale. Aucun cours en vidéoconférence, les professeurs envoient des liens Youtube et PDF de cours, ainsi que des travaux à rendre régulièrement. Les espaces d’échanges s’organisent uniquement par écrit. « Pas forcément pratique pour comprendre de la trigonométrie… » Pour Louise, en spécialité arts appliqués à Bordeaux, ses professeurs effectuent un suivi individualisé de ses projets et cours par téléphone. « Ils ont beau être impliqués, ça repose avant tout sur notre autonomie » considère l’adolescente.

Les élèves de différents lycées dressent le même constat. Les cours ne sont pas tous assurés, certains professeurs ne donnant toujours pas de nouvelles. La quantité de travail s’allège de fait. Le passage en classe virtuelle oblige les élèves à repenser leur organisation. Si certains décalent seulement leur réveil d’une ou deux heures pour terminer la journée vers 18h ou 19h, Marie avoue qu’elle a totalement perdu le rythme : « Je me lève quand bon me semble et je travaille l’après-midi ». Même lorsque certains professeurs s’appliquent à respecter l’emploi du temps, difficile de se motiver tous les matins. « Ils font pas l’appel donc si la matière ne m’intéresse pas, je peux toujours rattraper le cours grâce à mes potes » confie Noémie. L’éloignement physique et l’isolement social resserrent les liens entre lycéens. Marie reconnaît que « cette expérience a au moins le mérite de rendre l’entraide systématique dans la classe ! On essaye de se rassurer et de se motiver un tant soit peu. »

Adaptation des épreuves du baccalauréat ?

A l’approche du bac, cette situation inédite suscite l’inquiétude. Tous témoignent d’un retard sur le programme qui s’accumule dans chaque matière. « Une activité de 30 minutes en classe nous prend deux heures à la maison. » rapporte Noémie. En plus des mouvements sociaux vécus en début d’année, Louise juge « impossible de terminer le programme ». Et bien qu’ils attendent encore des nouvelles sur la tenue de l’examen national, ces lycéennes considèrent « naturelle et obligatoire » l’adaptation de ses sujets.

Mais pour ces élèves de terminale, le bac ne constitue qu’une étape dans leur orientation scolaire. Noémie, élue déléguée, a assisté à son conseil de classe virtuel en début de semaine dernière. Seulement trois enseignants y ont assisté et les cas individuels des élèves, rapidement expédiés, ne constituaient pas vraiment la priorité. Ses camarades ne pourront pas compter davantage sur la conseillère d’orientation, indisponible depuis le début du confinement. Le calendrier de Parcoursup reste inchangé mais les écoles qui recrutent en dehors de la plate-forme abandonnent leurs concours écrits. A la place, les candidats sont invités à envoyer leur dossier par courrier. Là encore, rien de simple. Noémie doit « tout envoyer avant le 2 avril, alors que tous les bureaux de poste de [s]on quartier ont fermé ». Pour le bac ou l’orientation scolaire, le virus apparaît ainsi comme un nouveau facteur de stress pour les élèves de terminale.

Mathieu MICHEL