Le nouveau bac, examen de stress continu

Les élèves bloquent le lycée François Magendie, jeudi 16 janvier 2020 © Pauline Senet

Entre examens de contrôle continu mal organisés, matières optionnelles à lâcher, admission post-bac à envisager, les élèves de première nagent dans le flou, pour l’ouverture du baccalauréat édition 2020. Seule certitude : le stress chronique résiste toujours.

Chaque année, à la même période, les tutos pour lutter contre le stress fleurissent de toutes parts sur la toile. Les bacheliers n’y échapperont pas. En ce début 2020, les lycéens de première entament un marathon d’un an et demi. Depuis lundi, les étudiants planchent sur la nouvelle formule du baccalauréat version contrôle continu. Une édition bientôt ponctuée d’une recherche d’orientation vers le supérieur. De quoi faire frissonner la plupart des étudiants mobilisés dans de nombreux établissements en France. Et les angoisses ont rarement été aussi variées.

 

Première source de stress, le flou. La première semaine d’E3C, ces épreuves communes de contrôle continu constituant 30% de la note finale, a été lancée dans la précipitation. “On a eu trop peu d’informations sur les programmes à réviser cette année », déplore Théo, en Première ES au lycée Montaigne. En cause, une ouverture tardive de la toute nouvelle banque de sujets. “Beaucoup d’élèves se sont plaints de sujets réalisés par des inspecteurs qui n’avaient pas épluché tous le programme depuis septembre !” précise Leslie, professeur d’anglais au lycée Eiffel. “Nos grilles d’évaluation sont arrivées le 14 janvier pour la fin du mois !” Il a donc fallu meubler pour préparer les examens, en usant d’un discours rassurant. “J’ai eu l’impression d’être coach sportif”, abonde t-elle.

« Le changement engage le corps »

Le contrôle continu du bac panique aussi les parents. “Quand les parents et les enseignants sont tout autant stressés, les lycéens ont moins de possibilités d’appui. Cela n’aide pas à apaiser leurs angoisses, rappelle Corinne Rezki-Maurin, pédopsychiatre au CHU d’Aubervilliers. Pour la spécialiste, l’angoisse est de toute manière une réaction normale à l’imprévu : “en cette période de réforme, le changement engage le corps.” Pour quelles conséquences corporelles ou psychiques ? Sur France Info, le sociologue Willy Pelletier s’était alarmé des “crises d’angoisse et même d’eczéma” consécutives au nouveau bac. La pédopsychiatre relativise : “les angoisses actuelles viennent réveiller des angoisses passées à la lumière de nouveaux événements.” La bouffée de stress sur le long terme peut se transformer en syndrome d’épuisement.

La problématique des E3C s’inscrit dans un contexte plus large, autour de l’examen continu en général. Qui dit évaluation en permanence, dit travail plus régulier. La réussite de chacun dépend aussi des choix réalisés dès la Seconde en ce qui concerne les matières optionnelles. “C’est une manière de vite convoquer le jeune à réfléchir sur lui et à trouver une voie qui lui correspond” ajoute Corinne Rezki-Maurin. Une autre approche consisterait à dire que c’est aller vite en besogne avec des élèves. “Beaucoup de lycéens font pas mal de fixettes sur ces options, fait remarquer Leslie. On voit que cela provoque un stress continu chez eux.” La possibilité de se tromper de blocs de matières peut s’apparenter à un futur chemin de croix.

L’engagement au bonheur

La plateforme d’orientation ParcourSup, relancée ce mercredi, rentre forcément en ligne de compte. “On leur a parlé de la plateforme post-bac dès la Seconde car les choix de blocs peuvent déterminer leurs chances pour certaines filières”, admet l’enseignante. Le stress de chacun se transpose en une crise de sens. Car une bonne orientation signifie aussi et surtout un accomplissement idéal sur le plan personnel. “Plus on sollicite un engagement de bonheur, plus c’est angoissant.” analyse la pédopsychiatre. 

Le cycle du lycéen se trouve réparti entre, d’une part, une demande répétée en termes de résultats et, d’autre part, un soin à s’informer en permanence sur son futur. Avec le risque que le lycéen se fatigue mentalement à la longue. “Il faut laisser le temps aux lycéens de respirer, de pratiquer du sport, voire de ne rien faire,” rappelle la psychiatre. Un conseil utile pour appréhender ce premier ultimatum dans de bonnes conditions.

Alexis Souhard