Le bac à l’épreuve de la contestation

Cette semaine avaient lieu les premières épreuves du nouveau baccalauréat général façon Jean-Michel Blanquer. Les élèves de première ont vu les nouvelles épreuves communes de contrôle continu (E3C) perturbées par des mouvements de blocages. Décryptage d’une réforme qui cristallise les inquiétudes des professeurs.

Les professeurs du lycée Elie Faure de Lormont se mobilisent contre la tenue des E3C. Crédit photo : Alexis Montmasson. 

Qu’est-ce qui change ?

Adieu les filières L, ES et S. Créées en 1995, les trois sections disparaissent pour laisser place à différents modules aménageables. Un tronc commun est conservé avec le français, la philosophie, l’histoire-géographie, l’enseignement moral et civique, deux langues vivantes, le sport et un nouveau module, baptisé humanités scientifiques et numériques. 

Chaque élève choisit ensuite trois matières de spécialisation, avec deux majeures et une mineure. Dans ces enseignements, on retrouve les mathématiques, la physique chimie, les SVT (sciences de la vie et de la terre) ou encore les SES (sciences économiques et sociales). Ces enseignements sont prodigués sur deux ans, excepté pour la mineure.

Autre nouveauté, l’introduction du contrôle continu. Fini les 10 jours intensifs en juin, les épreuves finales ne correspondent plus qu’à 60% de la note à l’examen. Le reste est pris en charge par le système du contrôle continu. Le français est la seule épreuve finale restant en classe de Première. En terminale, les lycéens devront passer quatre épreuves : celles des deux spécialisations majeures choisies, la philosophie et un oral sur un projet préparé au cours du cycle terminal (Première et Terminale). 

Un grand oral a également été introduit. Il porte sur un projet préparé au cours du cycle terminal. L’oral se déroule devant un jury de trois personnes et dure 20 minutes. Cette épreuve vient remplacer celle des TPE (travaux personnels encadrés) qui se déroulait jusqu’alors seulement en Première et avec un oral par groupe.  

Pourquoi une réforme ?

Les taux de réussite du baccalauréat n’ont jamais été aussi élevés (91,2% en 2019, un record). Le ministère de l’Education nationale rappelle sur son site que, malgré ce pourcentage, 61% des élèves ne vont pas au bout des études supérieures dans lesquelles ils s’engagent après le bac. Un problème d’orientation donc que le ministère compte bien résoudre. Tout au long de son parcours en lycée, l’élève suivra 1h30 d’orientation par semaine pour l’aider à mieux choisir sa filière post-bac.

Sur son site, le ministère fait également part de sa volonté de “remuscler le baccalauréat”. Il souhaite notamment une simplification et une meilleure prise en compte du travail fourni par les lycéens au cours du cycle terminal. L’introduction du contrôle continu serait ainsi une façon d’évaluer plus justement le niveau d’un élève. 

Pour Jean-Michel Blanquer, la suppression des filières offre plus de liberté aux élèves, mais aussi plus de passerelles. C’est aussi une façon “d’éviter les hiérarchies artificielles”. La série scientifique a longtemps été considérée supérieure aux autres, entraînant une dévalorisation de la filière littéraire. Le nouveau module de tronc commun humanités scientifiques et numériques a tout de même pour objectif de “mettre l’accent sur la culture scientifique commune de tous les élèves de France”. 

Les craintes suscitées par la réforme

Les syndicats de professeurs ne sont pas tous convaincus par la nouvelle formule du baccalauréat. Alors qu’avec le système précédent, un sujet commun était proposé à l’ensemble des établissements, il revient désormais à chaque lycée de choisir le sien. Il faut néanmoins le choisir dans une banque de sujets, mais qui présentent tous « un niveau de difficulté comparable » selon le ministère de l’Education nationale. 

L’organisation du contrôle continu ne sera pas non plus la même selon les lycées : les épreuves doivent se dérouler sur un calendrier propre à chaque établissement. Les élèves n’auront donc pas le même délais de préparation selon leur centre d’étude. Une partie du corps professoral redoute les inégalités susceptibles de naître par la mise en place de ce système “à la carte”.

Du côté des spécialités, sur le papier, les élèves ont le choix entre douze matières. Faute de moyens, tous les lycées français ne peuvent proposer l’ensemble des matières aux candidats. Les établissements des zones rurales bénéficiant d’un budget moindre que ceux situés en agglomération se trouvent ainsi défavorisés, et leurs élèves avec. Il faudra désormais prendre en compte les options de chaque lycée avant de s’y inscrire. 

Plus que le fond, c’est également la forme du nouvel examen qui pose problème à certains professeurs et chefs d’établissements. Ils dénoncent la mise en place hâtive d’une réforme insuffisamment préparée dans ses modalités : correction anonymisée ou non, communication tardive des sujets faute aux bugs de la banque de données… les couacs s’enchaînent pour les professeurs et les élèves déjà sous pression.

Mathilde Rezki et Léna Trichet