Municipales : verdir les programmes, c’est possible ?

Vers une esplanade des Quinconces plus verte ? C’est la proposition de Thomas Cazenave, candidat LREM aux municipales. (Crédits : Marie Lemaitre)

Alors que Nicolas Florian a tenu hier, mardi 14 janvier 2020, son premier meeting au théâtre Femina, l’un des enjeux centraux de son programme semble résolument être la question environnementale. Une tendance commune à tous les principaux candidats aux élections municipales après la vague verte de mai 2019Plusieurs mois après, cette dynamique verte ne semble pas s’être essoufflée. Alors que les programmes officiels ne sont pas encore connus, chaque candidat y va de son annonce en matière d’environnement. Mais leurs idées pour verdir Bordeaux ne font pas l’unanimité chez les habitants de la belle endormie.

Ils s’appellent Serge, Clara et Éloïse. Tous sont citoyens de la capitale girondine. Ils ont en commun leur volonté de protéger l’environnement. Pour certains, leur engagement ira jusque dans les urnes. Selon un sondage Elabe pour la Tribune publié en octobre 2019, la protection de l’environnement est pourtant la première préoccupation des Bordelais. Pour Renaud Epstein, maître de conférence à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et spécialiste de la politique de la ville, la prédominance de l’environnement dans les programmes s’inscrit dans un mouvement général observable dans toutes les grandes métropoles européennes. « Les politiques de verdissement urbains sont intégrées dans la plupart des opérations politiques, mais les villes qui réussissent des politiques publiques ambitieuses en terme d’écologie sont rares.« 

« Pour moi c’est clair, les propositions en terme d’écologie vont déterminer mon vote ! » s’empresse de répondre Éloïse. A 25 ans, elle fait partie d’une génération consciente de son empreinte écologique, et fait tout pour y remédier. « On ne peut pas tout faire d’un coup, mais y aller étape par étape pour que Bordeaux soit une ville plus verte, et les politiques peuvent donner des impulsions ».

Central mais pas déterminant

Pour Clara, l’environnement aussi est central, mais pas de quoi bouleverser ses habitudes électorales. « Si c’est un candidat qui a des très bonnes idées en terme d’écologie, mais que son programme ne me correspond pas, je ne changerai pas de vote pour autant« .

A 60 ans, Serge est un amoureux de l’environnement. Il a passé 20 ans au Maroc à mettre en place des dispositifs pour protéger les sentiers de randonnées sahariens. A l’instar de Clara, les mesures des candidats ne détermineront pas pour autant le vote du néo-bordelais. Loin de là. « L’écologie me préoccupe énormément. Mais j’ai du mal à faire le lien entre cette problématique et les déclarations politiques. D’ailleurs, je n’irai certainement pas voter. » Une décision surprenante,  qui illustre les doutes de ces trois Bordelais face aux différentes propositions des candidats.

 

Des annonces qui peinent à convaincre

Certaines propositions sont sur toutes les lèvres. Parmi elles, celle du candidat LREM, Thomas Cazenave. Il souhaite doubler la surface d’espaces verts dans la ville, et à cet effet, repenser l’esplanade des Quinconces. Pour Clara, « c’est top. Transformer les Quinconces en un espace plus vert est une bonne idée, car il est toujours possible d’y faire des animations tout en ayant plus de végétation« . Mais ce n’est pas comme cela qu’elle conçoit la politique environnementale que devrait adopter la ville. « Avant de vouloir faire des espaces verts, il faudrait d’abord sensibiliser les gens à leurs pratiques individuelles et leur apprendre les bons réflexes.« 

Tout comme son rival, Nicolas Florian, candidat à sa propre succession, a généreusement garni son programme de résolutions écologiques. Entre autre, faire de Bordeaux une ville zéro déchets d’ici 2026. Une idée qui fait rire jaune Serge, ancien guide de montagne. « J’ai vécu pour et par la nature. Et parler de zéro déchet alors qu’on ne trie même pas correctement les déchets…« 

Le sexagénaire raconte : le tri n’est pas respecté partout. « Personnellement, je ne fais pas confiance à la mairie pour mes déchets, je dépose donc mes recyclables dans une association qui les valorise vraiment. Mes bouteilles deviennent des doudounes. » se réjouit-il.

Pour être sûr que les promesses soient tenues, ces Bordelais souhaitent donc des solutions à plus court terme. « Certaines annonces sont faites en l’air, on sait qu’elles sont irréalisables car un mandat n’est pas suffisant. » s’attriste Éloïse. Des propositions qui ne sont « ni crédibles ni réalisables » également pour Serge.

Vraiment irréalisables ?

Pour le chercheur Renaud Epstein, les propositions des candidats ne sont pas irréalisables, mais cela reste compliqué. « Les politiques de transformations proposées supposent des changements radicaux. Aujourd’hui on est en réalité plus dans des politiques d’ajustement, qui sont enfermées dans un paradigme de croissance. Les discours de certains candidats comme Pierre Hurmic, montrent cependant que ce paradigme commence à être contesté. »

Passé cette hétérogénéité entre environnement et croissance, une autre problématique vient remettre en cause le bien fondé de ces propositions. « Derrière toutes ces mesures il y a du positif mais dans un périmètre de réflexion bien trop limité, l’enjeu communal n’est pas suffisant. » explique le maître de conférence. En clair, les politiques environnementales doivent se mettre en place à une échelle métropolitaine voire régionale selon le spécialiste. Il évoque les projets d’augmentation de la piétonisation de la ville et de RER métropolitain, qui n’ont pour lui aucun sens pour la commune de Bordeaux à elle seule. « L’enjeu pour les candidats va être d’articuler les différentes échelles. »

Il ne faut pas désespérer pour autant. Le spécialiste de la gouvernance urbaine l’affirme : « Quand on regarde des villes européennes au rayonnement comparable à Bordeaux, il y a des projets que l’on pensait infaisables qui sont devenus réalisables et même des modèles. A ce titre, on peut penser à la ville d’Oslo qui a mis en place de véritables autoroutes à vélos.« 

« Il faut certes des annonces en faveur de l’environnement, mais encore aurait-il fallu ne pas couper les 17 arbres de la place Gambetta ! » ironise Éloïse. Une phrase lourde de sens qui résume parfaitement l’état d’esprit de beaucoup de Bordelais.

Marie Lemaitre et Christophe Hosebian-Vartanian