A la Victoire, la musique adoucit la grève

Après deux semaines de mobilisation, le campus de la Victoire de l’Université de Bordeaux est devenu, ce mardi 17 décembre, salle de concert le temps d’une soirée. Danse, rire et pogo, un moment de fête… mais surtout de solidarité avec les grévistes.

Bière à la main et sourire aux lèvres, plus de 200 personnes se sont réunies pour profiter ensemble du concert. Les groupes de Rhythm and Blues « Pony Riders » et de punk « Krav Boca » se sont produits bénévolement dans le hall principal de l’université occupée. Après la manifestation massive de ce mardi et une AG interprofessionnelle tendue de trois heures, l’ambiance est enfin à la fête. À l’entrée, une « caisse de grève » prix libre tenue par un militant souhaitant la bienvenue aux arrivants. Presque tous glissent quelques euros dans la cagnotte, déjà bien pleine.

Débordements proscrits, autogestion réussie

Le premier concert terminé, le public reprend son souffle, se précipite à la buvette pour acheter un verre de vin à 1,50 euros et s’installer pour la suite. « Insurgez-vous », « une fac silencieuse est une prison », « RIC », « Stop Macron », peut-on lire sur les affiches trônant dans le hall derrière la scène improvisée. Les musiciens du groupe Krav boca, déguisés en catcheurs commencent leur concert marquant le début d’un déchainement général. Le public saute, se bouscule, se jette des canettes, allume un fumigène, se défoule au son des instruments. Comblé par cette soupape de décompression : un chaos… joyeux et ordonné. Quand du verre se casse, il est immédiatement nettoyé et les fumeurs jettent leurs mégots à la poubelle. « La fac est devenue comme une maison, c’est chez nous », explique Ana, étudiante en licence de sociologie à l’université de Bordeaux, occupant la fac depuis deux semaines. Les lieux sont respectés, et il n’y a pas de tolérance pour les comportements sexistes, LGBTQI phobe et raciste. Vers 22 heure 30, un homme saoul commence à tripoter des femmes sur la piste de danse. Il est immédiatement reconduit à la sortie et les militants s’assurent le reste de la soirée qu’il ne réintègre pas le bâtiment.

« So-so-so-solidarité »

Ce n’est pas la première fois depuis que la fac est occupée que des évènements sont organisés pour fédérer et mettre à contribution la collectivité. Les concerts, repas, brocantes, et autres initiatives solidaires permettent aux étudiants mobilisés de couvrir certaines dépenses. L’argent récolté est vite réinvesti dans d’autres actions comme des barbecues post- manifestation et ainsi entretenir la convergence des luttes. Le concert de mardi soir est cependant inédit. Pour la première fois, ce sont des organisateurs extérieurs à l’occupation de l’université qui initient une action pour lever des fonds destinés aux grévistes les plus précaires. Cheminots, secteur hospitalier, postiers ou cagnottes syndicales ? Francis, membre de l’AG inter-organisation à l’origine du projet, explique que dans un souci de démocratie, la répartition de l’argent récolté sera décidée à l’assemblée générale inter-professionnelle de la Victoire quand le montant estimé sera connu.

« Sensibiliser un public extérieur à la cause tout en récoltant des fonds en solidarité avec les professionnels en grève », c’est l’objectif de cet événement exceptionnel selon Ana. C’est pour cette raison que les étudiants mobilisés à la Victoire ont accepté à l’unanimité d’accueillir et d’aider à organiser ce concert initié par l’inter-organisation.

Cette soirée inédite n’est pas seulement un prétexte pour recueillir des fonds en soutien aux grévistes, c’est avant tout une façon d’inciter les personnes mobilisées et non mobilisées à investir ce lieu de lutte symbolique. Entouré par les pancartes des militants, le groupe de punk conclut la soirée : « tout le monde déteste la police » crie le chanteur. Dans les murs de la fac, son message fait l’unanimité.

Pauline Achard