Agribashing, de quoi parle-t-on ?

Plus de 10.000 agriculteurs convergent ce mercredi 27 novembre vers Paris un mois après une première mobilisation d’ampleur. Ils se disent victimes d’agribashing, mais que recouvre réellement cette notion ?

D’où vient le mot ? 

Ce terme est utilisé pour la première fois en 2018 dans la presse nationale. “L’agribashing” est un anglicisme qui peut se traduire par “critique systématique” ou “dénigrement” du modèle agricole.  Interrogé par France info, le sociologue Jean Viard explique “Au travers de ce slogan, les manifestants veulent montrer que le monde paysan se sent rejeté par la société”. La notion d’agribashing est surtout utilisée par la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire, qui appelle aujourd’hui à manifester. Il regroupe selon lui les mesures gouvernementales ou d’initiative populaire qui stigmatisent le travail des agriculteurs.

Dans quel contexte est-il apparu ?

Depuis quelques années, beaucoup de critiques émergent sur le travail des agriculteurs. Pollution des sols et des aliments par l’utilisation de pesticides, conditions d’élevage des bêtes… les internautes découvrent une nouvelle facette du système agricole par des vidéos critiques postées sur les réseaux sociaux. Des associations de défense des animaux ou de l’environnement pénètrent dans des exploitations agricoles et en rapportent des images choc. C’est le cas de L214, dont les membres se sont introduit la semaine dernière dans un élevage porcin breton.

Ces vidéos encouragent l’internaute à changer de mode de consommation. Seulement, cette vision rapportée de l’agriculture participe au malaise grandissant entre exploitants et consommateurs. Les tensions se matérialisent par des agressions physiques ou verbales d’agriculteurs, mais aussi par des intrusions dans les champs pour empêcher la dissémination de pesticides.

Début novembre, le gouvernement a annoncé la mise en place de la cellule Demeter destinée à “identifier et poursuivre” les auteurs de ces infractions. Cette initiative reste pourtant insuffisante pour éradiquer le délaissement des agriculteurs dénoncé par les syndicats. À l’heure des négociations annuelles avec la grande distribution sur les prix de vente, les exploitants déplorent le non-respect de la loi Egalim adoptée il y a plus d’un an. Elle devait assurer une meilleure rétribution des agriculteurs.  Les représentants de la profession critiquent aussi les arrêtés anti-pesticides promulgués par certaines mairies. Sans alternatives, ils ne peuvent pas produire suffisamment pour assurer la survie de leurs exploitations.

Pourquoi pose-t-il problème ? 

L’emploi du terme agribashing ne fait pas l’unanimité au sein du monde agricole. Il recouvre différentes réalités. Certains minimisent ou réfutent l’existence même de la notion, considérant que la FNSEA l’utilise à des fins politiques pour conserver l’industrie agricole actuelle. 

D’autres critiquent l’emploi de ce terme qui met sur un même plan les grands groupes agricoles, adeptes de l’élevage intensif et de l’usage massif de produits phytosanitaires,  et le travail des agriculteurs dans les petites exploitations. Cette assimilation est-elle imputable au mouvement vegan, qui dénonce le principe même de l’élevage ?

Une grande partie de la profession s’inquiète donc de la méconnaissance des métiers de l’agriculture par les consommateurs, qu’un anglicisme approximatif ne peut aider à éclairer.

Mathilde Rezki & Dany Tougeron