Blaye-Bordeaux, si près et pourtant si loin

A 1h30 de Bordeaux en voiture, Blaye n’est pourtant qu’à une trentaine de kilomètres de la capitale girondine. En attendant de nouvelles offres de transport, les Blayais subissent l’encombrement de la route et supportent l’enclavement de leur commune.

Xavier est un lève-tôt. Cet ouvrier de chantier blayais prend la route pour travailler à Bordeaux dès l’aube. « Pour arriver à 8h à Bordeaux, dit-il, je dois partir d’ici aux environs de 6h. » Il n’est pas le seul habitant de la commune dans cette situation. Nichée à la pointe d’un promontoire rocheux qui surplombe l’estuaire de la Gironde, la cité médiévale de Blaye compte aujourd’hui un peu moins de cinq mille âmes.

Avec un taux de chômage à 22%, certains habitants vont travailler dans les villes alentour en Charente-Maritime ou à Bordeaux. Malgré l’installation des bus et l’augmentation des navettes du bac – navire qui assure la liaison des deux rives – il est de plus en plus difficile pour les Blayais d’aller à Bordeaux aux heures de bureau en évitant les bouchons.

Certains en viendraient même à penser que les transports étaient mieux organisés avant. Olivier, un retraité, ne dira pas le contraire. Cigarette roulée vissée au coin des lèvres et béret sur la tête, le président de la Société des amis du Vieux Blaye, une association de férus d’histoire, regrette parfois des modes de transport qui ont disparu. « Nous sommes à une demi-heure de Bordeaux en bateau ! Au XIX siècle il y avait un bateau : Haussmann sous-préfet de Blaye jouait avec la marée pour se déplacer. Eux, ils avaient compris que ça marchait. »

Il reconnaît bien volontiers la démocratisation du bus qui a répondu à une réelle demande des Blayais. « J’ai connu l’époque pas si lointaine où il fallait dépenser dix euros pour aller à Bordeaux et dix euros pour en revenir en bus. Aujourd’hui le prix est abordable. Surtout pour une population en difficulté, parce qu’ici il y a un chômage colossal. » A un peu moins de cinq euros, l’aller-retour en bus TransGironde est aujourd’hui plus accessible.

Un trajet qui s’allonge

Pour Olivier, il faudrait encore aménager la voirie pour désengorger la route. « Il ne leur [les politiques] est même pas venu à l’esprit de faire une deux-voies à certains endroits pour dégager un peu. Quand vous prenez la route au départ de Blaye et en direction de Saint-André-de-Cubzac, c’est la route qu’a créée Haussmann. Et elle n’a pas bougé. »

Avec les années, le temps de trajet s’est allongé. Aux heures de pointe il est fréquent de rejoindre Bordeaux en deux heures. Olivier et Xavier affirment qu’il y a trois ans encore, ils faisaient le trajet en 1h30 environ aux heures d’affluence.

Une commerçante du centre-ville avoue avoir décalé les horaires de ses déplacements pour échapper aux embouteillages : »On va sur Bordeaux à des heures raisonnables et plutôt aux horaires de repas. » Adieu donc les files ininterrompues de voitures… mais ceux qui travaillent à Bordeaux sont pris au piège.

Pour le maire Denis Baldès (DVG), c’est la capitale girondine qui sera à terme menacée par le manque d’accessibilité : « Le problème n’est pas uniquement celui de Blaye, c’est Bordeaux  qui finit par être enclavée. »  L’édile regrette une politique d’aménagement du territoire qui ne donne pas la priorité à ce qu’il appelle « les transports du quotidien », parmi lesquels figure le train. « C’est un des moyens de transport les plus décarbonés. Même s’il n’est pas à l’ordre du jour, je suis persuadé que le train reviendra à Blaye. »

Celui qui a cofondé le collectif Blaye Bordeaux Rail en faveur d’une réouverture de la ligne de train reliant Bordeaux à Blaye aimerait que les sommes dévolues au financement du tout-TGV, soient destinées à la problématique des trains régionaux. L’heure n’est pas encore aux choix mais Olivier, un des gardiens de la mémoire blayaise n’entrevoit pas un avenir sans nuages.

« Nous sommes mal placés parce que l’on est à la fin du département de la Gironde. Si on était à la fin du département de la Charente-maritime, tout cela serait retapé. J’ai connu Rochefort et Saintes. C’étaient des villes en ruine comme ici et tout est maintenant réhabilité. Dans 50 ans, revenez ici et vous verrez exactement la même chose. »

Lauriane Vofo Kana