Grandir à Castillon-La-Bataille

Etre jeune en milieu rural, c’est grandir avec les mêmes personnes au milieu de pas grand-chose. Quand l’école est finie, il faut pouvoir tuer le temps. Ecoliers déscolarisés, ou jeunes actifs, comment est-ce qu’on s’occupe à Castillon quand on est jeune et qu’on n’a pas les moyens de partir.

Mercredi après-midi sous la pluie. Les rues de Castillon-la-Bataille sont calmes.
Les cours sont terminés. La médiathèque est un petit refuge pour passer l’après-midi entre amis.
Un adolescent profite d’un moment de solitude dans un coin de la bibliothèque pour écouter la radio.
Livres, animations, musiques…. Tout est fait pour occuper au mieux la journée du public, majoritairement issu de l’école élémentaire.
Sophie a vu passer plusieurs générations de Castillonnais. Elle a accueilli les parents, les enfants, et maintenant les petits-enfants.
Bien qu’elle propose des activités pour les adolescents, peu de jeunes se déplacent à la médiathèque. A la sortie du collège, ils préfèrent aller au City stade.
Fréquemment occupé, il est désert les jours de pluie.
Les jours de mauvais temps, il y a peu d’alternatives. Si on veut sortir de chez soi et retouver d’autres jeunes Castillonais, il reste l’Accueil jeune.
Une cinquantaine de jeunes sont inscrits sur le registre. Ce mercredi, ils étaient une dizaine à faire des crêpes, jouer au babyfoot ou à la console de jeux.
Un jeune installé dans le canapé, affronte ses ami.e.s à FIFA.
Pauline, l’animatrice, l’affirme : hormis les nombreux clubs de sport, il y a peu d’endroits ou les ados peuvent se retrouver
Quand on a 19 ans, qu’on a arrêté l’école et qu’on reste à Castillon,on occupe son temps comme on peut. Alors on se retrouve souvent entre ami(e)s pour tuer le temps.
Walid est dans ce cas: « je passe mes journées à tuer le temps. Je ne trouve pas de travail. Quand il fait beau je joue au foot au City Stade avec mes amis. Sinon on tourne en rond ».
Abdel Kader partage ce constat. Il a 23 ans, et ne trouve pas de travail. « J’ai grandi ici, quand je veux aller à Bordeaux je dois payer 10 euros le train. Un aller-retour représente trois heures de travail au smic. On ne peut pas se le permettre, alors on reste ici ».
Quand le sujet des gilets jaunes est évoqué avec le groupe d’amis, tous les regards se tournent vers l’un des leur qui arbore une veste aux couleurs de l’emblème de contestation en le charriant gentiment. Ils finissent par nous avouer partager les revendications des manifestants entre le chômage et l’exclusion: « nous sommes les oubliés de la politique ».

Louisa Benchabane et Clément Bouynet