[DOSSIER] Européennes 2019 : parties de campagnes

À un peu plus de trois mois du scrutin pour les élections européennes, les stratégies de campagne des candidats commencent à se préciser. Et vu le contexte social actuel, elles se doivent d’être convaincantes. Imprimatur a choisi de mettre l’accent sur les tentatives d’innovation de certains candidats.

Un vote de tous les possibles. Le 26 mai 2019, les Français sont convoqués aux urnes pour élire les 79 députés représentant leur pays au Parlement européen, comme tous les cinq ans. Et d’ordinaire, cela n’attire pas les foules. Mais cette année, le contexte national perturbé rebat les cartes et transforme la bataille européenne en enjeu majeur. Le pari pour les candidats : concilier enjeux nationaux et européens dans une même élection. Tous l’ont saisi, et ont décidé de faire de ce scrutin l’occasion d’innover en stratégies de campagne.

Face au chaos social révélé par les Gilets Jaunes, les candidats se questionnent sur les moyens qu’ils ont pour convaincre l’électorat français. A commencer par la majorité gouvernementale. Débordé par des manifestations d’une violence inédite, Emmanuel Macron a décidé d’organiser un grand débat national pour aller à la rencontre de ces Français en colère. Prenant du retard sur sa campagne européenne, l’exécutif choisit ainsi de transformer ce débat national en stratégie électorale pour les européennes. Un brouillage des enjeux qui divise la majorité, notamment sur la question d’un éventuel référendum qui se tiendrait…le 26 mai. Bref, cette stratégie est un véritable test pour l’exécutif qui a tout à y perdre, ou à y gagner.

Il y a ensuite ceux qui ont décidé de ressortir une bonne vieille recette de leur placard pour se démarquer. La France Insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon reprend l’idée des hologrammes, déjà utilisée en 2017 et qui avait fait son petit effet. La campagne européenne dédiée à « La France des oubliés » et intitulée « Opération 471 » passe tout de même au niveau supérieur. Du 6 février au 24 mai, quatre camions LFI baptisés « holovans » vont sillonner 471 villes de France et diffuser les hologrammes des candidats aux européennes. Manon Aubry, tête de liste, affirme que c’est une « première mondiale » et une « prouesse technologique ». Convaincre un électorat, c’est déjà complexe, mais avec des hologrammes c’est encore une autre histoire. Un pari risqué, mais qui a au moins le mérite d’être original.

Quid de ce peuple justement ? Eh bien, il sera aussi de la partie. Le mouvement des Gilets Jaunes qui dénonçait une forme de démocratie représentative a pourtant vu émerger quatre listes de candidats pour les élections européennes, dont l’une d’elles est portée par le chanteur Francis Lalanne. Les trois autres listes sont portées par des personnes du « peuple », plus ou moins familières avec le monde politique. Les candidats Gilets Jaunes jouent eux aussi quitte ou double, en prenant le risque de s’éloigner de la base du mouvement contestataire. S’ils ont choisi de tenter l’aventure électorale européenne, aucune de leurs listes ne comporte encore les 79 candidats nécessaires pour se présenter.

Finalement, ce scrutin européen du 26 mai va peut-être plus intéresser les Français que d’ordinaire. Déjà rien que par l’innovation des stratégies de campagne présentées par les candidats. Mais surtout par ses enjeux qui comme on l’a dit, sont à la fois nationaux et européens. Une confusion des genres dangereuse mais inévitable face à la gronde sociale. Fin de partie le soir du 26 mai.

Maëlle Benisty