Des bougies pour Olivier

Depuis lundi soir, des gilets jaunes investissent le rond-point principal de l’hôpital Pellegrin en soutien à Olivier, blessé lors des manifestations de l’acte IV à Bordeaux. Dès 21h, des veillées sont organisées.

Mardi soir, ils sont plus d’une cinquantaine à se réunir sur le rond point de l’entrée de l’hôpital Pellegrin de Bordeaux. Encore un rond point, tacheté de jaune, comme on en voit depuis le 17 novembre. Mais ce soir, l’ambiance bon enfant, a comme un goût amer, un goût de désolation. Ils sont là pour la veillée organisée en soutien à Olivier, pompier volontaire et père de trois enfants, touché par un tir de flashball et de grenade assourdissante, samedi dernier, lors de l’acte IX. Placé dans un coma artificiel depuis lundi, ses camarades de combat, sont venus lui apporter leur soutien.

Lundi, certains sont restés jusqu’à 2 heures du matin.

Des pancartes et plus de 450 bougies habillent ce rond-point qu’emprunte tous les jours des milliers de bordelais. Les flammes des bougies ne plient pas sous les bourrasques de vent et tamisent l’ambiance. Comme un signe de résistance, ces flammes pour Olivier sont l’allégorie de ces gilets jaunes qui bravent la pluie, le vent, mais aussi les flashball et les grenades sans vaciller. Ces armes utilisées par les forces de l’ordre, c’est ce qui les a amenés à occuper ce rond point depuis deux nuits.

De nouvelles pancartes sont créées sur place.

Tina, remontée, fait entendre sa voix parmi les manifestants. « On n’oublie pas le mouvement, notre action est en adéquation. Olivier est gilet jaune, comme nous, et ce n’est pas le premier ni le dernier à se faire tirer dans le dos », explique celle qui travaille dans un hôpital voisin. « Nous sommes prêts à aller jusqu’au bout » ajoute Corinne, une collègue, venue accompagnée de son jeune fils. Engagée dans le mouvement depuis le début, elle a inscrit les noms de tous les morts et blessés durant les manifestations sur un gilet jaune, comme un emblème. « Je vais en racheter un autre, j’ai bientôt plus de place » soupire-t-elle.

Une fraternité sans failles

Les flammes tiennent encore, bien que le froid s’intensifie au fil de la soirée. Les voitures klaxonnent pour leur apporter un peu de soutien, leur montrer qu’ils ne sont pas seuls dans ce combat et qu’Olivier et sa famille ne sont pas abandonnés dans cette dure épreuve. Jean-Paul et Martine, eux aussi gilets jaunes depuis le début du mouvement, sont émerveillés par tant de fraternité. « Je ne pensais pas que c’était possible, c’est une force pour nous », lâche-t-elle dans un sourire.  Une force face à ce qu’ils qualifient d’assassinats, « il y a des gens mutilés à vie tout de même », s’emporte le couple qui dénonce une dictature déguisée.

Quelques enfants viennent déposer des bougies tout autour du rond-point.

Les discussions fusent, tout le monde dégaine son smartphone pour montrer les nouvelles vidéos postées sur les groupes de gilet jaune. Celle qui tourne en boucle, c’est la vidéo violente d’Olivier, étendue sur le ventre, la tête en sang dans une rue adjacente à l’artère Sainte-Catherine. Des « c’est plus possible », « ils vont nous tuer », chuchote-t-on sur le rond-point. Un silence s’abat sur le giratoire à l’approche de voiture de police. « Ils sont là les connards », lance un homme à leur passage. De nouveaux gyrophares se rapprochent. Cette fois-ci c’est une ambulance, qui leur adresse des Klaxons, de quoi leur donner du baume au cœur dans cette froide soirée de janvier.

Les bougies brilleront jusqu’au départ des manifestants, qui mettent un point d’honneur à nettoyer avant de s’effacer pour laisser place à la nuit noire. Ce soir, ils les rallumeront, une nouvelle fois, pour Olivier.

@rebeccalpl