Les CRS ont-ils rectifié le tir ?

Les Compagnies Républicaines de Sécurité étaient attendues au tournant. Samedi 1er décembre, le Ministère de l’Intérieur avait sous-estimé les débordements en marge de la manifestation des gilets jaunes. Une semaine plus tard Christophe Castaner testait un nouveau dispositif policier pour limiter la casse.  Pourtant, des violences ont tout de même éclaté.

L’acte III du mouvement a marqué tous les esprits. La capitale française a été le théâtre d’affrontements inédits entre forces de l’ordre et manifestants le samedi 1er décembre.

Sur France Info, Chris, CRS dépêché Place de l’Etoile le 1er décembre dernier, décrit le moral des troupes « un sentiment de désarroi intense, de la colère et de l’incompréhension ». Pendant plus de quinze heures, manifestants et forces de l’ordre ont joué au chat et à la souris. Sur les grands boulevards parisiens les rôles se sont inversés. Des manifestants, masqués et cagoulés font face aux uniformes bleus. Les pluies de pavés fraîchement déchaussés répondent aux coups de matraques. Tirs de frondes et fumigènes croisent les grenades assourdissantes et de désencerclement.

« Je n’ai jamais vu ça en plus de 15 ans de métier » déplore Chris. Malgré l’arrivée en renfort des camions à eau et d’un bulldozer, lui et son unité ont dû se retrancher dans une ruelle pour esquiver les coups. « Nous sommes dépassés par des casseurs en surnombre,  des ordres et contre-ordres, des actions parfois manquant de résultats efficaces. Des casseurs de plus en plus déterminés sur qui le gaz lacrymogène ne sert plus à rien». A Toulouse, le syndicat de police Alliance affirme même avoir été à court de munitions lors des événements.

Nouvelle stratégie 

Ce sentiment de dépassement est partagé par la hiérarchie. La Direction générale de la Police nationale a été prise de court par un mouvement inédit. Camille Polloni, journaliste police-justice aux Jours, livre les raisons de ce désarroi. « Ce mouvement est peu encadré, ce n’est pas une forme de mobilisation traditionnelle. Il y a pas vraiment d’organisateurs ni de service d’ordre. Forcément, les manifestations sont amenées à déborder davantage. Ces mouvements ne ressemblent pas à ceux dont les forces de l’ordre ont l’habitude ». Les unités constituées de CRS s’en sont sûrement rendu compte trop tard : plus facile d’anticiper quand on connaît les personnes qui manifestent. Preuve du malaise. Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a été convoqué le soir même au Ministère de l’Intérieur. Le lendemain c’est Christophe Castaner qui était entendu par la Commission des lois du Sénat pour « prévenir la répétition et l’aggravation des troubles ».

Tout, ou presque devait être différent ce samedi 8 décembre. Lors du quatrième acte du mouvement, les événements n’ont pas tourné dans le sens souhaité par le gouvernement. Le dispositif policier a changé entre le 1er et le 8 décembre : 24 000 policiers supplémentaires (37% de plus) ont été mobilisés à travers la France, et les interpellations sont montées en flèche :  412 le 1er décembre à Paris contre 1082 le 8 décembre. Les CRS ont été appuyés par davantage de policiers mobiles. Des barrages filtrants ont été positionnés à plusieurs endroits de Paris. Certaines stations de métro ont même été fermées. Et les forces de l’ordre a eu recours à 14 blindés pour dégager de potentielles barricades. Mais pour Camille Polloni cette nouvelle technique n’est pas synonyme de réussite : « Contrairement à ce qu’affirme le Ministère de l’Intérieur Je ne suis pas d’accord avec l’idée que la police aurait été plus efficace à Paris le 8 décembre. On a pu arrêter plus de monde et les Champs Elysées ont été moins occupés mais la manifestation s’est déplacée dans toute la ville. La Mairie de Paris a déploré des dégâts et il y a eu autant de blessés que le samedi précédent. ». Preuve en est, samedi soir les forces de l’ordre procédaient encore à de nombreuses interpellations Place de la République. La stratégie a changé mais ne s’est pas améliorée.

Le malaise persiste et les tensions à l’égard des CRS s’exacerbent. Figures repoussoirs de certains manifestants, ils sont les premiers représentants de l’Etat.  Ce ressentiment est accentué par les nombreux accidents survenus durant les manifestations. Samedi dernier, un homme a perdu sa main à Bordeaux alors qu’il interceptait une grenade de CRS. Camille Polloni rappelle que la France est le seul pays d’Europe à utiliser des lanceurs de balles et des grenades pour réprimer les foules. Si les CRS sont habitués à ces débordements, ils sont poussés à évoluer pour éviter une montée en puissance de la violence.

 

Dorine Condé @DorineConde et An-Nam Durieu @Nam_Durieu