Arnaud Chédeville, « Je suis candidat pour être messager des gilets jaunes en Gironde »

À 43 ans, Arnaud Chédeville a présenté sa candidature pour être le représentant du groupe des gilets jaunes en Gironde. Comme lui, ils sont une trentaine à s’être proposés sur le groupe Facebook « GJ notre délégation Nouvelle-Aquitaine ». Le père de deux filles habite à Izon, à une vingtaine de kilomètres de Bordeaux, et a de grandes ambitions pour le groupe : il souhaite que les gilets jaunes constituent une liste pour les Européennes de 2019.

Vous avez publié un message vidéo sur le groupe Facebook de la délégation des gilets jaunes de Nouvelle-Aquitaine, il y a deux jours, dans lequel vous proposez d’être « messager des gilets jaunes en Gironde ». De quels gilets jaunes souhaitez-vous être le messager et en quoi vous sentez-vous représentatif du mouvement ?
Je tiens d’abord à préciser que je suis apolitique. Je suis un autodidacte. Je considère que cela est une chance. Aucune école ne m’a pré-formatée, ce qui fait que j’ai un esprit social développé. Je défends les valeurs que les gilets jaunes veulent remettre au centre de la démocratie française. J’ai d’ailleurs décidé de quitter mon emploi l’année dernière car je ne me sentais plus en cohérence avec ma nouvelle direction.

Le processus de présentation des candidatures via le réseau social Facebook est inédit. Comment comptez-vous vous organiser pour la suite ?
Actuellement, en Gironde, il est question d’élire deux représentants des gilets jaunes. L’organisation est encore embryonnaire, mais c’est en train de prendre forme. Une trentaine de personnes se sont déclarés sur le groupe Facebook. Pour la suite, je pense qu’il est trop tôt pour envoyer ces deux têtes dialoguer avec le gouvernement. Ce dernier a déjà reçu nos revendications. Il faut d’abord qu’il mette de l’argent sur la table. Les gens ont la dalle. Geler les taxes, c’est absurde. Nous ne sommes d’ailleurs pas allés dans la rue pour des taxes à venir, mais pour les taxes qui sont déjà présentes et qui nous pompent. La TVA, par exemple.

Sur YouTube, vous avez publié une vidéo sous forme de lettre ouverte à Édouard Philippe, le 4 décembre. Vous dénoncez son « incompétence à parler de cette France qui n’en peut plus ». Qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui en France, d’après vous ?
Il y a plein de choses qui ne marchent pas aujourd’hui en France. Le système de santé, par exemple, est à bout de souffle. Les politiques le laissent crever pour mieux le privatiser. Côté éducation, le système est incapable de se réformer. Et ce depuis cinquante ans. Autre point important, j’habite en milieu rural et je souhaite que ces zones gagnent de l’importance dans le débat. Le système crée des ghettos de riches en centre-ville et repousse les pauvres dans les périphéries. Nous avons besoin de passer à une démocratie directe pour pouvoir changer les choses en profondeur.

Et concrètement, que proposez-vous ?
Il faudrait mettre en place un système de référendum pour faire remonter plus rapidement les revendications de la base. Autre action concrète : baisser les salaires des politiques pour montrer qu’ils ne font pas cela pour l’argent, mais pour le bien de tous. Le gouvernement actuel n’est pas représentatif et doit partir.

« Les Français ont envie qu’il y ait un partage équitable de l’effort et des recettes, ils ont une soif de justice sociale et d’équité fiscale. » L’ancien ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a déclaré cela au micro de la radio RTL. Est-ce aussi votre point de vue ?
Nous avons besoin d’une redistribution des richesses pour que tous les citoyens aient les mêmes chances. Le président Macron poursuit la politique des gouvernements précédents : il mise sur le ruissellement alors que cette méthode ne fonctionne pas. Prenez l’exemple de ma famille. Ma femme travaille en intérim et gagne 1200 euros par mois. Nous avons sans arrêt des factures qui viennent se rajouter au quotidien. Ma fille s’est inscrite à la danse. Il va falloir financer son costume en payant 60 euros. Vous rendez-vous compte de ce que cela représente pour notre budget familial ?

Le gouvernement met en avant les vertus écologiques des taxes carburants. Quel regard portez-vous sur cette politique ?
Nous sommes tous d’accord avec la transition écologique, mais pourquoi les personnes les plus précaires devraient porter le poids de cette réforme ? On veut nous vendre des véhicules électriques alors qu’ils polluent aussi. Le moratoire de Macron sur les taxes est une fumisterie. Cela montre encore une fois le décalage entre ce que veut le peuple et ce que font ses dirigeants.

Vous voulez présenter une liste de gilets jaunes aux Européennes en 2019. Comment comptez-vous procéder ?
Sur l’Europe, encore une fois, nous nous sommes fait abuser. Nous attendions une Europe sociale, on nous a servi une Europe libérale. Je n’ai pas envie d’avoir une Europe à la Donald Trump. J’aimerais que les soins soient accessibles à tous, et pas seulement aux personnes « bankable ». J’espère donc que nous arriverons à structurer les gilets jaunes pour porter une liste qui pourra rassembler les abstentionnistes et les déçus de cette démocratie à bout de souffle. Néanmoins, les représentants du mouvement devront prendre des engagements pour éviter d’être repris par les lobbys.

Samedi prochain, l’acte 4 de la mobilisation est prévu place Pey Berland à Bordeaux. Serez-vous présent à la manifestation et quel est votre point de vue sur les débordements de la semaine dernière ?
Je pense que cette lutte se fera malheureusement dans le sang. C’est, d’ailleurs, à se demander si le gouvernement n’attend pas un accident pour décrédibiliser le mouvement.
De jour et de nuit, dans les manifestations, il y a des populations différentes, mais avec des revendications communes : en journée, les familles dans une ambiance bon enfant ; le soir, la population plus jeune et vindicative, dont nous avons aussi besoin pour mener des actions directes qui sont à mon sens légitimes.
Les consciences françaises se sont réveillées, donc ce n’est plus la peine de nous enfumer. La colère est trop grande et elle a besoin d’être entendue rapidement. J’ai 43 ans. Pour moi, c’est terminé, je fais ça pour mes enfants.

@Alix Fourcade