Gilets jaunes contre journalistes

Violences verbales, agressions physiques, menaces… Depuis le début du mouvement, les journalistes qui couvrent la mobilisation des Gilets jaunes sont confrontés à la haine des manifestants. Face à ce déploiement de violence, huit journalistes montpelliérains ont lancé, lundi 19 novembre, le mouvement #Payetoiunjournaliste sur Facebook afin de dénoncer les agressions que subit au quotidien la profession.

“ Il y a plusieurs personnes qui se sont mises autour de moi. Ils étaient, je pense, une centaine à me crier littéralement dessus sans que je puisse en placer une. J’ai reçu deux crachats” confie pour France Info Céline Durchon, journaliste pigiste pour plusieurs chaînes d’informations nationales. La jeune femme, en reportage dimanche 18 novembre sur le mouvement des Gilets jaunes à Montpellier affirme n’avoir jamais ressentie une telle humiliationSon cas est loin d’être isolé. Raphaël Maillochon, journaliste pour BFMTV couvre la manifestation des gilets jaunes du 17 novembre. En plein Duplex sur les Champs-Elysées, il reçoit un œuf sur la tête.  

Un gilet jaune casse un oeuf sur un journaliste de BFMTV 

Des dizaines de récits publiés sur la page Facebook de #payetoiunjournaliste, qui compte désormais 2200 membres, rendent compte d’accrocs sur tout le territoire. Ces incidents « sont de plus en plus fréquents et ne permettent pas de travailler de manière sereine »,  s’indigne Hervé Béroud, directeur du pôle information dans l’audiovisuel chez Altice France, la maison-mère de BFMTV, dans un entretien à Ouest France.

Des violences physiques mais aussi verbales. L’animosité grandit. Ce mercredi, les journalistes de La Montagne Vichy ont reçu un appel téléphonique menaçant d’un Gilet jaune : “On va venir murer votre journal« . Pour Matthieu Perrinaud, journaliste de la rédaction, il s’agit de représailles le lecteur jugeant la couverture du mouvement biaisée. 

Une cinquantaine de manifestants se sont également rassemblés lundi 19 novembre au pied des locaux de BFMTV pour scander leur défiance contre les médias. Un reporter photographe bénévole de la radio associative Bip a lui été victime de propos racistes avant de recevoir un coup de poing au visage le 17 novembre à Chateaufarine. 

Sur Facebook et Twitter, le climat est tendu entre militants et médias. Les internautes accusent les journalistes d’être au service du gouvernement et de minimiser le mouvement.

 

Des fakes news et des montages vidéos pullulent.. Bien souvent, le mouvement est amplifié : 

Fact checking de l’AFP

 

Rétablir la confiance entre médias et citoyens

Dans un communiqué publié sur la page Facebook du mouvement, les huit journalistes fondateurs disent vouloir rétablir la confiance entre les médias et les citoyens : “Nous espérons lutter contre ces agressions mais aussi faire en sorte que les citoyens ne nous considèrent plus comme des ennemis. #Payetoiunjournaliste est une main tendue(…) et nous sommes ouvert aux critiques les plus vives”.

Sur le terrain, des journalistes tentent de renouer le dialogue, à l’image de Matthieu Perrinaud, journaliste pour La Montagne Vichy : “ Nous avons eu quelques échanges pour le moins houleux avec les gilets jaunes mais nous sommes allés sur place et avons pu dialoguer avec eux. La situation semble, pour le moment, s’être apaisée”.

Pour Noelie Clerc, journaliste reporter d’images à Montpellier, cette crise de la confiance ne découle pas du mouvement des Gilets jaunes : “Le constat qu’on voit tous depuis plusieurs années, c’est une méfiance grandissante des citoyens envers les journalistes, accentué dernièrement par plusieurs personnalités politiques mais aussi la toute puissance des réseaux sociaux comme outils d’information. Les citoyens sont persuadés que nous sommes une classe/caste à la botte de tels politiques ou telles puissances économique. Mais il y a plus que cela. Les citoyens ont l’impression de ne plus avoir besoin de nous. Internet, Twitter et Facebook sont là”.

 

Lio Viry et Alexandra Lassiaille

@LioViry  et @A_Lassiaille