Epicuriales 2018 : un nouveau défi pour les restaurateurs

Du 25 mai au 9 juin, les allées de Tourny accueilleront les Epicuriales 2018. Mais cette année, on change de philosophie et on se recentre sur la gastronomie. Plus de service au bar. Finie la fête de la bière, bienvenue au « festival du bien-vivre ». Les restaurateurs vont devoir s’adapter.

Epicuriales 2017. L’an dernier, l’événement a atteint un record de fréquentation. Plusieurs riverains se sont plaint du comportement de certains visiteurs. Photo ©Les Mauvais Garçons

Depuis décembre, des bruits de couloir agitent les restaurateurs bordelais. Pour les Epicuriales prochaines, le service au bar est interdit, place au service à table. Désormais officiel, ce nouveau règlement fait monter au créneau certains prestataires de l’évènement. On craint un désintérêt de la population, une fréquentation catastrophique et une ambiance qui ne sera pas au rendez-vous. Mais pas de panique, tous ne sont pas si défaitistes. Il existe toujours quelques irréductibles prêts à relever le défi.

Christian Baulme préside depuis plus de 6 ans la Ronde des Quartiers, organisatrice de l’événement. Il l’assure : « La vie des Epicuriales n’est pas un long fleuve tranquille. » Nombreux sont les détracteurs qui aimeraient voir disparaître ce rendez-vous annuel de la gastronomie. Ce qui explique par ailleurs le nouveau cahier des charges de l’édition 2018. « L’an dernier, le risque que les Epicuriales s’arrêtent était très fort. » Le beau temps a fait le succès de l’événement en 2017. Les allées de Tourny ont connu un pic de fréquentation, et non sans conséquences. « A la fermeture, quand on lâche 2000 personnes dans la rue, c’est 2000 personnes qui pissent partout. » Et bien évidemment, dans les environs, on n’aime pas trop les pisseurs de rue.

Christian Baulme, président de la Ronde des Quartiers, supervise l’organisation de l’événement. Pour lui, le défi de cette année est d’éviter les débordements. Photo ©Epicuriales

Une restauration éphémère de qualité

Gary B. dirige le restaurant corse A Cantina. Cette année sera sa troisième participation aux Epicuriales. Il tente de faire preuve de raison pour comprendre les nouvelles contraintes. « On est là pour faire du pognon mais il ne faut pas faire n’importe quoi pour autant. Ce qu’on veut, c’est mettre nos produits en avant, le vin corse, les tapas… et pas forcément ce côté beuverie. » Et pour cela, Christian Baulme pense que la solution réside dans le service à table, et uniquement le service à table. « On revient vers une prestation de restauration éphémère de qualité. C’est un événement destiné aux restaurateurs bordelais pour montrer leur savoir-faire. On veut une manifestation plus tournée vers la restauration que la boisson. » 

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Les jeunes aussi sont mis sur le banc de touche. Baccalauréat oblige, les moins de 18 ans ne seront pas (ou en tout cas moins) au rendez-vous cette année. Et ce n’est pas pour déplaire… C’est d’ailleurs une des raisons qui a poussé la Ronde des Quartiers a avancé l’événement à fin mai. « On ne veut pas des trop jeunes, explique Christian Baulme. C’est pas notre but de faire boire les mineurs. C’est aussi pour éviter ces abus qu’on fixe des règles. »

S’adapter au nouveau format, challenge accepté

Certains restaurateurs ont protesté contre ces restrictions. Mais pas tous. Pour Gary B., « il faut savoir s’adapter. Ceux qui viennent aux Epicuriales pour le pognon, ils n’ont pas compris l’esprit de l’événement. » Les règles ne dérangent pas vraiment le restaurant corse. Tant que le traditionnel veau à la broche est là, tout va bien. Et pour ce qui est de l’interdiction du service au bar, il faut le voir comme un défi à relever. « C’est aux restaurateurs de recréer une ambiance et de jouer avec ces contraintes. Il ne faut pas perdre le côté festif, mais le travailler autrement. Il faut trouver le juste milieu. » 

Epicuriales 2017. L’événement accueille en moyenne entre 150 et 200 000 personnes sur les deux semaines @Les Mauvais Garçons

Steeve D. est directeur du Veneto. Il est plus sceptique. Il est présent aux Épicuriales depuis 2 ans mais hésite à participer cette année : « J’ai peur que la dynamique soit moins bonne. On verra, ça pourra peut-être passer… les Bordelais ont envie de faire la fête au début de l’été. C’est dommage que ce côté disparaisse. » 

Pour les organisateurs aussi, le défi est de taille. « On n’est pas à l’abri de débordements, raconte Christian Baulme, mais il faut être à la hauteur pour que les gens ne soient pas trop alcoolisés. Si on recommence comme l’an dernier, on n’aura pas d’autre chance. » La sûreté des personnes aussi doit être améliorée. L’événement accueille en moyenne entre 150 et 200 000 personnes sur les deux semaines. « S’il y a une alerte à la bombe, il faut pouvoir évacuer des milliers de personnes sur les allées de Tourny. »

La boule au ventre tout de même

Pour autant, les doutes sont présents. Steeve D. n’est pas très confiant et craint que l’événement ne vaille pas le coup pour lui. « C’est beaucoup de travail pour peu de rentabilité. Avec le service à table, les gens viendront assez tard, pour le diner. Mais nous, on ouvre tout l’après-midi, et le prix du stand reste le même, ça revient cher. Je ne pourrais pas reprendre la même superficie que l’an dernier. » Pour pouvoir y participer, il réfléchit à louer un emplacement plus petit. « J’irai aux Epicuriales pour l’image, mais je ne peux pas investir dans un grand stand. »

Epicuriales 2017. L’animation musicale sera également interdite après 21h et aucun DJ ne sera accepté. Photo ©Les Mauvais Garçons

L’ambiance musicale est une autre préoccupation. Même si Steeve D. comprend les raison des nouvelles réglementations, il accuse le coup. « Ça va être moins festif. Jusqu’à 21h, les animations musicales ne seront plus autorisées. Ce sera la radio de la Ronde des Quartiers. C’est compliqué pour les restaurateurs parce que l’animation sert aux restaurants à se démarquer. Et là on ne pourra le faire qu’en début de soirée. »

Malgré tout, le président de la Ronde des Quartiers reste confiant. « Ça va marcher, vous verrez. On a mis tout ce qu’il faut pour que ça réussisse. »

Juliette de Guyenro