Gérard Davet et Fabrice Lhomme sans langue de bois

Co-auteurs d’ouvrages qui ont secoué le monde de la politique, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, journalistes au Monde, sont au programme du Festival International de Journalisme qui se déroulera du 13 du 15 juillet 2018 à Couthures-sur-Garonne.

Gérard Davet et Fabrice Lhomme à l’IJBA le 28 mars 2018 – Photo Juliette de Guyenro.

Ils forment un duo explosif. Leurs enquêtes menées souvent auprès d’hommes politiques, défraient la chronique. Dernier exemple en date, leur ouvrage « Un président ne devrait pas dire ça » sur le quinquennat de François Hollande.

L’honnêteté peut faire des dégâts, mais pour Gérard Davet et Fabrice Lhomme, elle est indispensable. C’est donc en toute franchise qu’ils ont répondu à nos questions et livré un regard critique sur le journalisme politique.

La thématique sur laquelle vous intervenez au Festival International de Journalisme de Couthures-sur-Garonne associe « Journalisme et Politique » à l’expression « fatale attraction ». Pourquoi avoir fait cette liaison ?

Gérard Davet : C’est une liaison qui peut virer à l’autodestruction. Le journalisme et la politique sont deux métiers indissociables et qui s’attirent mutuellement. Du coup, ça rend d’autant plus important le fait que chacune de ces professions s’en tienne à ce qu’elle est, à ses repères, à ses bases et à ses valeurs. Le journalisme c’est questionner, révéler, décrypter. La politique c’est expliquer, mettre en œuvre et agir. Il ne faut pas que les uns se prennent pour les autres et vice-versa. Et aujourd’hui, sans caricaturer et sans généraliser, ces deux univers se croisent, se recroisent, se décroisent sans qu’il y ait réellement de garde-fou ou de principe érigé. Il faut éviter que ce microcosme vire à l’entre-soi et remettre tout ça en place.

Quels sont pour vous les principaux enjeux du journalisme politique aujourd’hui ?

Gérard Davet : Nous avons un poste d’observateur privilégié qui nous permet de voir ce que les journalistes politiques ont parfois plus de mal à constater : le fait qu’ils soient dans l’acceptation de règles tacites. Je pense par exemple aux citations anonymes. Un homme politique qui fait des déclarations à un journaliste peut lui demander de ne pas citer son nom. Si ce journaliste accepte, c’est de la complicité. C’est aussi de la complicité quand un journaliste consent à ce qu’un homme politique relise une interview avant publication. Il faut mettre en place des règles, mais des règles intelligentes. Un journaliste et un homme politique peuvent se tutoyer par exemple. Ça ne veut pas dire pour autant qu’ils sont complices et en soumission l’un vis-à-vis de l’autre. En revanche, dans l’exercice respectif de leur métier, ils doivent avoir des barrières très claires. Des barrières qui ont constamment besoin d’être redéfinies aujourd’hui. Sans donner de leçon, on se dit que le journalisme et la démocratie s’en porteraient mieux si ça fonctionnait comme ça.

En tant qu’observateurs de cette vie politique depuis plusieurs années, quelles évolutions avez-vous constaté dans les relations entre journalistes et hommes politiques ?

Fabrice Lhomme : Les hommes politiques ont toujours eu des journalistes collés aux basques. La différence c’est que ces méthodes sont bousculées par les nouveaux usages. Aujourd’hui, un ministre qui sort pour inaugurer un lycée ou un centre sportif va être harcelé par des micros. On va lui mettre des enregistreurs sous le nez. Même quand il va s’isoler pour parler avec son conseiller, il y a peut-être une perche qui va se tendre au-dessus de sa tête et qui va capter ses propos sans qu’il l’ait souhaité. Les politiques sont plus méfiants qu’avant. Ils se disent que tout peut être retenu contre eux, qu’ils peuvent être piégés. Ils avaient déjà tendance à faire de la langue de bois, maintenant c’est de la langue de béton. Et nous, journalistes, devons faire ce que nous avons toujours fait. C’est-à-dire nous battre contre cette langue de bois mais avec des méthodes qui respectent des règles d’éthique. Il existe une guerre normale entre pouvoir et contre-pouvoir. Le pouvoir veut de plus en plus contrôler sa communication et notre rôle c’est d’être de plus en plus offensifs pour casser cette barrière de la communication et aboutir à ce qui nous intéresse : l’information.


 

 

Lola Benne et Juliette de Guyenro