Et si… la France gagnait la Coupe du Monde 2018 ?

Depuis des mois, chacun y va de son pronostic concernant le futur des Bleus. Si tout le monde s’accorde à dire que l’Équipe de France sortira des poules, des questions subsistent sur leur présence en finale. Quelles seraient les conséquences si les hommes menés par Didier Deschamps ramenaient le trophée ? Analyse en trois points : éco, politique et sportif.

On voit déjà venir l’exploit : 15 juillet 2018, France-Argentine au stade Loujniki de Moscou. Raphaël Varane récupère un ballon perdu par Lionel Messi, après un raid solitaire initié par la « pulga » au sein de la défense française. Sur l’aile droite, Kylian Mbappe est seul. D’un long ballon, Varane lance l’attaquant parisien, éliminant ainsi trois joueurs argentins. Après une course de 50 mètres, Mbappe centre pour Antoine Griezmann. Javier Mascherano est trop court pour récupérer la balle, et Griezmann trompe le gardien, Sergio Romero, d’un malicieux tir taclé. Le chouchou des français offre, dans les dernières minutes, un second titre de champion du monde à l’équipe de France. À nouveau, I Will Survive retentit… Umtiti en profite pour embrasser le crâne dégarni de Kanté et Hugo Lloris soulève le trophée, en larmes.

Si ce scénario reste encore une pure fiction, une victoire de la France en finale de Coupe du monde n’est pas totalement utopique. Un succès qui aurait, bien sûr, un véritable retentissement sportif, mais donnerait un bon coup de fouet à l’économie et à l’image politique française.

Le haut du panier pour cette « génération dorée »

On le répète depuis des mois maintenant : Didier Deschamps tient à sa disposition une génération en or. Du haut de ses 19 ans, Kylian Mbappe a conquis le cœur des français. À 22 ans, Adrien Rabiot et Thomas Lemar ont surpris par leur sérénité et leur talent balle au pied. Des profils à l’éclosion précoce qui rappellent fortement les parcours de Thierry Henry, David Trezeguet, ou encore Robert Pires durant le Mondial 1998. En janvier dernier, Hugo Lloris, capitaine et gardien des bleus, le confirmait déjà au micro de Telefoot : « L’équipe a le potentiel pour remporter cette compétition. Les choix seront difficiles à faire pour le sélectionneur vu le nombre de joueurs de qualité. En tout cas, lorsqu’on rentre sur le terrain c’est pour gagner. Gagner un trophée avec l’équipe nationale c’est sans doute ce qui existe de plus beau dans une carrière et ce sera notre ambition ».

Le stade Loujniki de Moscou, enceinte accueillant la finale.
Le Ballon d’or récompense chaque année le meilleur footballeur au monde.

Le parcours réalisé par l’équipe de France confirmerait aussi la dimension prise par Antoine Griezmann au sein du football mondial. Manquant encore d’expérience lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil, l’attaquant n’avait pas réussi à inverser la tendance lors de la défaite en quart de finale face à l’Allemagne (1-0, le 04/07/2014). Mais le Mondial en Russie sera son tournoi ! On peut facilement imaginer que le numéro 7 de l’équipe de France connaîtra une trajectoire flamboyante, match après match. Et peu importe la manière… Didier Deschamps lui avait d’ailleurs demandé de lever le pied sur ses courses défensives. « Je préfère gagner plutôt que bien jouer », déclarait Antoine Griezmann au journal L’Equipe en mars 2018. « Moi, c’est une Coupe du monde ou une Ligue des champions que je veux gagner. Après le Ballon d’or viendra tout seul s’il doit venir. Je préfère remporter quelque chose pour mon club ou mon pays plutôt qu’une distinction individuelle ». Pourtant, avec une Coupe du monde en poche (et un titre de meilleur buteur de la compétition ?), le Ballon d’or 2019 lui ouvrirait grand les bras !

Et que dire de la progression fulgurante au classement FIFA ? En effet, l’organisation mondiale du football établit un classement des meilleurs équipes nationales et sur les différents matchs comptabilisés, ce sont ceux remportés en Coupe du monde qui comptent le plus. Ainsi, selon la « fact sheet » fournie par la FIFA, une victoire en Coupe du Monde contre le premier du classement (actuellement l’Allemagne) permettrait à la France de remporter 2400 points. Une victoire en finale de Coupe du monde entraînerait une remontée éblouissante de l’équipe de France vers les premières places du classement FIFA. Pour rappel, apercevoir la France en tête de ce classement n’est plus arrivé depuis 2001 !

Enfin, pour Didier Deschamps, ce trophée marquerait un aboutissement dans sa carrière. Une victoire en finale lui permettrait de rejoindre le cercle très fermé des personnalités ayant gagné la Coupe du monde en tant que joueur, mais aussi en tant que sélectionneur. À ce jour, seuls Franz Beckenbauer pour l’Allemagne et Mário Zagallo pour le Brésil ont réalisé cette performance.

Un coup de pouce économique

La Coupe du Monde de football n’est pas simplement l’évènement sportif le plus regardé dans le monde. C’est aussi une véritable machinerie économique, une entreprise pesant près de 250 milliards de dollars.

Les premiers à en profiter seront les médias qui retransmettent la Coupe du monde, et qui bénéficient de gains importants. Sur cette période, le journal L’Equipe devrait doubler ses ventes et le groupe TF1 gagnerait à peu près 100 millions d’euros pour la retransmission télévisée de l’événement. À cela s’ajoutent les secteurs des appareils télévisuels, qui connaissent une forte hausse des ventes durant la compétition.

Pour le pays vainqueur, la Coupe du monde est un facteur positif pour la croissance. En 2006, la Banque ABN Amro avait déterminé qu’un pays champion du monde profitait d’un bonus de 0.7% de croissance en moyenne. Si les facteurs macro-économiques sont difficiles à évaluer, certains experts évoquent le cas suivant : en cas de victoire des bleus à la Coupe du monde, la joie des français entraînerait une hausse avérée du moral des ménages, une fonte des épargnes, une confiance des investisseurs restituée et une économie locale stimulée par la population. Plus anecdotiques, les ventes de bière et de pizzas explosent également.

Sur RTL, le journaliste économique François Lenglet expliquait que la Bourse du pays vainqueur avait tendance à augmenter plus favorablement (environ 10% de plus que les autres pays). À la suite du succès de l’équipe de France en 1998, le Produit Intérieur Brut français s’est maintenu à un bon niveau de progression. En 1997, il n’avait progressé que de 2,3 %, contre 3,5 % en 1998 et 3,0 % en 1999. Des chiffres à nuancer, compte tenu du contexte de reprise économique mondiale survenu en 1998. Pour Bastien Drut, auteur du livre Mercato 2.0 : L’économie du foot au XXIe siècle qui sortira en mai prochain, cette notion est contestable : « Je ne suis pas convaincu que la victoire de 1998 ait joué sur la croissance. L’effet est positif, mais la consommation des ménages s’estompe assez rapidement. Dans le cas de 2018, les indicateurs de confiance sont déjà au plus haut. La France est un pays réputé pour ne pas aimer le foot. La victoire de 1998 a permis une meilleure acceptation dans l’opinion publique. Le changement de cette perception du foot par le public a surtout favorisé le merchandising. »

Nike, équipementier des Bleus, décline sa gamme sportwear. (Crédit : Footpack)

Outre cet aspect macro, c’est surtout au niveau micro-économique que les effets seront le plus visibles. Les premières bénéficiaires de ce succès seront la Fédération Française de Football, et les associations sportives qui en dépendent. Bastien Drut l’assure : « Si la France fait un bon résultat et qu’elle se montre à son avantage, la FFF pourra nouer de meilleurs partenariats avec les entreprises (équipementiers, sponsors, etc.) et engagera plus de recettes. Parmi ces recettes, une partie sera reversée au football amateur. De plus, on constate une forte hausse des licenciés, qui amènent donc plus de cotisations. »

Une aubaine pour Emmanuel Macron ?

Une Coupe du monde de football met tout le pays en pause pendant près d’un mois. La victoire, le 15 juillet prochain, serait synonyme d’un moral en hausse pour la population française. Une image positive de la France dont Emmanuel Macron profiterait grandement, augmentant ainsi sa côte de popularité. On s’en rappelle, en 1998, Jacques Chirac avait gagné 11% dans les sondages. Un effet purement psychologique, mais non-négligeable. À ce sujet, Marion Fontaine, maître de conférences en Histoire à l’université d’Avignon, relativise : « Rappelons-nous que la Coupe du monde 1998 se passait dans des conditions très particulières. Un mondial gagné en Russie, sous Poutine, n’aura pas le même écho. A l’inverse du cas Chirac, l’Euro 2016 s’est relativement bien passé mais n’a pas eu d’effet réel sur la côte de popularité de François Hollande. Si la France fait un bon parcours, il est certain que des politiques s’en serviront. Je ne sais pas si le foot a réellement des effets, mais les politiques cherchent à mettre en avant leur image lors de ces victoires. C’est intéressant de constater l’association entre deux notions qui n’ont rien à voir, la politique menée et le parcours de l’équipe de France ». En tout cas, on imagine facilement Emmanuel Macron chanter La Marseillaise à pleins poumons dans les travées du stade Loujniki de Moscou.

Quand on évoque la première étoile décrochée par le coq français en 1998, on pense au fameux slogan « black-blanc-beur », à cette équipe qui incarne la Nation. Le Mondial 2018 peut-il remettre au goût du jour l’image d’une France « black-blanc-beur » ? Là encore, Marion Fontaine a une analyse nuancée sur la question : « L’équipe de France a gagné la coupe 1998, mais ça n’a pas empêché de voir Jean-Marie Le Pen arriver au second tour de la présidentielle en 2002. Aujourd’hui, le contexte est encore plus particulier avec les attentats de 2015 et 2016. Mais le discours d’Emmanuel Macron sur l’importance de la diversité au niveau national peut aussi faire pencher la balance en faveur du renouveau “black-blanc-beur”. Dans tous les cas, cela dépendra du comportement affiché par les joueurs français durant ce Mondial. »

Attention aussi à ces nations qui peuvent créer la surprise ! L’Angleterre post-brexit, tirant leur force d’un nationalisme exacerbé, peut imiter le Danemark de 1992. Cette victoire reste encore le meilleur exemple d’un contexte politique pouvant entraîner un sursaut chez certaines sélections inattendues. En juin 1992, le Danemark vote contre le traité de Maastricht et l’euro, créant ainsi un mouvement nationaliste. Quelques jours plus tard, ils remportent le championnat d’Europe contre l’Allemagne, déclenchant une véritable euphorie dans tout le pays. Restons vigilants…

Mathieu MESSAGE