Une nouvelle pédagogie alternative arrive en Gironde

A la rentrée prochaine, deux nouvelles écoles alternatives verront le jour en Gironde. Oubliez Montessori, Freinet ou Steiner, c’est l’école démocratique qui fera son entrée en septembre 2018. Mais qu’est-ce qu’une école démocratique et en quoi se distingue-t-elle des autres méthodes ?

La première école démocratique est née à Framingham, aux Etats-Unis, en 1968. Toujours ouverte, cette école est à l’origine de la méthode Sudbury. Crédits photo : John Phelan

« L’être humain n’a pas eu besoin de professeur pour apprendre à marcher ou à parler », constate Marie Bordas. La curiosité innée et la capacité naturelle des individus à apprendre, c’est ce sur quoi se fonde l’enseignement de l’école démocratique. « Tout est basé sur la confiance en l’être humain, qu’il soit enfant ou adulte, la bienveillance et la liberté », affirme la co-fondatrice de la future école appelée l’Entre deux merveilles.

En septembre prochain, deux établissements suivant cette philosophie vont s’intégrer dans le paysage éducatif alternatif. L’école de l’Entre deux merveilles sera basée autour de Créon, à 30 kilomètres de Bordeaux. L’autre, appelée Les Apprentis Sages, s’installera aux alentours de Podensac, Villandraut ou Preignac. Une première pour la Gironde, qui ne connaît pas encore cette méthode venue des Etats-Unis, à la fin des années 1960. En France, une trentaine existent déjà. Marie Bordas et Marion Sivert, toutes deux fondatrices de futures écoles démocratiques, sont convaincues des vertus pédagogiques de leur projet.

La liberté d’apprendre ce qu’on veut, à son rythme

Basé sur les apprentissages autonomes, l’enseignement démocratique ne propose pas de cours aux élèves. Ce sont eux qui décident ce qu’ils souhaitent apprendre, à leur rythme. « Si un enfant de 6 ans, normalement au CP, n’a pas envie de lire, on ne le lui imposera pas. Et inversement, si à 4 ans, il en a déjà envie, on l’aidera à apprendre. Peu importe l’âge des enfants et les programmes. On accompagne les enfants dans leur apprentissage dès lors qu’ils en montrent l’envie », explique Madame Bordas.

Ancienne professeure des écoles, l’éducation est un sujet qui la passionne. Au fur et à mesure de ses lectures et expériences, elle en est persuadée : l’enthousiasme et la motivation sont les clefs de l’apprentissage. « L’ apprentissage par la peur, l’humiliation ou pour faire plaisir aux parents, ne fonctionne pas. Au contraire, cela inhibe la fonction de l’apprentissage. C’est difficile de trouver la motivation d’apprendre la grammaire française quand on a 7 ans », constate cette maman de deux enfants.

Enième alternative au modèle classique de l’Education nationale, l’école démocratique se distingue néanmoins des autres méthodes plus connues, telles que Montessori, Freinet ou Steiner. Même si toutes se rejoignent par l’intérêt et l’attention portés à l’enfant, la méthode Sudbury lui propose, elle, de grandir dans une collectivité, à l’instar d’une micro-société. Dans une école démocratique, il n’existe qu’une classe unique multigénérationnelle, afin que les plus grands aident les plus petits, et partagent leurs expériences. Alors que la pédagogie Montessori est axée sur l’individualisme, la méthode Sudbury intègre l’enfant dans un groupe dès le plus jeune âge, comme dans les écoles Steiner.

Une liberté qui demande de la responsabilité

Mais ce qui fait la spécificité de Sudbury, c’est son aspect libertaire. Effrayante à première vue pour les parents, cette liberté offerte à l’enfant est en réalité un moyen de le responsabiliser. « C’est sûr que c’est plus facile d’avoir des enfants soumis à la maison, pour qu’ils obéissent sans réfléchir. Mais je veux qu’ils soient avant tout responsables. On ne peut pas être libre sans être responsable. Avec cet enseignement, on les met au cœur de la vie et de la relation. Cela prend de l’énergie, mais à terme, on en gagne », analyse Marie Bordas.

Si Marion Sivert a opté pour l’enseignement démocratique, c’est qu’elle souhaitait aller au-delà des méthodes déjà existantes. « Après de nombreuses lectures, j’ai trouvé que la méthode Montessori était trop réductrice dans la notion de connaissance de soi. Je la considère trop cadrée car il faut toujours que l’enfant ait vu un adulte pour être autorisé à faire telle chose. Cela ne correspond pas avec ma perception de l’éducation », explique-t-elle. Pour elle, ce qui fait la différence, « c’est la posture bienveillante de l’adulte, qui va naturellement croire en l’apprentissage de l’enfant. »

« Etre prêt à lâcher le contrôle et avoir confiance en ses enfants » 

Mais cette pédagogie alternative a un coût. Environ 3500 euros l’année. « C’est une école hors contrat, donc cela coûte cher. L’Education nationale ne la subventionne pas ». Marion Sivert espère tout de même récolter « des dons ou travailler sur du mécénat pour réduire les frais de scolarité. » Pour Marie Bordas, « tout dépendra du lieu que l’on choisira, car le loyer est la charge la plus importante. »

Malgré le prix onéreux de cet enseignement, Marion Sivert considère que « choisir une école démocratique relève d’un choix éclairé des parents. Il faut être prêt à lâcher le contrôle sur ses enfants et avoir confiance en eux dans leur capacité à apprendre naturellement. » Un avis que partage Thomas Marchal, co-fondateur de l’école démocratique de Dijon, la première en France. « Il y a une part de responsabilité des parents à prendre quand vous inscrivez votre enfant. Il faut assumer sa décision, qui n’est pas reconnue dans la société, et pas comprise non plus par son entourage. »

L’école A la croisée des Chemins de Dijon est ouverte depuis bientôt 4 ans. Avec du recul, Thomas Marchal explique ne pas avoir « prévu que ce serait si difficile au début. Il y avait une attente importante des parents dans une région où, à l’époque, il n’existait aucune écoles alternatives, pas même Montessori. Mais il existe un écart entre ressentir une lassitude vis-à-vis du modèle classique et sauter le pas vers un modèle alternatif. » Aujourd’hui, l’école compte 14 élèves, tous âgés entre 3 et 19 ans. Même si le nombre d’apprenants a augmenté depuis la création de l’école, Thomas Marchal estime qu’il « est toujours insuffisant pour affirmer être installé sur le long terme. » Depuis le début de l’année 2018, l’école a mis en place une création d’emploi.

Malgré les difficultés, il tient à souligner que cette école est « importante pour les enfants victimes de harcèlement, en situation d’échec ou de phobie scolaire. Elle donne le temps aux enfants de se reconstruire et dire quand ils sont prêts pour préparer de nouveaux projets, comme la préparation d’examens. » Pour Marion Sivert, dont le fils de 12 ans est en échec scolaire, l’école démocratique constitue une solution aux enfants « qui vont à l’école la boule au ventre ».

Les écoles alternatives en Gironde, en mars 2018

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Manon Pélissier