Parcoursup : les enseignants de l’Université de Bordeaux appliqueront la sélection

Pour l’université de Bordeaux, le débat est tranché. La réforme voulue par le ministère sera appliquée. À la faculté de sociologie, les critères de sélection des étudiants restent à définir. Une chose est sûr, les professeurs veulent sortir d’un tirage au sort jugé « inique ».

Tout sauf le tirage au sort, voilà ce que l’on comprends quand on interroge les enseignants de la faculté de sociologie de Bordeaux. Pour Thibault Bossy, son directeur, le sujet reste épineux à aborder. « D’un côté, ça touche à nos valeurs et de l’autre à nos conditions de travail, qui se dégradent à mesure que l’on nous rajoute des missions. » La réforme sera appliqué à la faculté de sociologie « car la majorité des professeurs ont estimé qu’elle pouvait améliorer la situation connue avec Admission Post-Bac » dit-il. Reste à trouver les critères de cette sélection avant le 4 avril, date à partir de laquelle les facultés pourront accéder aux dossiers des élèves constitués de leurs notes de lycée, d’une lettre de motivation et de la fiche « Avenir ».

 L’écrémage risque d’être douloureux : Environ 3000 dossiers ont été reçus pour les 280 places de première année de licence, une situation jugée « moins pire » qu’en psychologie, où 250 étudiants seront triés parmi 6000 dossiers. La faculté devra faire remonter sa proposition de classement pour le 18 mai, alors que le flou persiste sur le contenu exact des dossiers des étudiants. « Va-t-on faire face à un fichier excel géant, avec l’ensemble des notes de lycée de tous ces élèves ? » Certains enseignants ont ainsi regretté le peu de temps qui sera laissé à la faculté pour procéder au traitement de ces dossiers. Positionné plutôt en faveur de la réforme, le sociologue Eric Macé a concédé la précipitation de sa mise en oeuvre, expliquant l’empressement du gouvernement par le problème politique que poserait un maintien du tirage au sort à la prochaine rentrée. Pour faire le tri, la solution envisagée à la faculté de sociologie serait pour le moment d’établir un classement par notation, avec un système de bonification basé sur la qualité de la lettre de motivation. 

Capture d’écran de parcoursup.fr

La contestation étudiante, « épi-phénomène »

L’occupation de l’amphithéâtre Gintrac sur le site Victoire fait figure d’exception à la faible contestation de la réforme sur la sélection à l’université, constaté à Bordeaux et dans le reste de la France. Pour Eric Macé, enseignant-chercheur sur le site de Victoire et signataire d’un communiqué condamnant l’intervention policière de la semaine dernière, on a rarement vu un mouvement étudiant aussi faible contre une réforme de cette ampleur : « Ce qui se passe ici à Victoire est un épi-phénomène mené par une minorité active assez radicale. L’Université a bien voulu qu’un débat ait lieu avec les étudiants sur le fond de la réforme. Il n’était pas question pour autant de privatiser un amphithéâtre public et d’en faire le camp de base de la révolution mondiale. »

 


Mobilisation étudiante contre la sélection à l’université : les villes qui bougent. Carte de Julia Vandal.

Villes en rouge : facultés occupées 7j/7 24h/24  à la date du 16 mars

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Le nombre d’occupants est à mettre selon lui en perspective des 5000 étudiants rattachés au campus Victoire. Le sociologue évoque ainsi les coûts générés par le gardiennage de nuit, et pointe du doigt « une convergence de toutes les luttes qui n’a plus de rapport avec le sujet de la sélection ». Interrogé mercredi au sujet de cette mobilisation, Thibault Bossy ne se positionnait pas contre le droit des étudiants à se mobiliser, « tant qu’ils n’empêchent pas les autres étudiants et le personnel de venir travailler. » Le site de la Victoire a depuis été fermé pour les journées du jeudi 15 et vendredi 16 mars, après l’annonce « d’un blocus généralisé » par les occupants de Gintrac.

 

Luc Oerthel