Le projet minier Montagne d’Or : une catastrophe écologique

Alors que les mouvements sociaux en Guyane se développent de plus en plus, les défenseurs de l’environnement réclament l’éradication de l’orpaillage clandestin et industriel. Premier mis en cause, le projet minier Montagne d’Or mené par les sociétés NordGold et Colombus Gold, situé entre deux réserves biologiques. Le collectif Or de question se mobilise pour empêcher ce gigantesque projet d’orpaillage industriel de voir le jour en 2018.

Source : membre de Maiouri Nature Guyane

« Le projet Montagne d’Or est un véritable monstre industriel, ce serait la plus grande mine d’or jamais exploitée sur le sol français » explique Marion Veber, chargée de mission droit des peuples au sein de l’association France Libertés. Avec les membres de son association, elle a signé la pétition créée par Or de question. « Pour l’instant, le consortium russo-canadien n’a qu’un permis d’exploration du site. C’est maintenant qu’il faut agir pour qu’il n’obtienne pas le droit d’exploitation ! »

 

L’eau risque d’être gravement polluée
Marion Veber, spécialiste en droit à l’eau, est inquiète. Il faut énormément d’eau pour faire fonctionner une mine, puisqu’elle est utilisée lors des procédés de traitement de l’or. Une quantité que l’on retire donc à la population et aux terres agricoles. « Le pire, c’est qu’ils vont stocker les eaux contaminées dans des digues. Sauf qu’ici en Guyane, c’est un climat tropical : il pleut énormément. » Philippe, l’un des membres de l’association Maiouri Nature Guyane, également signataire de la pétition, explique : « Les pluies diluviennes risquent de faire déborder les digues ou de rompre les barrages. S’il y a trop de pression, ils seront obligés de relâcher l’eau dans la nature et donc de contaminer celle qui est utilisée par les populations autochtones. » Du coté de SystExt, une des organisations faisant partie d’Ingénieurs sans Frontière, l’on précise que les métaux sont plongés dans des bains de produits chimiques extrêmement dangereux comme le cyanure. « Si les bains débordent, il y aura un impact sanitaire immédiat sur les populations autochtones qui dépendent des cours d’eau des environs. » Sans compter les glissements de terrain et les inondations, très fréquentes dans cette zone. Philippe rappelle la catastrophe de Rio Docé au Brésil en 2015, où les déchets miniers s’étaient déversés sur 800 kms de rivière pour se jeter ensuite dans la mer.

Il ne faut pas oublier le problème des déchets stériles. L’industrie fait exploser la roche qui ne contient pas d’or et la dispose à côté de l’exploitation, formant des montagnes de déchets. Si la pluie est forte, il risque d’y avoir des ruissellements qui arracheront les métaux lourds qu’elle contient et contamineront les alentours.

La biodiversité est en danger

Avec plus de 90% de la biodiversité française concentrée en Guyane, le forage minier aura certainement des conséquences considérables sur l’écosystème. « Une réserve biologique est à 500 mètres du site minier. C’est impensable de se dire que ça n’aura pas d’impact. » Marion insiste sur le problème de la déforestation. Pour alimenter la mine en énergie, ils seront contraints d’adopter l’une ou l’autre de ces deux solutions :  couper les arbres qui bordent la route afin de faire passer les lignes à haute tension ou construire un barrage. Plus grave encore, la nocivité des métaux lourds que contient la roche extraite. Un ingénieur de SystExt précise « une fois soluble et à l’air libre, ils deviennent très cancérigènes, dangereux pour la biodiversité et la santé humaine. »

 

Crédit : Conservatoire d’espaces naturels de Guyane

Une mine « responsable » ?
Alors ministre de l’économie, Emmanuel Macron a signé le projet. « Il veut que les mines soient responsables. Mais mine responsable, c’est un oxymore ! » s’exclame Marion Veber, indignée. Pour que la loi considère qu’une mine est responsable, il faut créer un projet de forage à durée déterminée et veiller ensuite à remettre à niveau l’environnement et les écosystèmes. « C’est impossible, martèle Marion. La pollution s’étend sur un temps qui est hors de l’échelle humaine, ce n’est pas parce que le terme « responsable » fait moins peur qu’il faut fermer les yeux. »

L’or, une nécessité ?
Aujourd’hui en Guyane, il y a plus de 300 chantiers illégaux d’orpaillage. Pour Marion et Philippe, ce n’est pas l’industrie qui règlera le problème de l’orpaillage clandestin. Toutefois, cette pratique illégale reste moins dangereuse pour l’environnement à long terme, malgré le mercure relâché par les garimpeiros dans la nature. En plus, l’or récolté avec le projet servira à seulement 8% pour l’industrie. Le reste sera utilisé par les banques pour des lingots ou pour faire des bijoux. « L’or est extrait de la Terre pour ensuite repartir en sous-sol dans les banques » ironise le membre de SystExt. « Le pire, explique Philippe, c’est qu’avec la filière du recyclage, on obtient 3 fois plus d’or qu’avec l’exploitation industrielle ! »

Les retombées économiques du projet sont aussi contestables, l’or étant une activité précaire et épuisable. 1 à 2% seulement de bénéfices pour la Guyane, peu d’habitants employés par Colombus Gold et NordGold, des travaux coûteux à engager par les collectivités locales pour soutenir le projet, comme créer un port et des routes pour l’exportation : « ce n’est ni solidaire ni équitable » pour les membres du collectif.

Il y a quelques années, tous les politiques guyanais étaient favorables à l’industrie aurifère. Mais avec le contexte politique actuel, la situation a changé. Or de Question a déposé un moratoire au gouvernement français. « Aujourd’hui, 320 000 hectares guyanais sont convoités pour leur or. Accepter cette exploitation, ce serait ouvrir la porte à la destruction de la Guyane, qui est pourtant l’un des poumons verts de l’humanité. »

Aurore Esclauze