Alim’confiance : les restaurateurs Place de la Victoire sont sereins

Alim’confiance, l’application du ministère de l’Agriculture, note depuis le 3 avril, l’hygiène des abattoirs, restaurants, supermarchés et cantines de France.Bordeaux n’est pas encore concerné par cette mesure. Dans les restaurants et brasseries de la Place de la Victoire, l’apparition de cette appli est pour l’heure bien accueillie.

« Je suis à 200% favorable ! » Aurélien Guymard, directeur du Pub Saint Aubin est très enthousiaste. Il a entendu parler de l’application à la télévision et compte bien la télécharger. Pour lui, les contrôles sanitaires et la communication des résultats par le gouvernement sont une bonne chose. « Aujourd’hui dans la restauration comme dans d’autres milieux on veut de plus en plus de transparence. En tant que professionnel et consommateur, je trouve qu’il est important de savoir dans quelle condition d’hygiène on mange. »

Aurélien Guymard a hâte de voir son restaurant répertorié sur l’application Alim’confiance. ©Benjamin Aguillon

 

 

En ligne depuis le 3 avril, l’application Alim’confiance ne livre pas encore les résultats des inspections d’hygiène pour les établissements Bordelais. Pour l’heure en France, environ 1 500 établissements sur 55 000 ont été contrôlés. Selon Aurélien Guymard c’est « une publicité positive, si vous êtes nickel au niveau de votre cuisine et de votre restauration ». Au Café Auguste, le manager Emilien Jacquot est également pour cette innovation. Mais selon lui, Alim’confiance sert avant tout les consommateurs : « Ça réconforte les gens mais ça ne nous rapportera pas de client. »

Les clients, assis en terrasses, n’ont pas encore l’appli sur leur smartphone mais l’idée leur plaît. « Sur le principe, ça peut être intéressant, juge Khoukha, 48 ans. Je pense que je vais y jeter un coup d’œil, au moins une fois, par curiosité. Vous ne trouverez personne pour vous dire que l’hygiène n’est pas importante dans un restaurant. » Sébastien Jean, assis à une autre table, est du même avis. Cependant le jeune homme de 27 ans ne pense pas utiliser l’appli. Il n’est pas convaincu par la fréquence des contrôles. « Un seul contrôle par an c’est dérisoire. Il suffit par exemple que ce jour-là il y ait un problème avec le climatiseur pour que le rapport soit mauvais. » Sébastien a déjà travaillé dans la restauration rapide et pour lui «  ce n’est pas à McDo que c’est le plus sale. On a une mauvaise image des fast-food mais leur hygiène est bien plus correcte que celle de certains grands restaurants ».

Aurélien Billet est gérant d’un Bistrot Régent Cours de l’Argonne. Il confirme l’exigence de cette chaîne de restaurants sur les questions sanitaires. « On est très règlementé là-dessus. On a fréquemment des contrôles en interne. Donc l’inspection du gouvernement ne me fait pas peur. Mon restaurant aura la mention ‘très satisfaisant’.» Même sérénité au Pub Saint Aubin. « On n’a rien à cacher à la clientèle, j’espère que les contrôleurs vont venir nous voir », déclare Aurélien Guymard.

L’application plaît beaucoup moins aux Parisiens

A Paris, où l’application délivre déjà ses bons et mauvais points, des critiques s’élèvent. Comme l’indique L’Express, les professionnels du secteur de la restauration sont inquiets. Laurent Fréchet, président des restaurateurs du syndicat professionnel GNI s’inquiète notamment de

Capture d’écran alim-confiance.gouv.fr

la diversité des contrôles : « Ce n’est pas possible, en termes de statistiques, qu’il y ait deux fois plus de bons élèves à Avignon qu’à Paris » a-t-il déclaré à L’Express. Le mode de notation est également mis en cause. Sur le site comme sur l’application Alim’Confiance, les restaurants inspectés reçoivent une des 4 mentions suivantes : « Très satisfaisant », « satisfaisant », « à améliorer » ou « à corriger de manière urgente ».

Seule la plus mauvaise appréciation entraîne la fermeture de l’établissement concerné. Cependant Hubert Jan, l’un des responsables du principal syndicat professionnel du secteur, l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (Umih) juge le sigle « satisfaisant » anxiogène. Le syndicat demandait « deux niveaux de notes : soit le restaurant est conforme, soit il ne l’est pas et il est fermé », rapporte Le Monde. La mention « Très satisfaisant » fait aussi débat. Elle peut permettre à certains restaurateurs d’attirer de la clientèle au détriment de concurrents qui bien que respectueux des normes, n’ont pas encore fait l’objet de contrôles et se considèrent désavantagés. Enfin, la crainte des détracteurs de l’application Alim’confiance est de voir la réputation de beaucoup de restaurants salie pour longtemps. La publication des résultats des contrôles sanitaires permet à des sites comme TripAdvisor d’utiliser les smileys du ministère de l’Agriculture sur les fiches des restaurants. Si les mentions attribuées restent sur l’application pendant un an, les restaurateurs ne sont pas obligés d’afficher les résultats sur leur vitrine.

Place de la Victoire à Bordeaux les restaurateurs ne craignent pas les contrôles. « A partir du moment où l’établissement est en règle, je n’ai pas besoin de m’inquiéter», déclare le manager du Café Auguste. Si lui et ses confrères sont sereins c’est parce qu’ils sont préparés. « 90% des gros établissements passent par des sociétés de diagnostiques qui réalisent un pré-contrôle» raconte Emilien Jacquot. Les restaurateurs ont tout intérêt à être rigoureux. Les amendes pour non-respect des règlementations sanitaires peuvent s’élever à plusieurs milliers d’euros. A Bordeaux, pour l’instant, aucun signe des smileys d’Alim’confiance. Que les restaurateurs Bordelais ne s’impatientent pas. Le ministère de l’Agriculture ne tardera pas à inscrire sur l’application, les noms de leurs bars, brasseries et autres restaurants. On peut leur faire confiance.

 

Benjamin Aguillon