Et si… la France sortait de l’OTAN ?

Washington a appelé le 31 mars les pays membres de l’OTAN à augmenter leur contribution financière. En France, à trois semaines de la présidentielle, certains candidats envisagent de quitter le commandement intégré de l’organisation. Mais comment envisager cette sortie ? Quelles en seraient les conséquences ? Un scénario signé Imprimaturweb*.

Il y a soixante-huit ans, jour pour jour, naissait l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Entre la France et l’OTAN, c’est une longue histoire de « je t’aime moi non plus ». Charles De Gaulle avait déjà quitté le commandement intégré de l’organisation en 1966. Paris ne reviendra qu’en 2007 après une annonce de Nicolas Sarkozy. Depuis, la France est l’un des principaux contributeurs. Enfin, pas assez pour Trump, et beaucoup trop pour certains candidats à la présidentielle qui prévoient de quitter l’OTAN.

Les opérations militaires et contributions financières de l’OTAN.

Une décision politique

Le choix dépendra du nouvel exécutif. Les deux options les plus crédibles étant La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon ou bien le Front National de Marine Le Pen

C’est après sa prise de fonction que le nouveau chef de l’État devra soumettre la décision de sortir du commandement intégré de l’OTAN au vote. Il pourra opter entre celui du Parlement et celui du peuple par un référendum national. La solution parlementaire semblerait la plus plausible car les Français sont loin de connaître tous les tenants et les aboutissants d’un tel retrait.

S’ensuivrait un long débat à l’Assemblée Nationale entre les americano-sceptiques, qui pensent que la France doit redevenir une puissance militaire indépendante sur la scène internationale, et les americanophiles, qui considèrent que le pays n’a plus d’ambition et que l’alliance est la seule façon viable de rester protégé.

Compte tenu des attaques du président Trump, le Parlement pourrait approuver ce retrait. La France ne respecte en effet pas la règle des 2 % de 2006 et consacre seulement 1,80 % de son PIB à l’OTAN. Et puis, suivant le programme du futur président, il est prévu que l’Hexagone revoit sa présence militaire dans l’OTAN, mais aussi dans le monde.

Le retrait pourrait alors s’enclencher et Paris ferait parvenir sa demande de désintégration du commandement intégré de l’OTAN à son siège à Bruxelles. En tant que pays signataire, la France est volontaire. Elle apporte son soutien à l’alliance, et non à l’armée, et a donc le droit de se retirer librement.

 

Repenser le budget militaire

Ce repli serait coûteux car dès qu’il s’agit d’ opérations militaires extérieures, la France est très dépendante du matériel américain.

Washington facilite l’approvisionnement du matériel. Comme par exemple lors de l’opération Serval au Mali en 2013 ou de l’opération Harmattan en Libye depuis 2011, où la plupart de la logistique est fournie par l’Oncle Sam. L’OTAN permet à la France de faire des économies sur le budget militaire. Sortie du commandement intégré, le pays devrait intégralement repenser les dépenses.

Cela signifie faire de nouvelles coupes dans le budget car la France, avec seulement 15 000 hommes hors de son sol, n’a pas les moyens de mener une telle politique. Il faudrait financer de nouveaux équipements, de nouvelles opérations, penser à envisager des moyens de transports et de reconnaissance français… Un véritable transfert de technologie, made in France bien sûr.

De longs débats entre les spécialistes débuteraient : reprendre les programmes d’armement nationaux serait une bonne chose mais cela coûterait cher. Tellement cher que la France n’aurait au final plus beaucoup d’équipements pour intervenir à l’étranger. C’est le chien qui se mort la queue. Mais plus important, la France changerait de position sur l’échiquier géopolitique.

 

Une position indépendante

L’OTAN donne à Paris une immunité d’intervention sur plusieurs fronts. Se détacher de l’influence américaine constituerait une ligne de fracture ; la France resterait signataire mais avec une position intermédiaire.

Une mise en commun des capacités d’intervention resterait active mais hors du cadre de l’OTAN, via des accords bilatéraux. Au cours de son premier déplacement à Washington, le futur président de la République se rendrait à la Maison Blanche pour négocier un tel accord avec Donald Trump. Accord signé. Champagne ! Se pose alors la question : la France doit-elle se tourner vers de nouveaux alliés ou bien adopter une position indépendante ?

L’idée d’une Communauté Européenne de Défense serait la solution idéale. L’Union Européenne en a les moyens, Donald Trump en rêve et cela ferait les affaires de Vladimir Poutine qui considère l’OTAN comme un ennemi réel et dangereux. Mais en Europe, les visions politiques sont très différentes et il serait difficile de trouver un point moyen qui permette d’unir tous les européens.

Un rapprochement avec la Russie alors ? Peu probable. Moscou ne cherche pas l’alliance de la France. Et puis Paris ne souhaiterait pas forcément aller de Charybde en Scylla et ainsi provoquer les foudres divines. Reste alors l’option d’une France singulière, qui pèse à elle seule sur la scène militaire mondiale.

C’est la décision que pourrait prendre le chef de l’Etat, après mûre réflexion. Comme au temps de De Gaulle, la France jouerait le rôle du médiateur pour s’extraire de l’inimité Etats-Unis/Russie qui existe depuis la Guerre Froide.

 

Rédaction par Ulysse Cailloux, infographies par Benoit Donnadieu.

 

*Article réalisé avec la contribution de Thierry Fortin, directeur des Relations Internationales à Sciences Po Lyon.