Antifas : la relativité de la violence

En réponse au meeting du Front National qui s’est déroulé ce dimanche 2 avril à Bordeaux, une manifestation de 700 personnes a été organisée par différents collectifs antifascistes. En fin de cortège, la police et des casseurs se sont affrontés. N., militant antifasciste trentenaire raconte la lutte, parfois violente par nécessité.

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Vous vous revendiquez antifa mais vous ne faites partie d’aucun groupe. Comment l’expliquez-vous ?

Pour moi être antifa ce n’est pas être dans un mouvement précis. Mon éducation a fait que depuis toujours je lutte contre toutes formes de racisme et de fascisme. Je ne fais partie d’aucun collectif, même si je suis proche et en accord avec le travail du collectif Pavé Brûlant, le collectif antifa de référence à Bordeaux.

Dimanche on a vu le NPA battre le pavé dans le cortège, êtes-vous affilié à un parti politique?

Non et je ne vote pas. Je suis libertaire. Mon idéal est la Commune de Paris de 1871. 17761687_10208809490375912_259692230_oJe crois en l’autogestion du peuple. La démocratie actuelle n’est plus une démocratie pour moi.

Il n’est pas rare que les manifestations antifa soient suivies de débordements.
Dimanche, une partie du cortège était composée de casseurs. Cette violence est-elle nécessaire à la lutte?

J’ai fait des dizaines de manifs antifa et rares ont été les violences. La révolte des manifestants répond souvent aux provocations policières. Concernant les débordements de dimanche, les « casseurs » que nous appelons « autonomes » ou « black block » ne « cassent » pas sous la bannière d’un collectif ou d’une organisation. En tant qu’antifa je ne participe jamais à ces actions directes. Mais je ne les condamne pas. Sans violence policière, le black block ne serait pas légitime. La violence du capitalisme et du racisme sont toujours plus fortes. Le black block s’attaque aux symboles du capitalisme : banques, publicité, police. Chacun a sa façon de lutter.

 

Le FN travaille son image, il cherche à se défaire de l’agressivité qui lui colle à la peau. Répondre par la violence, n’est-ce pas rentrer dans le jeu de l’extrême-droite ?

La xénophobie, aux origines des idées de ce parti est toujours présente, malgré la tentative de dédiabolisation. Les amis et lieutenants de la candidate frontiste ont un lourd passé dans les milieux fascisants. Pendant de longues années elle a été l’avocate de son père qui tenait régulièrement des discours antisémites. Aujourd’hui elle veut nous faire croire que son parti est propre. Ce qui est violent, c’est le discours du FN.

Raphaëlle Chabran et Aurore Esclauze