L’humour comme exutoire

Amateurs, passionnés, l’humour est leur dada. Qui sont ces férus de rigolade qui dans l’ombre de leur quotidien aiment se révéler sur scène ?

Jeudi 20h30, le café Théâtre Drôle de Scène se remplit petit à petit. Des scènes ouvertes y sont organisées chaque jeudi sous le nom de « Gavé Style », mais cette fois l’occasion est spéciale. Dans le cadre du festival des fous rires de Bordeaux, huit talents bordelais sont programmés, pour une soirée non pas « Gavé Style » mais Gavé Style de Ouf!

Le show commence à 21h. Les humoristes arrivent au compte-gouttes et la plupart du temps essoufflés car ils sortent du travail. Pour eux l’humour n’est pas un métier, c’est une seconde vie. Un moment hors du temps où ils peuvent incarner un autre personnage et s’exprimer différemment. C’est une forme d’exutoire.

Les humoristes se rejoignent dans la cuisine pour discuter et grignoter avant de monter sur scène

Dans cette petit bulle intertemporelle, la cuisine fait office de loge. Les artistes s’y retrouvent avant le début du spectacle. Les vannes fusent et les humours se confrontent, « un célib c’est comme un vélib sans la selle, il l’a dans le cul ». Éclats de rire pour certains, malaise pour d’autres. L’ambiance est chaleureuse. « Il n’y a pas de jugement dans l’humour, on vient pour se lâcher, rigoler et passer un bon moment, peu importe si ça ne prend pas avec tout le monde, ça libère. » explique Laurent, 44 ans.

Laurent est professeur d’anglais au collège. Il s’est mis à la scène il y a 2 ans sans avoir jamais fait de théâtre

« J’allais souvent dans des bars d’impro avec mes potes, et puis j’ai découvert cette salle. J’avais 41 ans et je me suis dit que c’était maintenant ou jamais. Alors j’ai tenté le coup et le public m’a accepté donc j’ai continué ». En plus des scènes ouvertes, Laurent a écrit son propre spectacle qu’il joue actuellement à Bordeaux depuis le mois de novembre. Jeux de mots, quiproquos, scène de la vie quotidienne, ce quadragénaire essaye de mettre en scène des situations qui parlent aux plus grands nombres.

« On me dit souvent, que j’étais fait pour ça car en tant que prof je suis habitué à monter sur scène. Pour moi ça n’a rien à voir, quand j’apprends le Present Perfect à mes élèves, ce n’est pas moi qui l’ai inventé et rares sont ceux qui m’applaudissent à la fin du cours! ». Pour ce professeur, l’humour reste un moment à part :« je suis quelqu’un d’autre quand je suis sur scène, c’est presque une autre vie ». Pour conserver le charme de cette « vie parallèle« , Laurent ne souhaite pas devenir professionnel. Ils sont nombreux dans ce cas là.

Romain, 36 ans, sera au bar ce soir, mais il lui arrive aussi de monter sur scène. Réparateur informatique à domicile depuis dix ans, cela fait sept ans qu’il fait du théâtre. Il a découvert cette salle par hasard et quinze jours plus tard, il était programmé sur scène. « François qui gère la programmation aime pousser les gens à monter sur scène. C’est ça qui est génial avec ce café, n’importe qui peut tenter sa chance ».

« C’est deux canards qui papotent. L’un dit à l’autre : tu pues de la gueule. – Coin? – tu pues de la gueule? – COIN ? Silence. Le canard s’est évanouit »

« Souvent ce sont les blagues les plus enfantines qui marchent le mieux » explique Romain en rigolant. Son dada ? l’humour absurde, le comique de situation. Hilare, il profite du spectacle, tout en servant des verres.

23h. La soirée touche à sa fin. Les spectateurs semblent avoir fait le plein de bonne humeur pour la semaine, une bouffée d’air frais. A la sortie les humoristes distribuent les tracts pour leur prochain spectacle ou signent de faux autographes, juste pour rire encore un peu …

 

Laure Giuily