Indépendance de l’Écosse : « Nous ne voulons pas sombrer avec le navire Brexit »

En 2014, les Écossais avaient exprimé le refus de voir leur pays quitter le Royaume-Uni dans un premier référendum. Mais Nicola Sturgeon, la première ministre écossaise et cheffe du parti nationaliste (SNP), estime que le Brexit a considérablement changé la situation. Elle a demandé hier au Parlement régional d’approuver la tenue d’un second référendum sur l’indépendance, qui sera organisé fin 2018 ou début 2019. Selon Surgeon, demeurer au Royaume-Uni compromet la place de l’Écosse dans l’Union Européenne. Elle a également fait valoir que la sortie du Royaume-Uni de l’UE et surtout du libre accès au marché unique, menaceraient l’emploi de «dizaines de milliers d’Écossais».

Christophe Biseux, enseignant en politique britannique à l’Université Cergy-Pontoise, nous aide à y voir plus clair sur les enjeux de ce référendum.

Imprimatur : Les Écossais ont d’ores et déjà exprimé leur hostilité à quitter le Royaume-Uni. Pourquoi Nicola Sturgeon estime un second référendum nécessaire ?

Christophe Biseux : En 2014, 55% des Écossais avaient voté non parce qu’ils pensaient que rester dans le Royaume-Uni était la seule façon pour l’Écosse de conserver sa place dans l’Union Européenne. Mais rester dans le Royaume-Uni s’est révélé être pour l’Écosse un ticket de sortie de l’Europe.

Le déclenchement du Brexit risque de compromettre un éventuel processus d’indépendance écossaise et de fragiliser l’union nationale…

Teresa May (première ministre du Royaume-Uni)  n’est pas très satisfaite des demandes de son homologue Écossaise. Elle a dit qu’elle voulait continuer à voir après le Brexit un libre accès au marché unique, et plus de pouvoirs pour l’Écosse. Pendant ce temps, Nicola Sturgeon crée de l’incertitude, veut que le referendum se déroule avant que le Brexit soit terminé. Faire un référendum avant le Brexit ne permettrait pas forcément à l’Écosse de rester dans l’Union Européenne. Si les négociations pour l’indépendance se font avant le Brexit, ça va faire le jeu des nationalistes Écossais, qui vont pouvoir dire n’importe quoi sur le Brexit en ne sachant pas si les partenaires financiers européens auront fait ou non des accords. Cela favorisera des arguments extrémistes qui prônent l’indépendance.

Il faut attendre que les conditions du Brexit soit connues, pour faire une campagne claire.

L’Écosse pourrait-elle avoir les moyens de son indépendance ?

Difficile de se projeter. Ce n’est jamais impossible, jamais facile. Mais l’Écosse exporte quatre fois plus vers l’Angleterre que dans les autres pays européens. Imaginez si elle n’a plus le libre échange avec l’Angleterre. Ce n’est pas un pays dont la croissance est florissante, un déficit évalué à 9,7% du PIB. Le pays a une croissance nettement inférieure (0,7%) à celle du reste du Royaume-Uni (2,4%). Il faudrait une politique d’austérité, ce qui est redouté.

Quels sont dans ce cas les arguments en faveur d’une indépendance?

Récupérer un certain nombre de pouvoirs confisqués par Londres, bénéficier des subventions européennes, en matière de politique agricole dans le cas de l’Écosse… ou les subventions pour les régions pauvres dans celui de l’Irlande du Nord. Sans oublier le rayonnement de l’Union Européenne sur la scène internationale, qui a plus de poids que l’Écosse seule, ou que le Royaume-Uni.

Le cas de l’Écosse ne risque-t-il pas d’influencer les autres pays du Royaume-Uni?

Le Sinn Fein (le principal parti nationaliste d’Irlande du Nord) a appelé à un referendum pour la réunification de l’Irlande. Quand le Royaume-Uni sera sortie de l’Europe, l’Irlande elle, restera dans l’Union Européenne. Le but est de continuer la libre circulation entre l’Irlande du Nord et l’Irlande du Sud. Impossible pour les Irlandais de l’arrêter, sachant que les accords de paix qui ont mis fin a des décennies d’effusions de sang (1998), ont été largement soutenus par l’Europe. L’Europe a bonne presse en Irlande du Nord.

La cohésion du Royaume-Uni risque d’être fortement endommagée, quelles solutions pourraient permettre de « ramasser les pots cassés »?

La cohésion du Royaume-Uni part en morceaux. Si vous voyez l’Écosse qui part, qu’est-ce qui empêchera l’Irlande du Nord. La situation est inédite, il s’agit d’une vraie puissance en train d’exploser. Pour arranger les choses, Gordon Brown, l’ancien chancelier a quelques idées: une fois sortis de l’Union Européenne, redonner les pouvoirs aux assemblées nord irlandaises, écossaises et galloises, leur attribuer les domaines dont s’occupait l’Europe.

Propos recueillis par Lysiane Larbani

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