« J’ai décidé de ne pas voter »

A un mois du premier tour de l’élection présidentielle, plus d’un quart des électeurs ne sait pas encore pour qui voter. Pour certains jeunes, le choix est vite fait : ils ne se rendront pas aux urnes le 23 avril prochain. Mais loin des clichés de la paresse ou du désintéressement politique, trois d’entre eux nous ont éclairé sur leur abstention en tant qu’acte militant. 

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Pour cette élection, comme pour les précédentes, vous avez choisi de ne pas voter. Pourquoi ?

  • Fabien, 29 ans, chef produit web, Talence : j’ai du mal à y voir clair, et j’ai de plus en plus de mal à me dire que les choses peuvent changer, en gardant le même système depuis des siècles. Quand on voit nos dirigeants actuels ou futurs, et qu’aujourd’hui des histoires d’argent, de mœurs, des insultes marquent plus que des actes concrets, ça me dérange et ça me choque. On a l’impression d’être à l’école, avec des enfants capricieux qui se battent pour monter sur le toboggan et diriger le bac à sable. Le problème, c’est la confiance, et me concernant, il n’y en a pas. Finalement, nous ne sommes que des chiffres qu’il faut obtenir pour gagner. Le reste du temps, a-t-on vraiment un poids ?
  • Martin, 23 ans, stage builder, « je bouge en fonction des saisons » : la question c’est plutôt de savoir pourquoi j’irai voter ? Peu importe qui est élu, c’est la même histoire. Nos gouvernants sont des représentants de l’élite, des milliardaires ou des industriels. Ils œuvrent pour leur propres intérêts et ceux de leurs semblables. L’élection est devenue un outil, tout comme les médias, qu’ils contrôlent pour assouvir leurs objectifs économiques. Je rejette tout dans la politique actuelle : la corruption, la mascarade des élections, les collusions, les intérêts, les manipulations médiatiques, les privilèges, l’implication des milliardaires et industriels dans les prises de décision. La politique d’aujourd’hui, c’est le résultat d’un système capitaliste post-colonialiste, corrompu sur des décennies. Pour moi, tout est à jeter.
  • Benjamin, 23 ans, étudiant, Bordeaux : je ne voterai pas pour deux raisons : comme chaque année, le vote blanc n’étant pas pris en compte, je ne vois pas d’autres moyens de protester. De plus, cette année la campagne politique s’est transformée en un véritable show à l’américaine, à tel point que je n’ai même pas eu envie de lire les programmes de la plupart des candidats.

Donc votre abstention est un acte militant. Souhaitez-vous que ce choix soit comptabilisé dans les résultats ?

  • Fabien : Si c’est comme le vote blanc, juste un chiffre, aucun intérêt. Si cela représente un réel contre-pouvoir, comme par exemple, rendre caduque une élection si le taux d’abstention dépasse la majorité, pourquoi pas. Il faudrait rendre le vote blanc crédible et utile, peut-être que cela diminuerait l’abstention.
  • Martin : Si on pouvait élire personne, je pense que ça serait fait depuis longtemps. Et ça aurait ouvert la discussion et la critique du système représentatif, qui après tout, n’est qu’une expérience politique parmi tant d’autres. Moi, je défends l’abstention active. Considérer que l’abstentionnisme est un désintérêt politique, c’est le comble de l’hypocrisie. La politique, c’est notre vie de tous les jours. Je pense que créer une caste politique qui a autant de distance avec la vie réelle des gens tout en leur disant « d’aller voter » ou de « se serrer la ceinture », ce n’est pas honnête comme comportement.
  • Benjamin :  à chaque élection on parle bien plus de l’abstention, et on est bien plus choqués par ce phénomène que par le vote blanc. Dans le vote blanc, ce que je trouve humiliant c’est que c’est comme si on nous demandait notre avis en sachant que la décision est déjà prise. Je pense que le vote blanc devrait avoir un impact bien plus grand sur le résultat des élections. Pourquoi offrir le droit de dire non, si c’est pour ne pas le prendre en compte ?

L’abstention pourrait-elle devenir une action réformatrice ? En tout cas, elle pèsera fortement sur les prochaines échéances électorales, en Gironde notamment, où le taux d’abstention, déjà élevé, risque d’augmenter sensiblement. 

Alexandra Jammet