John Taupin, challenger jamais rassasié

Après des semaines d’entraînement, le Vosgien a accompli le défi le plus fou de sa vie : performer sur la verticale de la Tour Eiffel. À 25 ans, ce mordu de voyages et d’aventures atteint de la mucoviscidose ne compte pas s’arrêter là.

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Pendant un mois, John Taupin s’est entraîné dans un immeuble de 25 étages à Nancy. Avant l’échéance, les dernières séances d’entraînement se sont déroulées sur du plat, la Tour Eiffel toujours en ligne de mire (Crédit photo : John Taupin)

Une sensation de délivrance. Transpirant à grosses gouttes, la gorge sèche, les jambes presque aussi lourdes que les 9 700 tonnes de la Dame de fer, John Taupin, à bout de souffle, touche enfin à son but : la ligne d’arrivée. Au bout de l’effort et à 276 mètres au-dessus du sol, il s’écroule épuisé. Plus la moindre force pour offrir un sourire aux photographes positionnés pour capturer l’instant. Seule la satisfaction du challenge accompli l’anime. Rapidement, le bonheur prend le pas sur la souffrance. Pour la première fois de sa vie, il est au sommet de la Tour Eiffel. Et au contraire des touristes, ce qu’il est venu chercher n’est pas la vue imprenable sur la capitale, mais un chrono. Et il s’agit là du 37e de la soirée sur 128 participants sélectionnés et venant du monde entier. « Les courses d’escaliers sont les plus difficiles au monde. C’était l’effort le plus intense de toute ma vie ! », assure-t-il.

Jeudi 16 mars, à 20h30, John Taupin s’élançait pour la première fois dans l’ascension des 1 665 marches de la Tour Eiffel. (Crédit photo : Christophe Guiard)

Si des milliers de visiteurs prennent chaque jour de la hauteur via les ascenseurs, John Taupin a préféré les escaliers du pilier sud. Il lui aura fallu 11 minutes et 31 secondes pour avaler les 1 665 marches de l’édifice. Impressionnant pour une première participation. « Arrivé en haut, tu n’en peux plus. T’as la tête pleine d’étincelles, et aux deux sens du terme ! », s’amuse le dossard 125 soutenu ce jour-là par ses parents. « C’est quelque chose d’impressionnant et stressant, raconte Claude son père. On se sent tout petit quand on est en dessous de la Tour Eiffel. Et voir les concurrents monter tout ça en courant, ça paraît vraiment hors norme ».

185 pulsations par minute

Hors norme la Verticale ? L’intéressé confirme. Mais il raffole des défis. Et pour celui-ci, une fois encore, il a tout donné. Stratège, John Taupin a respecté le plan tactique qu’il s’était mis en place : gérer le rythme, ne pas partir trop fort pour éviter de se griller trop rapidement. Car l’acide lactique monte dans les jambes bien plus vite que les ascenseurs dans la Tour. Et rapidement, les difficultés se font ressentir. « J’étais déjà bien essoufflé au premier étage. Du deuxième étage jusqu’au sommet, je n’arrivais quasiment plus à courir. Donc j’ai fait de la marche rapide en montant les marches deux par deux, raconte le Vosgien. Je m’aidais des bras au maximum. Je n’avais plus la force de soulever les jambes, je subissais complètement la gravité ».

Le rythme de la course est effréné, l’effort physique et mental considérable. « Je suis monté à 185 pulsations par minute, quasiment mon plafond ! », s’étonne le marathonien. Le gaillard est lancé, rien ne pourra l’arrêter. Pourtant, au moment de s’élancer, cet étudiant en cinquième année d’école d’ingénieur ne part pas avec les mêmes facultés que tous ses concurrents. Il est en effet atteint de la mucoviscidose, une maladie génétique – dont on ne guérit pas à l’heure actuelle et qui détruit progressivement les poumons et le système digestif. « Il a des capacités pulmonaires réduites et il s’est entraîné seulement quatre semaines dans une tour à Nancy, rappelle Benjamin, un ami qui était sur place le jour de l’exploit. C’est incroyable ce qu’il a fait. C’est une machine ce mec ! »

Très jeune, il s’est mis à la course à pied et s’est rapidement imposé comme étant le métronome lors des courses UNSS.

Le sport comme thérapie

Durant l’ascension, le calme ambiant a marqué John. « Au fur et à mesure qu’on monte, on n’entend plus rien. C’est impressionnant ». Benjamin n’a pas pu s’empêcher d’en plaisanter. « Je lui ai dit que pour prendre de l’altitude et courir dans le calme, il n’avait pas besoin d’être dans les Vosges ! ». Comme beaucoup d’autres, il a découvert en octobre 2016 que son pote était atteint de ce handicap, lorsque John a lancé sa page Facebook où il partage ses aventures. Très discret sur le sujet jusque-là, il le revendique désormais ouvertement. « Je ne fais pas du sport pour montrer que je suis meilleur que les autres », tempère le natif de Remiremont. Sans prétention, son seul objectif est de faire passer un message de motivation aux gens et de montrer qu’il est possible d’aller au-delà des problèmes de santé. Le sport comme thérapie donc. Et cela depuis tout petit.

« Quand il faisait du VTT, il avait des modèles comme Julien Absalon (double champion olympique de VTT cross-country, ndlr) qui le tiraient vers le haut. Je pense qu’aujourd’hui c’est un peu ce qu’il veut redonner, explique son père. Il a toujours voulu donner le meilleur de lui-même sans pour autant vouloir écraser les autres ». Ne jamais rien lâcher, tel est son leitmotiv. Pour l’avoir côtoyer sur les courses de VTT en jeunes, Quentin s’en souvient : « quand j’étais devant, il arrivait toujours à revenir. C’est vrai qu’il ne lâchait vraiment rien ! ». Cet ancien coéquipier en équipe de Lorraine de VTT n’est même pas surpris par les performances actuelles de la mobylette Taupin. « Quand on faisait les cross UNSS, il gagnait à chaque fois alors qu’il ne s’entraînait pas ! Il a toujours été costaud en course à pied. »

Le 29 janvier, John Taupin courait dans la neige lors du Trail Blanc de 28 kilomètres à Saint Maurice-sur-Moselle dans les Vosges (Crédit photo : Vosges Matin)

Des projets plein la tête

Que fallait-il faire pour le battre ? C’est la question qu’avait posé Manu à sa prof de sport à l’époque du collège. « Elle m’avait répondu qu’il fallait un aimant pour lui coller au cul ! Ça m’a marqué ». Cet ami proche souligne l’abnégation d’un garçon débordant d’enthousiasme et toujours souriant. « Chaque kilomètre qu’il court, c’est contre la maladie. Une façon pour lui de rappeler que c’est lui le patron de son corps. C’est justement ce qui le rend fort. » Le sport, c’est sa vie. Tout simplement. « Si je ne fais pas d’activité physique, je ne vais pas me sentir bien et tomber malade. » Toujours avec humilité, John Taupin est de tous les défis et sur tous les terrains. La neige, la forêt pour dévaler les pentes en VTT, la route et même le sable pour le 4L Trophy auquel il a participé en 2014. « Je fais du sport dans l’optique de repousser mes limites. C’est un moment de défoulement pour le corps et l’esprit. Ma maladie ne m’a jamais empêché de vivre normalement. » Une pathologie qui touche en France un enfant sur 3 500 naissances.

Challenger infatigable, John Taupin cumule les participations à d’importants événements : marathon de Manchester, Infernal Trail de Saint-Nabord, Strongman run de La Bresse, Trail Blanc de la Haute-Moselotte… Mais sa liste de projets est encore longue : ascension du Mont Blanc, GR20, marathon de la muraille de Chine, marathon de New York. Le cocktail voyage-aventure semble donc être le seul à palier cette soif de se surpasser. Jamais rassasié, le Vosgien n’a pas fini de courir après les défis.

Corentin Fouchard