« Hollande pourrait finir sur un geste fort en aidant le désarmement »

Le collectif Bake Bidea « Le chemin de la paix » a organisé un colloque les vendredi 17 et samedi 18 mars à Biarritz. A son issue, une opération de démantèlement de la totalité de l’arsenal militaire de l’ETA, a été programmée le 8 avril prochain. Nous avons interrogé Pantxika Delobel, journaliste à Sud Ouest Bayonne, qui nous a expliqué la complexité de ce processus de désarmement.

 

Pourquoi le désarmement ne s’est-il pas fait en même temps que l’abandon de la lutte armée ?

Comme pour toutes les organisations armées, le processus de paix est très technique et doit se faire en plusieurs étapes : le cessez-le-feu, stable depuis 2011, le désarmement puis la dissolution. Aujourd’hui, environ trois cents armes appartenant à l’ETA sont cachées quelque part chez des gens au Pays Basque ou enterrées dans les montagnes.

Il s’agit de les récupérer, de les remettre aux autorités compétentes, en l’occurrence la police, identifier d’éventuelles preuves et de les détruire. Or l’ETA refuse de donner ses caches d’armes à la police. D’une part car elle craint les répercussions envers ses anciens militants, d’autre part, parce-que symboliquement cela serait signe de reddition, d’où la complexité du processus.

 

Pourquoi le sujet du désarment ressurgit-il maintenant ?

Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela. La lutte armée a cessé depuis maintenant six ans, mais la situation des prisonniers n’a pas évolué. Nombre de prisonniers sont encore détenus loin de chez eux, 259 en Espagne, 75 dans toute la France, un au Portugal, en Suisse et en Angleterre.

Capture d’écran 2017-03-21 à 10.57.29Cliquez sur cette carte créée par Etxerat pour visualiser les différentes prisons où sont incarcérés les membres de l’ETA.

 

De plus selon les médias espagnols, il ne resterait qu’une dizaine de militants de l’ETA, et ces derniers ont pris conscience de la volonté de la société civile basque de tourner la page.

Enfin, il faut prendre en compte le contexte électoral. François Hollande pourrait décider d’aider le désarmement afin de marquer son quinquennat d’un geste fort. A l’inverse, l’arrivée de la droite ou de l’extrême droite au pouvoir risquerait de retarder ce processus, voir de le compromettre. Les derniers militants de l’ETA seraient tour à tour arrêtés et les armes débusquées par la force.

 

Qu’est-ce qui est attendu du désarmement ?

La certitude que les combats ne reprendront pas. Quand l’ETA a décidé d’arrêter la lutte armée, elle n’a pas convaincu tous ses militants et personne ne sait vraiment comment les choses peuvent évoluer si le sort des prisonniers n’évolue pas. Le désarmement est un gage de sécurité. De plus, nous sommes en contexte d’état d’urgence et de menaces djihadistes sur le sol français. D’autres personnes pourraient prendre possession de ces armes et il est inquiétant que l’État français n’aide pas davantage ce processus, malgré les demandes de la société civile basque.

 

Pourquoi l’État français et espagnol n’ont pas aidé au désarmement ?

L’État français a toujours considéré que le conflit basque était un conflit espagnol. Il refuse donc d’y prendre part. Au lendemain des événements de Louhossoa, tentative échouée de désarmement de l’ETA en décembre dernier, le gouvernement s’était félicité de l’intervention de la police qui avait mis à mal l’opération. Le ministre de l’intérieur Bruno Leroux s’était exprimé dans Le Monde « Il n’y a pas de processus de paix. On est encore sur des recherches de responsabilité ».

De son côté l’État espagnol, refuse catégoriquement de négocier avec une organisation terroriste. Pour l’État espagnol, l’ETA doit se rendre et laisser ses militants se faire arrêter.

 

Est-ce qu’il y a des risques que cela ne marche pas ?

Évidemment ! Il reste trois semaines pour mettre à bien ce processus, organisé par de nombreux élus de la région ainsi que des centaines de personnes de la société civile. Ils souhaitent garder la tenue de l’opération confidentielle pour le moment, donc nous n’avons aucune idée de la manière dont sera menée l’opération.

Nous ne savons pas encore si le désarmement entrainera une dissolution de l’ETA.

 

Propos recueillis par Laure Giuily