Crise en Roumanie : « Les médias ont leur rôle à jouer »

Depuis le mois de février, la Roumanie est en pleine crise sociale. Les citoyens battent le pavé pour lutter contre la corruption qui gangrène le pays. En Gironde, un collectif a décidé de se mobiliser pour soutenir le peuple roumain et sensibiliser l’opinion publique française à cette crise. Imprimaturweb a rencontré deux de ses membres, Denisia Obreja, roumaine, et son époux Thomas, originaire de Bordeaux.

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Le peuple roumain lors d’une manifestation devant le parlement roumain au mois de janvier. Crédit photo : Eduardm

 

Depuis Bordeaux, avez-vous de suite pris conscience de l’importance des événements en Roumanie ?

Denisia : Les débuts des protestations ont commencé en douceur. On s’est demandé « Mais qu’est-ce qu’il se passe ? », mais sans plus. Au fil des jours, les événements ont commencé à prendre de plus en plus d’ampleur. Je m’y suis alors intéressée de plus près. J’ai commencé à suivre les événements. C’était surprenant de voir autant de Roumains qui se mobilisent spontanément.

Vous êtes tous les deux membres de l’association Gironde-Roumanie, qui a organisé des rassemblements à Bordeaux les 5 et 12 février dernier. Quels messages vouliez-vous faire passer aux Français, mais aussi aux Roumains ?

Thomas : Ces rassemblements sont avant tout destinés aux Roumains qui descendent dans la rue. C’est une manière de soutenir leur cause. On est derrière eux. Ce n’est pas grand-chose bien sûr. Ce ne sont que 50 personnes qui se déplacent un dimanche avec un drapeau roumain, et des pancartes bien choisies. Mais nous voulions montrer que la mobilisation dépasse les frontières. Je n’étais d’ailleurs pas le seul français.
Denisia : Des photos ont été envoyées à des médias roumains. C’était une manière de dire « A Bordeaux aussi on se mobilise, on vous soutient ». Bien entendu ces médias ont été soigneusement choisis. Ils ne sont pas pro-gouvernement.

La situation roumaine a-t-elle suffisamment d’écho dans les médias français ?

Thomas : Clairement non. L’acte des Roumains est tout de même fort et important. Les manifestants ont quand même réussi à faire reculer le gouvernement, même si ce dernier essaie toujours de faire passer des lois. Un dimanche, il y a eu 600 000 personnes qui sont sorties dans la rue ! C’est beaucoup pour un pays de 18 millions d’habitants. Le seul journal national qui s’est tout de suite intéressé à la situation est Le Monde, avec un article disant que la France devrait prendre exemple sur les Roumains. Les médias ont vraiment un rôle à jouer. Il faut qu’ils fassent plus la lumière sur ce qui se produit en Roumanie. J’ai envie de citer Quotidien. J’aime la manière dont il traite l’actualité, avec un ton décalé, et critique. Mais à aucun moment ils n’ont parlé de la Roumanie ! C’est dommage. Ils ont fait cette démarche pour la Syrie. Avant eux, peu de médias s’y intéressaient.
Denisia : La presse internationale n’en a pas énormément parlé non plus. Il y a eu une période où les manifestations étaient très intenses. Maintenant, les actions se poursuivent, mais plus doucement. Les gens ne peuvent pas tout le temps être dans la rue. Ils doivent aussi aller travailler.

La situation dure depuis plus d’un mois maintenant. Rester confiant ne doit pas être évident, non ?

Denisia : Effectivement, d’avant plus que le Parlement continue de travailler sur des lois similaires à celles contre lesquelles le peuple roumain s’insurge. Du point de vue géopolitique, il y a l’influence de la Russie qui est de plus en plus forte. Le ministre des affaires étrangères roumain est pro-russe, alors que le peuple roumain est pro-UE.
Il faut dire qu’il y a d’anciens communistes au pouvoir. La Roumanie s’en sortira quand les politiciens auront compris que gouverner est une responsabilité, et non un moyen de s’enrichir. La situation est devenue grave. La clé, c’est que les personnes aillent voter. Mais beaucoup de Roumains pensent que tous les partis sont corrompus. Ils ne sont pas blasés, mais écoeurés. Ils sont maintenant dans le raisonnement « Je vais voter pour le moins pire d’entre nous tous ».
Thomas : Le changement va prendre du temps. Toute une génération a connu le communisme. La transition vers le capitalisme est brutale. Une bonne partie de la population, surtout les personnes âgées, sont nostalgiques de cette époque, celle du plein emploi… La Roumanie s’en sortira quand une nouvelle génération viendra prendre la place de l’ancienne.

 

Audrey Morard

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