Dr. Delhaye : « Il y a une forme de stigmatisation de la psychiatrie au cinéma »

Dans le film Split, le nouvelle réalisation de M. Night Shyamalan, le héros s’appelle Kevin et possède vingt-trois personnalités. Inspiré d’une histoire vraie, Split s’attaque au sujet des troubles dissociatifs de l’identité ( TDI). Si le thriller horrifique totalise près d’un million d’entrées, il s’est attiré les foudres de certains patients. Didier Delhaye, psychiatre à Bordeaux, revient sur le cinéma et les troubles psychiatriques.

Dr Didier Delhaye, psychiatre au centre hospitalier Charles-Perrens, à Bordeaux.

 

Comment pouvez-vous expliquer cette fascination du cinéma pour les troubles psychiatriques ?

Sans doute la peur de l’inconnu et cette idée d’handicap invisible. Quand on est face à un phénomène inconnu on imagine quelque chose de pire. Dans le monde il y a deux tabous vous savez, la mort et l’idée de perdre la raison.

Les films à ce sujet son nombreux, notamment à partir des années 90. Que pensez-vous du traitement cinématographique des troubles dissociatifs de l’identité (TDI) ?

Je n’ai vu que la bande-annonce du film Split mais la première chose qui m’ait frappé c’est le fait que l’on présente les maladies mentales comme une source possible de danger. Il y a une forme de stigmatisation de la psychiatrie dans le cinéma avec des rôles qui restent souvent dans le registre de la dangerosité.

Une stigmatisation qui semble pourtant injustifiée au vue de la situation réelle des patients..

D’après la Haute autorité de la santé,  un homicide sur vingt serait commis par une personne souffrant de maladie mentale. Le nombre de personnes atteint de troubles mentaux dans les centres pénitentiaires sont souvent surestimés. Si les homicides sont rares chez les patients, l’agressivité aussi. Seulement entre 2 et 13% des patients font des passages à l’acte médico-légaux, c’est à dire qu’ils manifestent de l’agressivité envers quelqu’un, sans être l’auteur d’un homicide. Cependant, plus d’un tiers des patients ont déjà été victime d’agression. Leur maladie les rend vulnérables.

Parmi les troubles mentaux, les TDI et la schizophrénie sont souvent confondues. Qu’est-ce qui les différencie ? 

La schizophrénie se retrouve à travers la notion de désorganisation. Il y a une discordance entre les idées, les émotions et les comportements. On peut ainsi parler de choses agréables avec un faciès triste. Pour les personnes souffrant de TDI, c’est différent.  En général, ils ont vécu des traumatismes, qui engendrent alors des phénomènes anxieux. Ces personnes vont avoir des réactions ou des émotions qui ne leur ressemblent pas. Ils vivent ainsi des changements de personnalités dont ils n’ont pas souvenir après. Alors des personnalités multiples apparaissent . Dans les années 80, notamment à travers la littérature , il y a une sorte d’épidémie des troubles dissociatifs de l’identité. Et puis le phénomène s’est un peu éteint. Il s’en est suivi une médiatisation ainsi que des produits culturels, avec le cinéma et les séries TV qui parlait de schizophrénie par confusion. La population, en général, pense que la schizophrénie c’est d’avoir plusieurs personnalités. Ça n’a rien à voir!

Si certaines productions cinématographiques stigmatisent ou confondent les troubles mentaux, connaissez-vous des films qui traitent avec succès  des troubles mentaux ?

Fight Club retrace bien la problématique des troubles multiples avec le personnage de Tyler Durden. J’ai beaucoup aimé aussi L’homme d’exception, réalisé par Ron Howard . Le risque c’est toujours dans faire trop et ce film parvient à éviter cet écueil. Le film Limitless, de Neil Burger, s’en tire bien aussi.  Il s’agit de prendre une pilule pour augmenter sa capacité. C’est un peu comme boire quinze cafés à la fois. Cela montre bien les effets de la bipolarité, notamment dans la phase exaltée. Enfin, il y a Daddy Cool, l’histoire d’un père souffrant de troubles bipolaires.

 

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Audrey Parmentier